Nucléaire iranien: Pékin et Moscou irrités par l’activation du mécanisme de sanctions contre Téhéran

La réaction de Pékin et de Moscou est sans ambiguïté. Pour la diplomatie chinoise, l’initiative européenne visant à réactiver des sanctions contre l’Iran risque d’aggraver la crise. « Ce n’est pas constructif », a déclaré Guo Jiakun, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Selon lui, le dossier nucléaire iranien se trouve « à un tournant », et le rôle du Conseil de sécurité des Nations unies devrait être de « favoriser la reprise du dialogue » plutôt que de « créer une nouvelle confrontation ». La Chine redoute tout risque de tension supplémentaire au Proche et Moyen-Orient.

Mise en garde de Moscou

À Moscou, après les prises de position des ambassadeurs russes à Vienne, là où a été signé il y a dix ans l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA, pour Plan d’action global conjoint), dans un communiqué rendu public ce vendredi matin, le ministère des Affaires étrangères met en garde contre des « conséquences irréparables » en cas de nouvelles sanctions internationales contre l’Iran. Une mise en garde qui sonne comme le prélude d’un bras de fer qui s’annonce intense. Le communiqué est particulièrement long, argumenté et aussi véhément : « Nous les appelons avec insistance à retrouver la raison et à réviser leurs décisions erronées avant que celles-ci n’aboutissent à des conséquences irréparables et une nouvelle tragédie ».

Lors des frappes israéliennes de juin dernier sur l’Iran – à propos desquelles Téhéran avait reconnu des dégâts sur ses installations nucléaires – Moscou n’avait pas soutenu militairement Téhéran. La Russie est aussi préoccupée par la prolifération nucléaire et certains observateurs soulignent eux que le rétablissement des sanctions onusiennes pourrait, en pleine guerre en Ukraine, compliquer la coopération militaire et balistique entre la Russie et l’Iran.

Des inspecteurs de l’AIEA en Iran

La république islamique a mené des discussions sur le nucléaire avec Moscou et Pékin fin juillet, parallèlement aux négociations à Genève avec les Occidentaux. De fait, plusieurs inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sont « de retour en Iran » depuis cette semaine, a annoncé son chef, Rafael Grossi, qui était l’invité de RFI ce vendredi. C’est la première équipe à y retourner après la suspension, début juillet 2025, par Téhéran de sa coopération avec l’organisme onusien, à la suite de la guerre déclenchée par Israël. Mais pour Rafael Grossi, on est encore loin de la transparence nécessaire : « le retour à tous les sites inspectables est indispensable. Il n’existe pas de régime d’inspection ‘à la carte’ », martelait Rafael Grossi sur notre antenne.

Berlin, Londres et Paris (E3) ont activé hier, jeudi, le mécanisme dit snapback, une procédure inscrite dans l’accord de 2015, censée à faire pression sur l’Iran par des menaces de sanctions pour l’empêcher de se doter de l’arme nucléaire. Une initiative « politique », déclarait sur notre antenne Rafael Grossi. Téhéran est accusé par l’Agence internationale de l’énergie atomique d’avoir dépassé les seuils d’enrichissement d’uranium fixés par le texte. Ce mécanisme onusien ouvre une période de trente jours au terme de laquelle les sanctions pourraient être rétablies. « Nous entrons dans une nouvelle phase de 30 jours (…) que nous devons vraiment utiliser pour trouver des solutions diplomatiques » déclarait ce vendredi matin la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, avant une réunion des ministres à Copenhague.

La demande de sanctions doit être examinée vendredi par le Conseil de sécurité de l’ONU.