Reddition des comptes – Le Tribunal servi la Crei sevrée

 La reddition des comptes qui a été une forte promesse du Président Sall, approuvée par la population qui l’a porté au pouvoir a perdu Khalifa Sall et Cie. Mais au moment où ses derniers sont conduits à l’échafaud du Tribunal via un rapport de la Cour des comptes, d’autres détourneurs présumés de deniers publics sont laissés en rade. Un peu pour dire que pendant que le Tribunal est servi, la Crei qui est spécialisé dans les enquêtes de a patrimoine est sevré.

 

Par Ndiogou CISSE

 

Si les populations qui ont élu le Président Sall sur la basse de ses promesses électorales semblent favorables à la reddition des comptes, il ya tout de même à redire sur la façon dont celle-ci est menée. Khalifa Sall et Cie qui ont été épinglés dans la cadre d’une mission d’audit de la Cour des comptes sont incapables de justifier l’utilisation des fonds qui leur valent d’être placés sous mandat de dépôt. Si à la suite de la mission précitée et les auditions qui l’ont suivie, il est difficile voir impossible de blanchir le maire de Dakar et Cie, c’est tout à fait légitime que des interrogations fusent sur le sort des autres détourneurs présumés de deniers publics. Ce qui est curieux, c’est que pendant que Khaf et Cie sont conduits devant le Tribunal où la justice ne les a pas épargnés de son glaive, d’autres pour qui le même sort a été annoncé, vaquent tranquillement à leur occupation. Au moment où le maire de Dakar et ses collaborateurs sont poursuivis pour un montant d’1, 8 milliard, les maires de Pikine et Saint louis sont renvoyés devant la cour des comptes. Pour rappel, au lendemain de l’emprisonnement du maire de Dakar et de ses compagnons d’infortune, Cheikh Bamba Dièye et Abdoulaye Thimbo, respectivement édile de Pikine et de Saint louis sont envoyés devant la Chambre de discipline financière de la Cour des comptes. Un renvoi motivé par le rapport de l’inspection d’Etat sur leur gestion des collectivités qui leur sont confiées. Tout cela dénote d’une volonté du contrôle que l’Etat doit exercer dans la gestion des fonds publics. Mais pendant que les dossiers atterrissent au Tribunal pour diligence, on est sans nouvelles de ceux qui concernent des personnalités visées par la traque des biens mal acquis. En effet, en poursuivant la procédure pour la justification du patrimoine des 25 personnalités qui ont été annoncées comme détentrices de   patrimoine illicite, l’Etat recouvrirait plusieurs dizaines de milliards. En tout cas, ce que le trésor peut engranger avec de telles personnalités dont la poursuite est réclamée par la société civile et les organismes de défense des droit de l’homme, est de loin supérieur au 1, 8 milliard qui vaut à Khalifa et Cie des déboires judiciaires. Rappelons que le parquet spécial qui met en mouvement l’action publique contre les auteurs présumés d’enrichissement illicite a instruit ces derniers mois, deux dossiers dont l’un de moindre importance concerne un douanier dont le patrimoine n’est rien du tout comparé aux autres qui sont considérés comme des détenteurs présumés de biens mal acquis. Pour les dossiers de l’Ofnac qui sous tendent des faits qui sont prescrits, leur transmission au Tribunal ne peuvent fonder des poursuites contre leurs auteurs. De toutes les façons, si la reddition des comptes devrait se limiter aux personnalités qui sont poursuivies par le Tribunal de Dakar et la Crei, le régime du Président Sall courirait le risque de payer les conséquences d’une justice «deux poids, deux mesures».

Dans un État dit de droit, la justice à deux vitesses pose problème, car elle remet en cause la place des magistrats dans le processus législatif. Une justice «deux poids deux mesures» pourrait remettre en cause le statut d’indépendance des magistrats. Si les interrogations se multiplient autour de la reddition des comptes qui fut l’une des plus grandes promesses de campagne du Président Sall, c’est parce que pour être juste, la Justice doit correspondre à ce que veulent les citoyens. Soit elle reste une autorité au niveau de la Constitution, soit elle reste un réel pouvoir constitutionnel indépendant. Mais dans le premier comme le second cas, elle doit faire preuve de fermeté dans l’application des lois votées par le Parlement, tel que le souhaitent les Sénégalais, au-delà des clivages politiques. L’indépendance sans responsabilité et sans contre-pouvoir conduit au renforcement de cette justice «deux poids deux mesures» qui sera toujours dénoncée.