Frontalière à la Guinée Bissau et à la Gambie avec une position géographique stratégique, une population estimée à plus d’un million d’habitants et son énorme potentiel notamment dans le secteur primaire avec des sols fertiles et une pluviométrie élevée, des cultures rentables et un secteur de l’élevage performant avec des avantages pour l’industrie locale et nationale, une forêt et une biodiversité inestimables, la région de Kolda est pourtant l’une des régions les plus en arrière du Sénégal.
Malheureusement le constat est plus qu’amer. Depuis plus de six(6) décennies, le fouladou continue d’être le grand observateur des progrès et avancées notoires que certaines régions ont enregistré. Tout est fiasco au fouladou. Un secteur informel paralysé, un système de transport presqu’à nu et des difficultés socio-économiques persistantes, constituent le quotidien du «goorgoorlu» koldois, sous le silence complice des autorités quasiment invisibles.
Le problème est-il dû à une mauvaise répartition de la part des autorités compétentes ? Ou est-ce une impartialité de l’État central qui, de manière délibérée, oublie Kolda ?
Moi, je n’y crois pas. En effet, depuis l’accession du Sénégal à la souveraineté internationale, la région de Kolda a toujours eu des représentants dans les plus hautes sphères de décision du pays. Les plus récents de ces deux dernières décennies sont le ministre maire Bécaye Diop qui, de 2000 à 2012, occupa le ministère de l’Alphabétisation et celui des Forces armées. Le Pr Moussa Baldé, de la SODAGRI a accédé au ministère de l’Agriculture. L’actuel président du Conseil départemental de Kolda dirigea aussi le ministère de l’Enseignement supérieur. L’ancien maire, Abdoulaye Bibi Baldé, fut, lui, ministre de l’Environnement et directeur de la Poste. L’actuel édile de la ville de Kolda, Mame Boye Diao, pendant très longtemps, avait dirigé la Direction générale des impôts et domaines et la Caisse des dépôts et consignations (Cdc). A ceux-là, il faut aussi ajouter les postes de Direction, de PCA ou de député qu’ont assumé de nombreux fils de la région.
Étaient-ils de vaillants représentants ?
Au regard de ce qu’ils ont accompli et de ce que les nouveaux représentants ont comme résultat, pour moi, la réponse à cette question est non. Au même moment, Ziguinchor, terrain des plus vives contestations que le Sénégal ait connues, recevait tous les honneurs de l’Etat central, à travers l’intervention d’un nombre incalculable de programmes étatiques et des organisations de développement nationales et internationales. Le plan Diomaye pour la Casamance et le projet agropole sud concentré presque à Ziguinchor en attestent.
Pourquoi donc cette grandissime considération des différents régimes qui se sont succédé envers des régions comme Ziguinchor et les autres régions du nord ? Est-ce dû à une certaine poigne avec laquelle les représentants de ces régions revendiquent leurs intérêts ?
Oui, parce que contrairement aux autorités koldoises, toujours aux abonnés absents et frileuses, les autorités des autres régions ont toujours dit le mot qu’il fallait pour revendiquer l’équilibre des territoires. Aujourd’hui, c’est ce caractère ferme qui a propulsé certaines régions.
À Kolda, quand il fallait avoir des infrastructures sociaux de base, les autorités semblent l’avoir échangé avec des villa dans la capitale et des bourses étrangères pour leurs prodiges ou pour des avantages pour leurs militants et sympathisants, laissant en rade les préoccupations de leurs administrés. De Moctar Kébé à l’actuel maire, Elhadji Mame Boye Diao, jamais une autorité koldoise n’a défendu les intérêts de la région (MYF-VELS et KOLDA) comme il le fallait. Mieux, elles se sont toujours contentées des projets et programmes de consolation de l’Etat central. L’exemple concret est la dernière publication de la liste des chantiers du ministère des infrastructures.
Les nouvelles autorités ont complètement oublié le nombre incalculable de projets à réaliser et à achever à Kolda. Sous le regard et le mutisme insensé des représentants de la région, le ministre Déthié Fall et ses services nous consolent avec l’annexe de l’Université Assane Seck de Ziguinchor de Kolda en construction depuis 2014 et qui peine à être achevée.
Qu’est-ce qui fait oublier aux nouvelles autorités les urgences à Kolda ?
Qu’il s’agisse du Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, du Premier ministre, Ousmane Sonko et du ministère en charge des Infrastructures, tous connaissent les plaintes et complaintes des koldois et koldoises. En effet, Kolda a toujours réclamé la construction de la route Kolda – Fafakourou, le tronçon Kolda – Pata, le linéaire Salikegne – Kolda, Dabo – Salikegne et l’achèvement des chantiers de la boucle du fouladou. Les nouvelles autorités savent aussi que les koldois exigent depuis très longtemps la construction de l’aéroport et la finition des travaux de l’UASZ/Kolda.
