De l’eau de mer coule des robinets à Foundiougne

Depuis plus d’un an, Foundiougne, un département de Fatick, a soif. L’eau des robinets est devenue plus salée que celle de la mer. Le préfet a sorti un arrêté pour interdire sa consommation, poussant les populations à se tourner vers les communes voisines pour boire, cuisiner, faire le ménage et se laver. Reportage.

Foundiougne, 10 heures du matin. La tension monte entre deux jeunes filles pour une histoire de rang sur une file. Des insultes et des invectives fusent. Les protagonistes semblent décidées à en venir aux mains. Une troisième s’interpose. Le calme revient. Mais, probablement, pas pour longtemps. Depuis plus d’un an, ces querelles de borne fontaine sont fréquentes au niveau de ce point d’eau de Pecc Bour, un quartier au cœur de ce département de Fatick.

En ce début de journée du 31 décembre 2018, le temps est beau et doux (25° C à l’ombre), mais les cœurs ne sont pas à la fête. La priorité des populations c’est de trouver de l’eau en quantité suffisante pour les besoins de la famille.

Foundiougne se situe au cœur du Sine-Saloum, à l’Ouest du Sénégal. Ses 8000 habitants se partagent une presqu’île de 550 km2 trempés dans un bras de mer. Cette position géographique est à l’origine du malheur actuel des populations de la localité.

“Mesures propagandistes”

L’image de Foundiougne a radicalement changé. Les files interminables de bidons, de bassines et de seaux serpentant vers les points de ravitaillement du liquide précieux, se sont incrustées dans son décor de carte postale. Les charrettes chargées d’eau sillonnant les artères de la ville, aussi. Tout comme les groupes d’individus qui déambulent dans les rues armés de leurs récipients.

À la veille de la présidentielle du 24 février 2019, les autorités avaient fait installer un tuyau qui raccordait les robinets de la commune au forage de Mbam, un village situé à quelques kilomètres. Mais depuis mars, l’eau n’est plus courante. Au grand dam des populations qui soupçonnent les politiciens de les avoir roulées dans la farine.

“Cette mesure était simplement destinée à capter l’électorat de la commune, croit savoir Ndèye Fatou Guèye, une jeune dame mariée à un polygame. Et ça a marché puisque le Président sortant (Macky Sal, Ndlr) a obtenu presque 80% des suffrages. On n’est malheureusement dans la même situation qu’il y a deux mois, c’est même pire.” Émilie, une de ses coépouses, enfonce le clou : “Le remède a aggravé la maladie.”

Ya Khady, une jeune mère de famille du quartier Guedji, embraye : “Avec cette mesure, les camions qui distribuaient l’eau ne sont actuellement que trois. Le robinet ne coule que tard dans la nuit. Une famille comme la nôtre n’arrive même pas à avoir un bidon d’eau. Et depuis deux jours (propos recueillis le 13 mars, Ndlr), aucune goutte n’est sortie des robinets.”

Retour à la case départ

Il y a un an, les populations de Foundiougne croyaient avoir franchi un palier en matière d’accès à l’eau potable. “Le premier forage du château d’eau date de 1952, rembobine Malick Traoré, le responsable de la Société des eaux (SDE). La SDE avait jugé nécessaire de creuser un autre. Ce qui nous avait permis de faire le raccordement avec les villages de Thiaré et Soum. Au début, il n’y avait pas de problème. Mais après quelques temps, nous avons noté des anomalies et on a interdit la consommation de l’eau en 2017.”

Il a fallu du temps pour que les populations acceptent de tourner le dos à leurs robinets. Il a fallu surtout que la situation s’empire. Au mois de novembre 2018, les Foundiougnois constatent que la couleur de l’eau était devenue saumâtre. La teneur en sel avait atteint un niveau très élevé.

“Plus élevé même que le niveau de salinité de l’eau de mer”, soutient Gorgui Mbaye, le préfet du département. Ce dernier prend alors un arrêté pour interdire l’usage de l’eau du robinet. C’est le début du calvaire pour les populations. Douze camions citernes, qui s’approvisionnent à Sokone, commune située à 60 km, ravitaillent les 8000 âmes du département.

Au niveau des points de ravitaillement, les nerfs ont tendance à chauffer. “Le manque d’eau est à l’origine d’animosité entre femmes, regrette Ndèye Fatou Sall, responsable du point de distribution de Thiamène, rencontrée lors de son notre premier passage à Foundiougne, le 31 décembre dernier. On s’insulte. Les gens s’accusent d’anthropophage, on se bat toujours pour avoir de l’eau.”

Ce jour Ndèye Fatou, ainsi que ses camarades d’infortune, ont attendu six heures sans voir un camion débouler avec son liquide précieux. Elle confie : “De 6 heures du matin jusqu’à 12 heures, on a attendu, mais le camion n’est pas venu. C’est un jour de fête donc, les gens sont retournés chez eux en attendant l’arrivée du camion. C’est le calvaire que nous vivons quotidiennement. Ceux qui ont la possibilité d’acheter, le font auprès des charretiers qui s’approvisionnent dans les villages environnants. Le bidon se vent à 200 francs Cfa. C’est vraiment difficile.”

Code de conduite

Au quartier Thiarakholé, situé au Sud-Ouest de la ville, les habitants ont mis en place une sorte de code de conduite pour gérer les tensions qui pourraient naître de la quête vitale. “Nous avons établi des règles et tout le monde se soumet à ces règles, fait savoir Maïmouna Ngom, responsable du point d’eau du quartier. Nous avons une liste sur laquelle les gens s’inscrivent par ordre d’arrivée. Celui qui déroge aux règles est remis dans les rangs sans problème. C’est difficile, mais un jour, la situation va évoluer.”

La question de la discipline réglée, se pose celle de la distribution de l’eau. Au niveau du  point de Thiarakhoulé, les populations reçoivent un camion tous les deux jours. “Quand ton tour arrive, tu as droit à dix bidons, renseigne Marie Fall. Celles qui n’ont pas eu la chance d’être servies, vont attendre la prochaine fois. Donc, nous avons dix bidons pour quatre jours.”

Dans les autres points de distribution, c’est le même scénario. À quelques nuances près. Pour combler le gap, les Foundiougnois se rabattent sur les charretiers qui vendent de l’eau de puits. Une situation très difficile pour certains responsables de famille aux maigres revenus. S’y ajoute que l’origine de l’eau, sa manipulation et les conditions de sa conservation font courir à la population le risque de contracter des maladies.

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