« Au nom du Projet, de la Dette et de la sainte Reddition des Comptes : L’Errance d’un Pouvoir », (Par Pape Mahawa Diouf)

Bientôt deux années se sont écoulées, et le duo Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko semble naviguer à vue, incapable de dessiner une trajectoire claire pour le Sénégal. Au-delà des déclarations sensationnelles et des promesses révolutionnaires, où sont les actes tangibles ? Où se cache cet agenda si fameux, constamment évoqué mais jamais révélé ? L’errance gouvernementale est devenue la règle, et le cap, une énigme que personne ne peut résoudre.

Au nom du « Projet » : La Grande Illusion

On nous présente un Sénégal exsangue, retrouvé en « zone rouge », au « quatrième sous-sol », selon les termes du Premier ministre. La faute en incomberait exclusivement aux régimes passés. Certains, dans une outrecuidance sans borne, osent affirmer que si tous les dirigeants depuis l’indépendance avaient gouverné comme le PASTEF au pouvoir, le pays serait aujourd’hui développé. Prétention vertigineuse ! Vivons-nous dans le même pays ?

Au nom d’un « projet » que personne n’a jamais vu, dont nul ne connaît les contours, devrions-nous nous taire ? Accepter sans broncher que l’on efface d’un trait de plume l’œuvre et l’action de figures qui ont bâti cette nation : Léopold Sédar Senghor, Cheikh Anta Diop, Mamadou Dia, Abdou Diouf, Abdoulaye Wade, Macky Sall, et tant d’autres ? Cette tentative de réécriture historique par des raccourcis vulgaires est inacceptable. Le Sénégal est le fruit de grands compromis, d’hommes d’État, d’intellectuels et de leaders religieux qui ont patiemment construit cette démocratie – la même qui vous a permis d’accéder au pouvoir.

Au nom de la Dette : Le Naufrage Annoncé

Argument suprême pour justifier par avance l’échec, la dette sert de prétexte à un renoncement généralisé. Pourtant, les audits des institutions nationales comme l’IGF et la Cour des Comptes n’ont pas suffi ; il a fallu mandater un cabinet privé, Mazars, pour tenter de convaincre des partenaires devenus méfiants.

La communication gouvernementale calamiteuse sur nos finances a paniqué les marchés. Par indélicatesse et incompétence, elle a dynamité en quelques mois une réputation de sérieux bâtie sur des décennies. La conséquence fut immédiate et cinglante : l’agence Standard & Poor’s a abaissé la note du Sénégal à « B » avec perspective négative, un précédent historique. Le FMI a suspendu son programme de 1,8 milliard de dollars.

Las de convaincre et après avoir accepté les injonctions les plus rudes (austérité, fin des subventions), le pouvoir change de narrative et s’attaque aujourd’hui au FMI, désormais accusé de complicité dans une « dette cachée ». Au nom de cette dette, on exige des Sénégalais qu’ils supportent le matraquage fiscal, la fin des filets sociaux (BSF, CMU, CESAME, bourses étudiantes) et la suppression des subventions sur les hydrocarbures et les denrées de base. Alors qu’une crise économique menace la stabilité du pays, c’est la capacité même de l’État à gouverner qui est en jeu.

La réalité derrière le discours : une économie à l’arrêt

Le discours sur la dette masque une réalité insidieuse : une économie étouffée par des décisions hasardeuses.

· Le monde agricole en crise : La campagne agricole s’annonce désastreuse. Prix des intrants explosés, distribution des semences en retard, soutien étatique inexistant. Face à la destruction des surfaces agricoles, comme dans la vallée de l’Anambé, l’État brille par un mutisme et un immobilisme déconcertants.
·Touba sous les eaux : La ville sainte est inondée comme jamais, et l’appel à l’aide du Khalife se heurte au refus des autorités de déclencher le plan ORSEC. L’abandon est sidérant.
· Le BTP asphyxié : Pillier pourvoyeur d’emplois, le secteur est à l’arrêt. Blocage des chantiers, arriérés de paiement de l’État dépassant les 300 milliards FCFA, exode de la main-d’œuvre, entreprises étranglées qui licencient et ferment. Une autre indélicatesse aux conséquences sociales dramatiques.
· L’assassinat des médias : Sous couvert de restructuration, 381 organes de presse sont menacés de mort, jetant des milliers de travailleurs au chômage. Sabrer dans le financement des médias, c’est porter un coup bas à la démocratie sénégalaise. L’histoire s’en souviendra.

Mais le casse du siècle ne réussirait pas sans la sacro-sainte Reddition des Comptes

Derrière les effets d’annonce et la mise en scène spectaculaire de procès politiques se cache un dessein inavouable : soumettre l’État de droit et museler les libertés.

Au nom de la transparence, on a livré en pâture à une opinion publique surchauffée des acteurs politiques sans qu’aucun procès équitable n’ait encore eu lieu. Pire, au nom de cette même reddition, ce sont désormais les institutions républicaines elles-mêmes (Présidence, Cour suprême, Conseil constitutionnel) et leurs représentants (magistrats, presse, société civile) qui sont combattus. Les réflexes insurrectionnels de l’opposition ont survécu à l’accession au pouvoir. C’est inacceptable.

Conclusion : L’Imposture du « En Même Temps »

Rien ne semble les arrêter dans leur fuite en avant. Purges arbitraires, musellement des dissidents, emprisonnement de chroniqueurs, insultes publiques : tout y passe.

Et pendant ce temps, le pays navigue dans un flou artistique total. Nous ne sommes ni dans une économie libérale, ni dans un développement endogène. Nous ne sommes plus souverainistes anti-CFA, mais pas non plus en partenariat assumé avec les institutions de Bretton Woods, pourtant sollicitées. Nous sommes membres de la CEDEAO tout en sublimant les putschistes de l’AES. On demande à la France de « dégager » tout en lui réclamant un séminaire intergouvernemental.

Cette schizophrénie politique n’est pas une force ; elle est le symptôme d’une absence criante de vision. Le Sénégal, lui, trinque.

Voilà pourquoi, il devient urgent et nécessaire que les forces vives du pays se dressent pour bâtir une alternative au destin chaotique qu’ils promettent au pays.

Par Pape Mahawa Diouf