Deux femmes se sont fait la guerre pour la succession du Prophète (Psl) (Par Ahmed Khalifa Niass)

Le royaume de Saba, nom de l’ancien royaume d’Abyssinie, englobait à la fois l’actuelle Éthiopie et l’Érythrée d’une part, le sultanat d’Oman, les Émirats Arabes Unis et une bonne partie de l’Arabie dont La Mecque et le Yémen, de l’autre.

Les femmes savaient et pouvaient gouverner.

À l’avènement de l’islam, trois femmes ont joué un rôle clé. Dans sa fondation avec Khadija. Dans sa phase étatique avec Aicha. Et dans sa phase post-prophétique avec la tentative de sa fille, Fatima, de lui succéder par son mari, l’imam Ali.

Aicha était très influente auprès du Prophète(Psl), son mari. Elle est à l’origine de l’avènement de bien des versets coraniques. Et même de reculade dans la décision divine. Notamment l’abrogation du verset coranique qui obligeait les hommes à ne plus avoir de relations conjugales avec leurs épouses et, ce, durant tout le Ramadan. Elle prit alors la revendication des jeunes femmes. Au point que Dieu l’exauça en modifiant les excès du verset, décret divin.

Un jour le Prophète réunit sa communauté pour leur dire en la désignant : « Prenez la moitié de votre religion de cette femme rougeâtre ».

En effet elle est la source de la moitié des Hadiths.

Du temps de la vie du Prophète (Psl) à La Mecque, sa première épouse était toujours dominante. D’abord remplacée par Sauda (la Noire), la veuve d’un de ses compagnons resté en Éthiopie, Aicha a très vite revêtu le voile de la Première Dame. Et fut très souvent contrée par le clan de l’ancienne Première Dame, Khadija. Lequel clan fut accusé d’avoir commandité la rumeur qui accusait faussement Aicha d’être frivole. Au point que les choses aient tourné au scandale. Il a fallu que Dieu Lui-Même, soit de la partie. En la lavant à grande eau par un verset spécifique.

L’imam Aly, gendre de la défunte épouse du Prophète (Psl), était de facto le chef du clan Khadija. Alors que Aboubakr était le chef du clan Aicha dont il est le père. Renforcé en cela par le futur khalife, Omar, et le clan des Omeyyades représenté par Ousmane.

Nous sommes donc devant une lutte de clans féminins se faisant la guerre par hommes interposés.

Le premier incident eut lieu dès le décès du Prophète (Psl) avec le refus du premier khalife, Aboubakr, de restituer l’héritage matériel à Fatima, la fille du Prophète (Psl) dont la mère est Khadija. L’héritage consistait essentiellement en sa ferme agricole de Foudouk (palmeraie).

Aboubabr exposa comme argument un hadith dans lequel le Prophète (Psl) dit : « On n’hérite pas de nous autres Prophètes. Notre héritage devient une aumône(pour les pauvres). »

Ainsi l’ Imam Aly, dauphin pressenti du Prophète (psl) est relégué très loin dans la liste des successeurs où il n’a occupé que la quatrième position.

Ce fut la guerre larvée entre ces femmes.

Aicha, aussi bien sous le Prophète (Psl) que sous les trois khalifes qui lui ont succédé, était la grande manitou de l’ombre. Mais les conditions troubles qui ont mené aux assassinats des khalifes Omar et Ousmane en juin 656 ont mis Aicha à découvert. Au point qu’elle s’est mise à la tête d’une armée composée exclusivement d’hommes qui sont d’anciens Sahabas (Compagnons du Prophète. Psl) Avec pour objectif de devenir khalife en cas de victoire. Car l’avènement de Aly était un retour en force du clan Khadija dont il est le chef. Et aussi une victoire posthume de Fatima dont le veuf et les deux fils (Assane Hussein) prennent les affaires en main.

La diplomatie a piétiné le sabre lors de la Bataille du Chameau (déc 656). Mais non sans échanges d’invectives. En effet Aicha dit à l’Imam Aly : « Ôtes-toi de mon chemin sinon j’exhibe mes cheveux. Et le Prophète (Psl) avait dit que tout homme autre que lui qui aurait vu mes cheveux, irait en enfer ».

Vint alors la contre invective de l’Imam Aly : « Ô Aicha, exhibe-les afin que mon sabre (Zoul Fiqaar) coupe cette tête. Et le Prophète (Psl) avait dit que toute tête coupée par mon sabre irait en enfer ».

L’Imam Aly a gouverné dans l’instabilité sur une partie de l’Etat musulman. Et, ce, jusqu’en 661. Avec le clan des Omeyyades qui ont pris la revanche pour le compte du clan Khadija.

J’ai cru devoir écrire ces lignes pour faire taire les anti féministes, pour ne pas dire les misogynes idéologiques. L’Islam a bien ses héroïnes parce qu’une femme a pris les armes pour arracher ses droits de Khalifette.

Dr Ahmed Khalifa NIASS