3ème mandat : Boune Dionne balise le chemin

Ceux qui doutaient de la volonté de Macky Sall de briguer un troisième mandat devront revoir leur jugement. Les déclarations de Boune Abdallah Dionne ce week end, laissent penser que le Président Sall n’est pas prêt à remettre son mandat en jeu en 2024 ou il ne le fera que contraint et forcé. En tout cas, si l’on se fie aux propos du ministre-secrétaire général de la présidence, qui semble être dans le secret des dieux, «l’histoire de Macky Sall va se poursuivre jusqu’en 2035». «Est-il pertinent de limiter le nombre des mandats ?», s’est-il encore demandé.

Néanmoins, ces dernières déclarations de Boune Abdallah Dionne à Guédiawaye et à Imedia sonnent comme un manque de respect pour le peuple sénégalais et sa Constitution. Parce que même s’il reconnaît que la question de la durée et du nombre de mandats est «extrêmement difficile parce qu’elle n’est pas tranchée au plan international de la doctrine par les juristes», il convient de reconnaître quand même qu’elle a été tranchée par le peuple sénégalais.

En atteste l’élection de Macky Sall à la magistrature suprême. Car si Macky Sall a été élu, c’est justement à cause du resquillage que Wade voulait opérer après avoir publiquement reconnu qu’il avait lui-même verrouillé la Constitution à deux mandats. Ce à quoi s’est opposé le peuple et des patriotes comme Mamadou Diop et d’autres y ont laissé leur vie. D’ailleurs, en 2012, le candidat Macky Sall était l’un des opposants les plus déterminés à faire partir Wade. Pour preuve, il est allé jusqu’à le menacer de le déloger du palais s’il s’obstinait dans sa volonté.

Donc, pourquoi tente-t-il d’obtenir ce que le peuple a refusé à Wade ? Pourquoi oser ou poser ce débat alors que le chef de l’État déclarait sur France 24 concernant le mandat ceci : «Oui, au Sénégal, nous avons réglé cette question puisque notre Constitution de 2001 a limité le nombre de mandats à deux. Il y a eu une variation et c’était sur la durée. Et moi-même j’ai été élu sur le régime du septennat. Et pour revenir à une norme, deux mandats de cinq ans, j’ai décidé d’appliquer une réduction sur mon propre mandat. Donc, je suis favorable à la limitation des mandats dans le temps».

Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, il avait, à l’endroit de ses homologues qui ont tendance à s’éterniser au pouvoir, lancé : «Aujourd’hui, tous doivent tenir compte de la réalité du monde». Donc pourquoi lui aussi n’envisage-t-il pas de tenir compte de la réalité du monde ? Aux États-Unis par exemple, on n’a pas besoin d’écrire dans la Constitution la limitation des mandats ; elle s’applique de facto sur la base d’un gentleman agreement. Chaque président, au terme de son deuxième mandat de 4 ans, ne se représente plus.

Aussi, le Président Macky Sall et son parti doivent être conséquents avec eux-mêmes, dans la mesure où la limitation des mandats est inscrite noir sur blanc dans notre charte fondamentale. Pourquoi ne pas se contenter des deux doses prescrites au lieu de tenter de les dépasser au risque de sombrer dans l’overdose ? Et puis, ce qui frustre le plus dans cette situation est le fait que ceux qui dirigent le pays semblent prendre les populations pour ce qu’elles ne sont pas. Si le pouvoir rend les dirigeants amnésiques, ce n’est pas le cas chez les populations. Et l’on ne peut s’empêcher de demander si ces dirigeants qui sont prêts à tout pour conserver le pouvoir aiment vraiment leur pays et leur peuple, ou simplement le pouvoir et les privilèges qu’il confère ?

D’ailleurs, ce même Boune Dionne qui veut aujourd’hui baliser la voie à son mentor pour un mandat “illimix” n’est-il pas le même qui, dans une longue contribution parue dans la presse le 27 février 2016, veille du Référendum et intitulée «Les raisons pour voter oui», disait ceci : «Oui pour un quinquennat définitivement verrouillé, renouvelable qu’une seule fois, le mandat en cours du Président Sall étant bien compris dans le décompte de 2 mandats consécutifs prévus par la révision constitutionnelle» (sic).

Aujourd’hui, qu’est-ce qui a bien pu se passer pour qu’il change de discours ? Le pouvoir l’a-t-il grisé au point qu’il en est devenu accroc ? En tout cas, ces déclarations de Boune Dionne indiquent clairement qu’ils ne sont pas prêts à lâcher le pouvoir. Pourquoi Macky Sall, qui est arrivé au pouvoir du seul fait de la démocratie, s’emploie-t-il, aujourd’hui, à faire tomber l’échelle par laquelle il est monté ? Aujourd’hui, les urgences sont nombreuses et il doit s’atteler à les satisfaire. Nul n’est indispensable dans la vie ; et comme les Sénégalais lui ont tout donné, il doit leur rendre la pareille en leur restituant, le moment venu, en 2024, le mandat qu’ils lui avaient confié au lieu d’essayer de les rouler dans la farine. Ce qui risque au finish d’avoir de lourdes conséquences. Qui vivra verra…

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