Le président de la République pris au piège politicien (Mamadou SY Albert)

Le déconfinement progressif se dessinant à l’horizon à travers la reprise des cours pour les élèves en classe d’examen, l’ouverture des lieux de culte, singulièrement les mosquées, et l’assouplissement de la fermeture des lieux de commerce suscite une controverse publique. L’assouplissement de la stratégie de lutte contre le covid-19 au moment où la menace sanitaire devient encore plus sérieuse, cache la pression multiforme des acteurs religieux et des commerçants. Le président de la République serait apparemment tombé dans le piège de la pression sociale de franges importantes de la population. Le Sénégal risque de sacrifier la santé des populations.

Les citoyens sénégalais se sont pliés à la rigueur de la stratégie de lutte contre l’expansion du covid-19 déclinée par le président de la République depuis le mois de mars dernier et mise en œuvre par les acteurs de la Santé publique, les autorités administratives et politiques. Les risques d’une catastrophe sanitaire ont probablement pesé sur la prise de conscience des enjeux des changements de comportements individuels et collectifs. Les Sénégalais ont accepté d’accompagner le gouvernement, le corps médical et tous les acteurs engagés dans la lutte contre un ennemi invisible très puissant par son impact sanitaire et économique. À l’heure du bilan de cette première tranche de la lutte engagée contre cet ennemi tant redouté se propageant à l’intérieur de la capitale dakaroise et à l’intérieur du Sénégal, le pays a vécu sous le sceau du sursaut national patriotique et de la solidarité.

Le Sénégal a démontré ses capacités à dépasser les clivages partisans et à renoncer aux libertés individuelles. L’acceptation de la fermeture des mosquées et des églises cristallise sans aucun doute le sens des responsabilités citoyennes face à un danger planétaire menaçant des vies humaines. Ces moments ont été des moments de privatisation, de partage de valeurs communes et de respect des instructions des autorités médicales, administratives et politiques. L’intérêt national en valait certainement la peine. Les résultats de cette stratégie de lutte contre la pandémie devront faire l’objet de réflexion par tous les acteurs nationaux et régionaux.

Il faudra se réapproprier cette expérience inédite. Ce bilan-là, il faudra bien le faire au nom de l’intérêt national et de l’unité d’un peuple dans un contexte de guerre contre un adversaire dévastateur menaçant les équilibres d’une société fragilisée par la crise et la perte des repères. L’heure n’est pas certes au bilan de cette page historique dans l’évolution du Sénégal soumis aux épreuves de la vie, une épreuve planétaire. Le Sénégal entre actuellement dans une nouvelle phase de lutte contre le covid-19 après la dernière déclaration solennelle du président de la République.

Le déconfinement se dessine à l’horizon. Les signes de ce déconfinement ne trompent guère. Les élèves en classe d’examen vont reprendre les chemins de l’école le 2 juin prochain. Le temps est désormais à l’assouplissement du couvre- feu et de l’état d’urgence. Les mosquées et les églises seront accessibles aux fidèles musulmans et catholiques. Les activités de commerce reprennent à travers les pays. Le Sénégal passe d’une étape de confinement avec toute la rigueur requise des gestes «barrière» à une étape de déconfinement progressif. Paradoxalement, ce relâchement programmé de la stratégie globale de la pandémie se déroule dans un contexte sanitaire exigeant tout sauf un déconfinement partiel ou un assouplissement.

Le nombre des personnes atteintes du virus augmente sans cesse. Les cas graves se multiplient. Le nombre des décès croît depuis quelques semaines. Ce contexte marqué par l’aggravation de la situation sanitaire nationale et régionale devrait plutôt inciter le Sénégal à préserver sa stratégie de lutte dans le cadre du renforcement de la rigueur et du respect des gestes «barrières» pour le restant du mois de mai. Le président de la République ne semble pas avoir mesuré les conséquences immédiates de l’assouplissement sur l’efficacité de la stratégie, l’unité des forces vives de la nation. Le chef de l’État a plombé toute la stratégie de lutte contre le covid-19 en prenant le contre-pied de la fermeté et de la rigueur. Le président de la République a préféré lâché du lest pour contenir et freiner la vague contestataire du durcissement du dispositif étatique.

Ces protestations sont perceptibles dans les rangs des mouvances islamiques, des commerçants et des opérateurs économiques nationaux et internationaux. Les affaires ont apparemment pris le dessus sur les exigences de la protection et de la sécurité sanitaire des populations. Il faudra, toutefois, que le président de la République accepte de porter les conséquences d’un chaos sanitaire. Les risques d’une aggravation de la situation sanitaire sont de l’ordre des possibles. Bien des pays qui ont choisi le déconfinement ont été contraints de faire marche arrière face à la résurgence d’une seconde vague de contamination.

Le relâchement dans la mise en œuvre d’une stratégie ferme sans complaisance pourrait à la fois démotiver et multiplier les risques de contamination, singulièrement dans les milieux des marchés, dans les transports publics et dans les milieux scolaires.

 

 

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