Guerre totale – Pourquoi Macky Sall craint à Khalifa ?

Des années durant, il a décrié les crocs-en-jambe, dénoncé les «coups bas» et crié au complot. Aujourd’hui, il se retrouve en prison. Mais, pour Khalifa Sall, tout est clair. Le chef de l’Etat, Macky Sall, et son régime, sont les seuls responsables de ses malheurs. Entre l’édile socialiste et le régime actuel, le mal est profond. L’amorce des hostilités ne date pas d’aujourd’hui.

Les antagonismes, timides au début du règne du Président Macky Sall, se révèleront au grand jour en juin 2014. Lors des élections locales. Khalifa Sall, maire socialiste de Dakar, s’est vu disputer la mairie de Grand Yoff par Mimi Touré, Premier ministre et membre de l’Alliance pour la république (Apr), le parti présidentiel. Par cet acte, le parti au pouvoir dispute à un maire, normalement membre de la mouvance présidentielle, sa propre succession. Mais Khalifa ne sera pas déboulonné. Il conserve sa mairie et sa coalition «Taxawu Ndakaru» remporte 15 des 19 communes d’arrondissement de Dakar. Il sort victorieux de la première confrontation. A partir de là, tout est clair. Pour le camp présidentiel, Khalifa Sall est désormais l’adversaire juré. Pour l’édile de Dakar, c’est le début de la traversée du désert.

Abdoulaye Diouf Sarr cogne

Fin octobre 2015, la guéguerre atterrit dans les ordures. «La situation d’insalubrité résulte essentiellement des dysfonctionnements du dispositif de collecte des déchets, des retards dans le paiement des factures des concessionnaires, mais aussi des conflits répétés entre ces derniers et l’Entente Cadak-Car», déclare le ministre des Collectivités locales, Abdoulaye Diouf Sarr, membre de l’Apr, par ailleurs maire de Yoff. Il retire la gestion des ordures à l’Entente Cadak-Car, donc à la mairie de Dakar. Le marché, qui tourne autour de 10 milliards, est confié à l’Unité de coordination et de gestion des ordures qui est sous la tutelle du ministre. Le maire de Dakar est inconsolable. «Nous ne laisserons personne s’occuper de nos ordures. Nous déférerons ce texte au niveau de la Cour suprême parce qu’il viole la loi et nous ne pouvons pas l’accepter (…). La ville de Dakar va s’occuper de ses ordures. Parce que, quand c’est sale, quand ce n’est pas propre, on ne demande pas le ministère, on ne demande pas les autorités gouvernementales, on dit : où est le maire?», répliqua l’édile. Mais, l’Etat réussira son coup. Khalifa perdra sa bataille des ordures.

Diène Farba Sarr s’en mêle

Début 2016, la guéguerre quitte les ordures pour s’exporter, cette fois ci, sur la place de l’indépendance. La guerre des pancartes, comme elle fut surnommée, va opposer le ministère du Renouveau urbain, à l’édile de Dakar. Chacun revendique son projet d’aménagement dudit lieu, auparavant appelé «Place Protet». Là, le gouvernement coupera la poire en deux : Khalifa garde la place de l’indépendance, le ministre du Renouveau urbain se contente de la place de la nation (place de l’Obélisque), qu’il réaménagera.

Amadou Bâ vient en renfort

Malheureusement, entre Khalifa Sall et le régime en place, les rapports vont davantage se dégrader. Et l’argent, sera le prochain sujet de discorde. En effet, l’emprunt obligataire de 20 milliards autorisé à la mairie de Dakar par son conseil municipal, est refusé par le ministère des Finances. «L’emprunt obligatoire posait des problèmes, c’est pourquoi en ma qualité du ministre des Finances et du Plan, j’ai saisi le maire de Dakar pour qu’on puisse l’aider, le soutenir, voire l’accompagner parce que cet emprunt comportait un risque pour le trésor public. Et il n’en a pas voulu », avait déclaré Amadou Ba, le ministre de l’Économie et des Finances. «Si Khalifa Sall a des problèmes qu’il les cherche ailleurs, mais pas au niveau de l’Etat» ajoutait le ministre. La Cour suprême, donnera raison à l’Etat.

Sidiki Kaba finit par l’enfermer

Au référendum, Khalifa Sall infligera une nouvelle défaite à la mouvance présidentielle. Une victoire qui ne fera rien pour taire les antagonismes entre les deux camps. Et l’horizon du maire de Dakar s’assombrira petit à petit. Ses lieutenants feront l’objet de poursuites judiciaires. La suspicion gagnera même l’opinion quand ses lieutenants feront l’objet de poursuites judiciaires. Bamba Fall sera enfermé. Barthélémy Dias, condamné. Pis, après ses deux lieutenants, c’est lui qui aura maille à partir avec la justice. Car, dans l’affaire de la «caisse d’avance», ou des «fonds politiques» (c’est selon le camp dans lequel on se trouve), Khalifa Sall est aujourd’hui emprisonné à Rebeuss. Il attend, dans cette citadelle du silence, sa comparution devant la Justice. Victime de ses ambitions politiques ou coupable de mauvaise gestion ? Une chose est sûre : entre Khalifa et le camp du pouvoir, il y aura bel et bien des prolongations !

Youssouf SANE