Khalifa, Serigne Moustapha, Macky et l’Etat de Droit – La grande énigme

                Le Président de la République est dans une situation énigmatique. L’appel de « pardon » du nouveau Khalife Al Amine pour Khalifa Sall, la pression de Serigne Moustapha, l’unicité de la parole nationale avec le rappel à Dieu de Al Makhtom et le souhait de la majorité de la Communauté Tidiane de voir le Maire de Dakar retrouver la liberté créent un embarras. Khalifa Sall n’est pas le seul épinglé et tous les agrafés des organes de contrôle doivent répondre de leurs actes.  L’Etat de Droit primant sur tout, faut-il céder devant le Religieux ? C’est la grande énigme.

                Le Religieux n’a jamais été en marge de la politique. C’est une réalité est historique. Les grands Marabouts ont beaucoup lutté contre les injustes conditions de vie ancillaire qu’imposait le système colonial.  L’Indépendance acquise n’a jamais annihilé cette intervention du Religieux dans la politique. Tous les acteurs ont, en majorité, joui soit de la faveur d’un Guide religieux et de ceux qui relèvent de son obédience, soit même de leur soutien énergique.

            Souvent un Religieux s’érige contre le Pouvoir ou s’engage dans l’arène des antagonismes politiques. Il arrive qu’il ait des ambitions, des principes inextricables à sa vision confrérique et qu’un responsable politique soit son auxiliaire dans le pouvoir ou dans l’opposition. Et il le défend et le protège.

            Il en est ainsi de Serigne Moustapha, Responsable moral du Dahiratoul Moustarchidina Wal Moustarchidaty et Khalifa Sall.  Ce dernier est de la Tidiania et a des liens privés avec la famille de Tivaouane. Il porte le nom du 1er Khalife général des Tidianes pour qui les disciples ont une vénération incommensurable.  En lui, les adeptes de Al Makhtom et de Serigne Moustapha voient ainsi plus l’homonyme de Serigne Babacar que le Maire et homme politique.  L’intervention religieuse pour Khalifa Sall est donc apodictique.  Disposant d’une masse de disciples militants, il fait stratégiquement de la libération du Maire une exigence sine qua non pour tout apaisement entre la tendance spirituelle à laquelle il appartient et le pouvoir d’Etat.

            Serigne Moustapha avec Khalifa face à Macky

            Le Responsable moral des Moustarchides a avec Khalifa Sall, le Maire de Dakar, des relations fortes et des attaches intimes. Que celui-ci ait tort ou soit innocent, il soutient le frère, l’ami et le disciple. Il n’intercède pas seulement entre Macky Sall et lui. Il se met plutôt avec lui et devant lui pour mener le combat, quitte à subir un embastillement.

            Un inconditionnel de l’Etat de Droit et un Républicain ne comprendraient pas pour cautionner ce bail. Seulement, le fait cultuel et confrérique est inextricable à l’authentique homo senegalensis. Le Guide confrérique a une communauté dévouée qui le prend pour un protecteur d’âme. La soumission à l’Etat de Droit est, pour ses disciples, inimaginable quand il est répliqué ou si un des leurs est ciblé. Ainsi pour les adeptes tidianes relevant de Al Makhtom et de son fils, Khalifa Sall est innocent. Macky Sall aurait donc tort et combattrait celui qui demain peut prendre sa place et devenir le « Khalifa » de la République. C’est ainsi qu’ils voient la poursuite politico-judiciaire.

            Khalifa, l’Etat de Droit et les autres épinglés

            Libérer Khalifa et arrêter la poursuite judiciaire qu’il subit est la volonté de Serigne Moustapha et de ses disciples. Ceux-là sont nombreux, obéissants et téméraires. En février 1994, ils ont tenu en haleine le Sénégal et précisément la région de Dakar avec des conséquences regrettables. Ils sont « dangereux ». Macky Sall en est conscient. Mais songer à une symbiose entre le Spirituel et le Temps en faisant fi des règles de l’Etat de Droit et des principes de reddition de comptes serait pour Macky une lourde responsabilité.

            Pourtant, dans l’hypothèse même où Khalifa Sall serait innocent, rendre compte de sa gestion de finances publiques et de sa gouvernance serait politiquement bénéfique pour lui. Déjà, des Directeurs généraux, des Maires et des Ministres seraient agrafés par l’OFNAC, l’ARMP et l’IGE. Si jamais Khalifa Sall serait déchargé de toute imputation et son dossier mis en apnée, il serait légitime que les autres épinglés par les organes de contrôle et leurs militants opposent un refus catégorique de se soumettre à une quelconque sanction disciplinaire ou à une flétrissure judiciaire. Que fera Macky ? C’est la question.

            Khalifa Sall vers une imminente liberté provisoire

             Le Pool des Avocats qui défend Khalifa Sall a déposé une demande de liberté provisoire qui lui serait sûrement accordée. C’est un agenda incontestablement commode pour aboutir, par une habile gymnastique juridique, à la satisfaction de la demande du nouveau Khalife général des Tidianes Serigne Abdou Aziz Al Amine. Khalifa se rendrait ainsi immédiatement à Tivaouane, non seulement pour présenter ses condoléances mais aussi pour entendre les vérités du Khalife et recevoir ses instructions.

            Sa conférence de presse n’a pas été du goût de celui-ci. Ses sorties au vitriol n’ont pas été appréciées. Il « entendra », en conséquence, le Khalife et serait instruit à une certaine retenue publique et politique. La suite relèvera de Macky Sall. C’est lui qui dispose de pouvoirs et de droits devant les cas politico-judiciaires. Certes, la volonté de Tivaouane est l’apaisement. mais celle des Moustarchides est de faire d’un des leurs une alternative présidentielle. C’est légitime. Seulement, tout, tout et tout dépendra exclusivement de la souveraineté électorale des citoyens. De tous les citoyens de toute religion et de toute confrérie !