Dr Moussa Same Daff, Directeur de Dalal Jamm : «L’hôpital a 4 lits de réanimation»

Le directeur de l’hôpital Dalal Jamm le précise : il n’y a pas de tension d’oxygène dans les structures publiques de santé. Moussa Same Daff regrette donc les accusations de Dr Babacar Niang à qui il réclame du «respect» à l’égard des agents de santé du public. Dans cet entretien, M. Daff décline la situation du Centre de traitement des épidémies de l’hôpital situé à Guédiawaye.

Quelle est la situation dans le Centre de traitement des épidémies de l’hôpital Dalal Jamm dans la lutte contre le Covid-19 ?
 
Comme depuis le début de la pandémie, on est en train de prendre en charge les malades. Nous sommes en train de prendre ce que nous pouvons. La preuve, c’est que pratiquement tous nos lits de réanimation sont occupés. Globalement, l’ensemble de nos lits sont occupés. Il y a des malades qu’on a vus aux urgences parce qu’on ne peut pas les laisser rentrer chez eux. Nous sommes en train de les recevoir aux urgences pour une oxygénothérapie. Il y a des malades admis dans les zones tampons, c’est-à-dire des endroits où ils doivent attendre les résultats de leurs tests. Souvent, quand ils arrivent on leur fait le test, mais ils ont besoin d’être oxygénés. Du coup, on ne peut pas les laisser rentrer à la maison. Il y a des malades dont les tests sont négatifs, mais dont la prise en charge nécessite une oxygénothérapie. C’est la raison pour laquelle à l’intérieur du Cte, pratiquement les malades sont bien pris en charge. Egalement dans les extensions du Cte, on a ad­mis des malades parce que leur état de santé le nécessite. Le corps médical ne peut pas avoir des malades venus dans un tableau très difficile et les laisser partir.

Quelle est la capacité d’accueil de l’hôpital Dalal Jamm ?
 
Elle est de 100 lits. Compte tenu de la demande, on est en train de l’étendre à 140 et en plus de la réanimation, ce sera 145 lits. Nous faisons de notre mieux. C’est la capacité la plus grande de tous les Cte.

Il y a combien de lits de réanimation exactement ?
 
On en a 4. Là également nous sommes en train de l’étendre de 6 à 9 lits de réanimation.

C’est insuffisant, non ?
C’est vous qui le dites.

Par rapport au nombre de cas graves…
Je pense quand même que les malades qui y viennent sont pris en charge dans la mesure des possibilités de l’hôpital. Tous les malades n’ont pas besoin d’être admis en réanimation. Dans les Cte, s’il y a des soins qui nécessitent réellement une réanimation, les médecins prennent les dispositions idoines.

Est-ce que vous connaissez une tension en oxygène ?
 
Non. Je le dis et le répète : l’oxygène est là. La centrale de l’hôpital fonctionne. C’est couplé à des racks d’oxygène que le ministère de la Santé met à notre disposition. Donc aujourd’hui, la quantité d’oxygène à l’hôpital est suffisante. Hier (lundi), nous étions à 61% de malades qui étaient sous oxygène. C’étaient 70 malades. Si chaque malade est sous 15 ou 25 litres, c’est ce qui entraîne souvent une tension dans les réseaux d’oxygène. Cette polémique sur la tension de l’oxygène est un faux débat. A la date d’hier (lundi), le ministère a injecté dans le système 125 mille m3. Il y a eu une commande de 303 mille m3 auprès des gaziers. Donc, il y a un stock à peu près de 178 mille m3. Je parle bien de stock. A partir du moment où on est dans une tendance baissière, je pense que ça peut tenir.

Pas de tension en oxygène selon vous. Comment comprendre alors la décision du gouvernement de réquisitionner les gaziers ?
 
Le ministre de la Santé, Abdoulaye Diouf Sarr, a pris des décisions fortes. Les gaziers ont été réquisitionnés, intégrés dans le Comité national de gestion des épidémies. Le ministre est sur le terrain pour voir la situation. Toutes les 48 heures, il fait le point avec ces producteurs de gaz. C’est une situation suivie de très près et il n’y a pas de pénurie d’oxygène.

Dr Babacar Niang pense le contraire…
 
Dr Babacar gère une clinique et non un hôpital. J’ai dit que dans les hôpitaux publics il n’y a pas de tensions en oxygène. Il y a peut-être des tensions en lits parce que la demande est trop forte. Les cliniques peuvent avoir des tensions en oxygène si elles ne veulent pas sortir l’argent pour en acheter. Le ministère est en train de leur venir en aide, mais ce sont des gens qui facturent et non des philanthropes.

Connaissez-vous des pratiques relatives à la vente de matériel du public à des structures sanitaires du privé ?
 
