L’état brut de l’échec des politiques publiques (Mamadou SY Albert)

Les politiques publiques sont et restent le domaine privilégié de l’État qui les définit et les met en œuvre. Cette compétence régalienne de l’État postcolonial a pourtant du mal à se transformer en la réalité concrète de l’exercice du pouvoir central et local. Les décisions et mesures du président de la République en exercice à l’issue de Conseils ministériels, de Conseils présidentiels et de rencontres réunissant des cadres et experts de haut niveau se suivent et aboutissent presque à une impuissance notoire de la politique publique. L’emploi des jeunes, la lutte contre l’occupation de la rue par les enfants, la campagne de la propreté, l’orientation des nouveaux bacheliers dans les Universités publiques, cristallisent présentement un malaise très profond dans la mise en œuvre et le suivi rigoureux des politiques publiques.
Échec et mat de la puissance publique ! Le constat est peut-être féroce, voire exagérer. Il traduit pourtant un état d’une situation dramatique des politiques publiques initiée par l’État postcolonial. L’autorité de l’État est fortement affectée par une incapacité notoire à mettre en œuvre ses orientations et ses décisions. La décision d’orienter  tous les bacheliers de l’année dernière dans les Universités publiques, en attendant des lendemains financiers meilleurs, a du mal à convaincre les étudiants et les enseignants de sa pertinence.
Les raisons de cette contestation de ces deux composantes de la communauté universitaire résultent des conditions des études devenues  insupportable pour les apprenants et pour les enseignants-chercheurs. L’État n’ignore guère du reste les conditions dans lesquelles les Universités se meuvent dramatiquement depuis plus de trois décennies. Les sureffectifs, le taux faible de l’encadrement administratif, technique et professionnel, l’insuffisance des salles, des  amphithéâtres et l’étroitesse des espaces académiques et sociaux, ne sont point des secrets d’État. L’impuissance de l’État est à la dimension de la mesure prise alors que tout indique que l’orientation des nouveaux bacheliers va  produire des conséquences négatives sur le fonctionnement des Universités, la qualité des enseignements et la paix sociale. Entre la performance autoproclamée et le social, le gouvernement a choisi la seconde option.
Au-delà de l’échec de la puissance publique dans ce cas précis de l’affectation des nouveaux étudiants réclamant légitimement le droit à l’éducation et à la formation, c’est la politique publique en matière d’éducation de base et au sommet qui devient une véritable préoccupation majeure. L’école et l’université sont en danger en raison de l’insuffisance des infrastructures scolaires et universitaires et du nombre décroissant des enseignants. Ce mal de l’éducation persiste et s’enchevêtre à celui de l’emploi des jeunes diplômés ou sans qualification. L’emploi a fait l’objet de plusieurs décisions et de mesures politiques. Le résultat des décisions en matière d’emplois des jeunes, singulièrement ceux qui ont pu bénéficier d’une formation technique et/ou professionnelle suscite de sérieuses interrogations face au chômage endémique des diplômés de l’Enseignement supérieur et des écoles de formation professionnelle et technique.
Ils sont actuellement plus de 3 mille jeunes diplômés à la quête d’un premier emploi. L’impasse de l’entreprenariat des jeunes et des femmes est ressentie fortement par cette couche sociale qui ne sait plus comment sortir du cycle meurtrier de l’oisiveté. Les raisons des échecs des politiques publiques de l’emploi sont quasi identiques depuis l’époque des opérations maîtrisards initiées par le gouvernement des socialistes. L’entrée dans les affaires privées exige une formation, une ambition, un encadrement et une volonté de se battre dans un marché étroit qui a ses règles.
 Le diplôme n’est point suffisant pour devenir un entrepreneur. L’échec de la puissance publique en matière d’emplois et d’insertions des diplômés ou des chômeurs non qualifiés est de l’ordre public. Quand l’État et sa puissance échouent dans le domaine de l’éducation et de l’emploi, il a naturellement peu de chance de réussir en matière de gestion de la ville moderne et des processus de l’urbanisation sauvage. Le gouvernement mène depuis quelques semaines des opérations de propreté à l’échelle de la région de Dakar et à l’intérieur du pays.
Les entrepreneurs et les travailleurs du secteur du nettoyage qui sont des spécialistes  dans le domaine de la propreté, de l’hygiène publique et la protection de la nature se plaignent toujours des conditions de travail, de la pénibilité du ramassage des ordures et de l’organisation des déchets. Ils réclament de meilleures conditions de traitement et plus de soutiens financiers, techniques de l’État et des collectivités territoriales. Quand ces professionnels ne peuvent rendre la vie propre à Dakar parce qu’ils n’ont pas des moyens, les citoyens rendront-ils un jour la capitale propre ? La réponse est évidente. La propreté, l’hygiène, la protection de la nature relève de métiers de plus en plus professionnels et exigeants. L’échec de la puissance publique dans le nettoiement et la lutte contre l’insalubrité est établi depuis des décennies et des décennies. Que dire de la lutte de la puissance publique contre les enfants dans la rue, les élèves des écoles coraniques et les mendiants ? La puissance publique verse à la limite dans cette lutte dans le déni des réalités en refusant de s’en prendre à la racine de ce mal : la famille sénégalaise et son école coranique.

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