Serigne Sam Mbackè Laazanba – Les politiques sociales en faveur du monde rural commencent à porter leurs fruits 

Responsable moral du Diwaanu Ndimbal ak Yeurmandé, Serigne Sam Mbackè Laazanba n’en est pas moins agriculteur. En marge du gamou, il se prononce sur l’insécurité à Touba, l’éducation, le monde rural ou encore la menace wahhabite. Entretien.

 

Les questions sécuritaires sont préoccupantes à Touba et sur toute l’étendue du territoire national. Comment appréciez-vous ce fait social ?

On ne peut que constater, pour le déplorer, que l’insécurité persiste au Sénégal et il faudrait des mesures d’urgence pour en venir à bout le plus tôt possible. Sans sécurité il ne peut y avoir de développement comme disait Cheikh Anta Diop. On parle de Plan Sénégal Emergent mais l’insécurité est en train de saboter le Plan Sénégal Emergent. Le chef de l’Etat et ses collaborateurs doivent le garder à l’esprit. La sécurité et la santé sont des préalables à toute autre activité. A la tombée de la nuit des bandits écument la campagne pour braquer des commerces, voler du bétail en tenant en respect les populations avec des armes à feu. C’est le cas dans les villages, dans le monde rural mais aussi dans les villes. Il y a peu de temps une femme a été poignardée à Touba, un peu avant quelqu’un y a égorgé deux enfants dans une maison à l’aube et il faut des mesures pour y remédier. Touba est la deuxième ville du Sénégal au plan démographique mais Touba est loin d’avoir le quart des postes de police, de brigades de gendarmerie et de commissariats présents à Dakar et il y a une faille à ce niveau. Il faut combler le gap car il y a un sérieux problème d’insécurité à Touba.

Quid de la problématique de l’éducation et de l’emploi des jeunes ?

Je disais lors du dernier magal que Serigne Touba a recommandé aux jeunes de cultiver la droiture et le savoir. Qu’il s’agisse du savoir spirituel ou temporel. L’instruction et l’éducation sont primordiales, surtout l’éducation de base qui donne des prédispositions solides à l’individu pour évoluer en société, indépendamment de sa fortune ou de ses connaissances. Ceci dit je leur recommande aussi le culte du travail et l’esprit d’initiative, notamment en explorant l’auto entreprenariat en n’attendant pas que l’Etat leur trouve du travail ou qu’une entreprise du privé les embauches coute que coute. Il y  a des opérateurs économiques sénégalais qui ont démarré par l’auto entreprenariat en partant parfois de presque rien et qui font un chiffre d’affaires de plusieurs milliards. Il faut que la jeunesse soit persévérante, astucieuse et prête à apprendre de ses erreurs. Ceci dit il y a quand même des problèmes parce que les jeunes veulent étudier et ils ont un problème pour accéder aux universités qui ont atteint leurs limites en termes de capacité d’accueil. De ce point de vue il est urgent d’ériger de nouvelles université pour renforcer l’enseignement supérieur. La connaissance est primordiale et ce n’est pas pour rien que le prophète recommandait d’aller jusqu’en Chine s’il le faut pour  acquérir des connaissances. En parallèle il faut davantage appuyer les daaras, les aider à mieux se structurer. Il faudrait que les personnes en charge de cette question, notamment le ministère de l’Education nationale, adoptent une démarche participative et collégiale au lieu de vouloir imposer leur paradigme sans concertation avec les maitres coraniques.

 

On déplore toujours un déséquilibre en défaveur du monde rural. Pensez-vous que cette problématique soit prise en charge convenablement ?

J’ai toujours plaidé pour une discrimination positive en faveur du monde rural. A pareille heure l’année dernière, j’étais de ceux qui tiraient la sonnette d’alarme par rapport à la situation précaire dans les campagnes, notamment en souhaitant que le Pudc dont on nous parle connaisse une accélération. Entre temps je constate que de nouvelles localités sont  électrifiées, ont accès à l’eau, à des postes de santé et autres infrastructures de base. Je dois reconnaitre qu’il y a des améliorations et je ne peux que recommander au président de la République de renforcer sa politique sociale dans le monde rural car les actions sociales en faveur du monde rural sont en train de porter leurs fruits. Ceci dit je demande qu’une attention particulière soit prêtée à ceux qui insultent nos guides religieux sur les réseaux sociaux, à plus forte raison les wahhabites qui créent des groupes whatsapp à travers lesquels ils se permettent d’insulter les gens et même les fondateurs de nos confréries. Récemment nous avons pu grâce à nos investigations remonter la piste d’un des instigateurs au Gabon. Nous avons porté plainte contre lui et il a été arrêté. Nous avons aussi fourni à la Dic et à la section de recherche de la gendarmerie plusieurs audios pour des enquêtes approfondies. C’est une question qui me tient à cœur et je demande au président de la République de prendre toutes les dispositions contre ce phénomène car si on n’y prend garde les dérives terroristes qui secouent la sous région risque de nous atteindre.

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