Je le redis encore une fois, on ne gère pas des cliniques. Une clinique, ce sont 20 personnes, à la limite des mercenaires avec 10 ou 15 lits. Nous gérons plus de 200 voire 300 lits avec 500 agents, un parc très fourni en termes d’équipements. Ces propos n’engagent que son auteur qui est en train de les revoir parce qu’il y a une plainte qui plane au-dessus de sa tête. Qu’il nous dise que ce matériel est sorti de tel hôpital et vendu à telle clinique ! On ne peut pas impunément, à l’heure où nous sommes concentrés à soigner nos malades, à sauver des vies, nous ramener dans des débats stériles à la limite puériles. L’heure n’est pas à des accusations fortuites. Il n’y a pas dans un hôpital le plus petit équipement vendu à qui que ce soit. S’il y en a, que le Dr Babacar Niang nous le dise de façon précise. On a beaucoup de respect pour lui et on demande que cela soit réciproque. Qu’il ait du respect à l’égard de ceux qui sont dans les structures publiques, à ceux-là qui se tuent pour prendre en charge les malades, n’ont plus de vie de famille, mais donnent de leur vie pour prendre en charge les malades. C’est regrettable et désolant, voire enfantin d’entendre ces choses-là.

Pensez-vous que la vaccination peut s’avérer efficace pour freiner la propagation du virus ?
 
Ça peut être une solution parce que les spécialistes expliquent que quand on est vacciné, rarement on a les formes graves. Cela veut dire que si on n’a pas de forme grave, il y a possibilité de prendre les malades en ambulatoire, de ne pas les hospitaliser et de ne pas avoir des tensions en lits. Il faudra faire cette vaccination parce qu’encore une fois toutes les pandémies que le monde a connues, les gens ont essayé de trouver des vaccins pour rompre la chaîne de transmission et éventuellement vaincre la pandémie.

Est-ce qu’il y a une tendance baissière aujourd’hui ?
 
D’après ce que nous voyons, oui. De 28% de taux de contamination la semaine dernière, on est arrivé à 25%. Aujourd’hui, on est à 18%. L’espoir est permis et nous encourageons les Sénégalais à aller se faire vacciner et à respecter les mesures préventives. Nous encourageons les personnels de santé à encore tenir bon, mais aussi les autorités de ce pays, particulièrement le ministre de la Santé et de l’action sociale Abdoulaye Diouf Sarr, dans sa gestion inclusive de cette pandémie.

Cette pandémie a-t-elle mis à nu les défaillances de notre système de santé ?
 
Je ne le pense pas. Nous avons un système résilient. Le taux de létalité sur le territoire national est de 2,7%. Vous avez vu l’Inde qui est pourtant productrice de vaccins. Il y a eu tellement de morts qu’il n’y avait plus de bois pour incinérer des corps. Vous avez vu les cas du Brésil, de l’Italie. Comparaison n’est pas raison, mais je dois dire que le système de santé du Sénégal est encore debout. Aucun système ne peut résister à cette pandémie. On a vu la situation aux Etats-Unis, en France. On ne va pas s’enorgueillir, mais le système sénégalais est résilient.

Pourtant les chiffres sur les décès dus au Covid-19 montent en flèche ?

Mais qui décède ?
 
Je vous renvoie la question…

C’est vrai qu’il y a des jeunes, mais il y a des gens avec beaucoup de comorbidités. Il y a des gens qui ne se font pas vacciner, certains arrivent à l’hôpital très tardivement, au moment où on ne peut plus rien faire pour eux. Donc, ce sont souvent ces cas qui décèdent. Au niveau interne, si on fait une radioscopie, nous voyons que ce sont des gens qui font 24h à l’hôpital. Cela veut dire qu’ils sont venus avec un tableau de détresse respiratoire très avancé et des poumons attaqués à plus de 80%. En plus, ils ont des comorbidités qui se nomment hypertension artérielle, diabète, problèmes de reins…

Après les fortes pluies de ces deux derniers jours, une vidéo devenue virale a montré des images d’inondation à Dalal Jamm. Est-ce que vous pouvez confirmer cette situation ?
 
Je me pose des questions sur le mobile de cette même personne qui prend des films pour dire que c’est l’hôpital Dalal Jamm. Ce n’est pas parce qu’on a son téléphone portable qu’on doit se permettre de tout filmer. Il n’y a pas une inondation à l’hôpital Dalal Jamm. Il y a la chambre 40 qui était fermée parce qu’il y avait un retour d’eau, une pente, et c’est la raison pour laquelle on l’a fermée. Devant la demande très forte et l’instance des malades qui disent «Dr on veut être interné», comment faire ? Ce qui est important, c’est que l’oxygène est là-bas, le lit aussi et les infirmiers y entrent. Le malade est pris en charge médicalement. C’est ça le plus important. Après la forte pluie d’hier (lundi), l’eau est entrée dans cette chambre, mais cela n’a en rien touché la qualité des soins administrés. Très rapidement nos équipes sont entrées pour enlever l’eau. Quand on ne nous aide pas, au moins il faut reconnaître les efforts que l’on fait.

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