Le droit à la révolte des cadets sociaux face à la tyrannie des aînés politiques (Mamadou SY Albert)

Les Nations-unies ont fêté hier les droits de la jeunesse. Une piqûre de rappels annuels à la Communauté internationale des États et des citoyens du monde entier. Cet exercice mondialisé se déroule dans un contexte singulier pour la jeunesse de la planète. La reconnaissance internationale des droits légitimes de la jeunesse est certainement un évènement important dans la prise de conscience des États des problèmes spécifique de la jeunesse. Elle constitue de ce côté, une étape importante d’un long processus de prise en charge des problèmes singuliers à la jeunesse.
Cette reconnaissance consacre évidemment des droits légaux  à cette frange sensible de la population. Les droits à l’éducation, à la santé, à l’emploi, à la protection, à la participation à la vie sociale et au fonctionnement de la gouvernance et de la société, sont désormais intégrés dans les principes sociaux de la gouvernance des affaires publiques. Cette avancée justifie naturellement la célébration de l’évènement par les Nations unies et son invite à l’adresse des États et des citoyens du monde.
Paradoxalement, ces droits légitimes reconnus et même constitutionnalisés par certains États, sont loin de se traduire dans le vécu de la jeunesse désemparée par la crise économique et la dégradation des valeurs culturelles des sociétés contemporaines. La situation de la jeunesse africaine constitue un exemple de ce décalage entre ces principes universaux des Nations unies et le sort de franges significatives de la  jeunesse du continent noir. La jeunesse africaine souffre dans sa chair de plusieurs maux endémiques. L’éducation demeure une préoccupation  pour de nombreux jeunes issus des couches moyennes et pauvres de la population. L’analphabétisme constitue une équation sociale et culturelle à laquelle se heurtent les États post-coloniaux africains.
Ils sont des millions et des millions de jeunes africains en marge de l’éducation française et arabophone. Ils n’ont été, ni à l’école française, ni à l’école coranique. Ils ne savent, non plus, ni écrire, ni lire dans leurs langues maternelles. Cette frange analphabète de la jeunesse est laissée à elle-même. Des pans entiers de jeunes en âge d’aller à l’école, sont éjectés très tôt, pendant que le taux de l’analphabétisme croît d’une décennie à l’autre, des bancs de l’école sont abandonnés par centaines, voire par milliers. La crise de l’Enseignement supérieur a atteint un niveau tel que les Universités publiques ont dépassé leurs capacités d’accueil.
Les jeunes bacheliers qui sortent des Universités publiques sans aucun diplôme sont de plus en plus nombreux. Toutes ces contraintes, des symboles de l’échec de l’éducation moderne, font que le droit à l’éducation des jeunes n’est point garanti et protégé de nos jours par les États. Quand l’État ne peut assurer l’éducation des jeunes en âge d’aller à l’école et/ou se former à des métiers, deux droits indispensables dans la réussite sociale, il lui est naturellement difficile, voire quasi impossible de satisfaire pleinement certains droits fondamentaux  de la jeunesse, notamment le droit à un emploi décent et à une vie normale. La formation technique professionnelle et le droit à un emploi décent, restent des sources des malheurs de la jeunesse africaine.
La jeunesse africaine est dans sa majorité écrasante sans qualification technique et professionnelle. Cette carence dans la formation à un métier alimente d’ailleurs des taux de chômage très élevés en terre africaine. La responsabilité de l’État en matière d’éducation, de formation et d’insertion sociale professionnelle, ne devrait guère occulter la responsabilité de la société des adultes et des parents. La société a elle aussi, sa part de responsabilité dans le décalage entre les principes généraux et le sort peu enviable de la jeunesse.
La cellule familiale ne remplit point sa fonction d’accompagnement et d’encadrement des moins jeunes. Dès l’entrée de l’enfant dans l’adolescence et bien avant cet âge, assez souvent, de nombreuses familles abandonnent l’éducation des enfants, faute de ressources financières et de négligences coupables. Les chemins de la déperdition sociale et de la rue restent alors les seules perspectives possibles à des jeunes sans soutien, sans formation et sans encadrement de l’Etat et de la société.
Ils sont des millions et des millions de jeunes laissés à la merci de trafiquants de drogue, de trafiquants des êtres humains, de marabouts véreux à la quête de jeunes disciples  ou à des aventures  meurtrières de l’immigration avec tous les risques encourus : mourir en haute mer, subir la torture des terroristes, des maîtres coraniques et le poids des nouvelles traites négrières de la jeunesse africaine. Cette situation dramatique d’une  jeunesse sans droits, exclue de l’insertion socio-économique, du fonctionnement de l’État et de la société nourrit toutes les révoltes sociales souvent violentes dans les pays arabes et dans les pays africains.
Le droit à la révolte contre la société contemporaine des adultes est peut-être le chaînon manquant aux droits légitimes de la jeunesse proclamés par les Nations-unies. Les jeunes devraient avoir ce droit de se révolter contre le sort de la majorité de la population,  contre une société moins  attentive aux problèmes spécifiques de la jeunesse, aux inégalités sociales et culturelles, à l’accès aux  services de base. Le droit de se révolter semble apparemment indispensable à l’avènement d’une autre gouvernance de la société et du monde, plus humaniste, plus ouverte à la mise en œuvre effective des droits universels inaliénables de la jeunesse par des aînés politiques moins égoïstes et moins tyrans, car démocrates.

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