Pourquoi chaque régime ignore-t-il les doléances des koldois ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?
Certainement que ces interrogations n’auront pas de réponses concrètes, mais de toute façon, l’inertie de nos autorités et représentants face aux agissements des régimes envers le fouladou est plus que insoutenable. De multiples programmes et projets auraient pu intervenir à Kolda. Le résultat de ces projets et programmes est presque invisible. Sur tous les plans, les résultats laissent à désirer parce que le lambda koldois continue de souffrir. Il n’y en a pas que dans les infrastructures seulement, Kolda est derrière dans tous les domaines. En éducation, sur le plan socio-économique, dans l’insertion des jeunes, les politiques publiques de développement, l’environnement, la décentralisation, le sport et tant d’autres secteurs, le fouladou caracole toujours dans les dernières positions.
Où en sommes-nous avec ces projets et programmes ? Quels impacts ont-ils fait à Kolda jusque-là ?
Il n’y a pas longtemps, l’État, à travers son ministère de l’Hydraulique, a lancé le programme national des 39.000 branchements sociaux. Les travaux n’ont toujours pas démarré. Au même moment, la quasi-totalité des communes et villages ne parviennent pas à avoir de l’eau potable et se contentent des eaux des puits ou celles des marigots dans certaines zones. Je n’ai toujours pas vu un jeune qui a bénéficié du programme d’insertion «Tekki Fii» pour la Casamance. Et pourtant, la région de Kolda faisait partie des régions ou le programme devait intervenir. Les projets de valorisation des eaux pour le développement des chaînes de valeur, PROVALE CV, qui devait développer l’entrepreneuriat rural, le projet de gestion des ressources naturelles avec son budget de plus de 4 milliards de nos francs, le programme d’électrification de 33 localités en Casamance annoncé en mai 2025, la construction d’un centrale solaire photovoltaïque à capacité de 60 MWc à hauteur de 84 millions d’euros, qui devait fournir de l’énergie propre à la région de Kolda et le programme agropoles Sud, tous semblent n’avoir aucun impact sur le quotidien des koldois et les autorités restent silencieuses face à ces négligences.
Les jeunes continuent de conduire des motos Jakarta à cause du manque de travail. Sur 100 quartiers ou villages, 99% sont dans le noir sans compter l’adduction d’eau qui n’existe presque pas à Kolda. Sur un ratio de 10 habitants, 8 n’ont pas accès à l’eau potable et pourtant les fleuves Casamance, Kayanga, Anambé constituent un potentiel hydraulique inestimable pour la pêche, l’aquaculture et l’eau potable.
En sport, aucune équipe koldoise des trois départements dans toutes les disciplines et catégories ne joue dans l’élite. Sans appui conséquent des autorités et responsables, elles sont obligées de s’agripper au bas de l’échelle. En cette période où l’heure est à la réconciliation et aux alliances, à Kolda les autorités se regardent en chiens de faillance et invisibles, laissant un vide incommensurable. Des autorités et responsables censés représenter la région préfèrent rester dans leur villa à Dakar.
Un potentiel culturel inestimable inexploité et un secteur du tourisme à l’agonie sous le regard complice des autorités.
Kolda est une zone avec une capacité culturelle immense mais inexploitée par l’État en complicité avec les autorités locales. Sur le plan historique, l’arbre Moussa Molo Baldé, l’arbre fétiche du grand champion Fodé Doussouba, le Tata de Moussa Molo Baldé, la province de Gimara avec la princesse Fanta Thiadiel, pour n’en citer que ceux-là, constituent un potentiel culturel historique délaissé.
Dans le domaine de la littérature, la peinture et des productions audiovisuelles, cinématographiques, musicales, Kolda reste toujours derrière. Il y a aussi le secteur du tourisme qui est complètement à genoux malgré le passage court du ministre koldois, Mountaga Diao à la tête du ministère du tourisme et de l’artisanat. Avec les avantages inexploités du tourisme religieux, historique et culturel, les acteurs koldois du secteur arrivent à peine à vivre de leur art. Une situation qui a complètement mis à terre le secteur.
Qu’elle doit être la posture du « koldois de l’heure » ?
Les koldois doivent s’unir davantage pour la résolution des préoccupations qui gangrènent la région depuis très longtemps. Avec cette nouvelle génération de politiciens, des acteurs de la société et du koldois lambda que j’appelle le « koldois de l’heure », le rêve de voir une région meilleure est permis. Certes, il serait très difficile de résoudre un échec vieux de soixante ans, mais aujourd’hui cette masse critique qui émerge peut faire la différence sur tous les plans.
IBRAHIMA KÉRA MBALLO/Journaliste-reporter(RFM-Dakar)
