Mbeubeuss : Un cimetière pour les bébés ?

Située à cheval entre deux communes, Keur Massar et Malika, et équidistante de 27 km du centre-ville de Dakar, la décharge de Mbeubeuss est l’endroit idéal pour certaines personnes macabres de se débarrasser de leurs progénitures.

Ce vendredi 18 octobre, le corps sans vie d’un bébé de sexe masculin en décomposition a été retrouvé par les récupérateurs, enveloppé dans des pagnes à l’intérieur d’un pneu au niveau de la plateforme. Hier lundi aussi, un autre corps sans vie, cette fois-ci de sexe féminin, est découvert, toujours par des récupérateurs, à la plateforme de déchargement, plus connu sous le nom de « dial-baa ».

Et à chaque fois qu’un fœtus ou le corps d’un bébé est retrouvé à Mbeubeuss, le préposé à la sécurité de l’Unité de coordination de la gestion des déchets solides (Ucg) de la décharge informe aussitôt la police ainsi que les sapeurs-pompiers, de même que le district sanitaire concerné est contacté. À ce jour, de façon formelle, en espace de 3 ans, 25 corps sans vie de bébés ont déjà été recensés dans les tonnes d’ordures. Il arrive même parfois que le corps qui est en putréfaction soit enterré sur place ou sous les filaos de Malika, sur instruction du Procureur.

Mais au rythme où vont les choses, les récupérateurs et autres recycleurs de Mbeubeuss s’interrogent, car le bébé retrouvé le vendredi dernier avait le cou cassé avec des traces d’étranglement. Aujourd’hui, les récupérateurs, communément appelés les « bujjumans », à leur tête Diallo, leur président se disent «dépités de voir des corps sans vie de bébés dans ce dépôt sauvage ».

Faudrait-il s’inquiéter ? Sinon même que faire face à ces nombreux cas d’infanticide répertoriés ? En tout cas, les corps de bébés et les quelques fœtus dans le lot des 25 cas recensés, peuvent provenir de tout Dakar, car transportés dans les bennes à ordures jusqu’à la décharge. Et il sera difficile de contrôler les ordures à la charge, vu que la personne qui commet l’infanticide enfouit le corps dans des tonnes d’ordures. En plus de ça, comment surveiller tout cela sur place à Mbeubeuss au déchargement, quand le site s’étend sur près de 114,05 ha ?

Pour gagner leur subsistance dans cette décharge de Mbeubeuss, chaque jour, plus de 1500 personnes y travaillent, soit en tant que chercheurs-recycleurs, restaurateurs de matériel usagé, récupérateurs d’objets, boutiquiers et gargotières alentours, artisans de passage etc. Tous pensent que la vraie bombe n’est pas seulement la dégradation du cadre de vie, mais aussi, les nombreux cas d’infanticide, avec les corps sans vie d’innocents bébés laissés à pourrir en putréfaction avancée.