Le taximan, le gang et les moutons

Loul Sessène et Thiadiaye avaient été la cible de bandes de voleurs de bétail. N’ayant pu enrayer le phénomène, les habitants desdits villages s’étaient résolus à saisir la brigade de Thiadaye. Toutefois, c’est par le plus grand des hasards que l’un des membres du gang a été appréhendé au Rond-point EMG, à Dakar. Ce qui devait être un contrôle de routine se révéla rapidement une affaire délicate. En effet, le policier devant l’attitude suspecte des passagers qui étaient à bord du véhicule dont les vitres étaient teintées, avait demandé d’ouvrir la malle. Grande fut sa surprise, quand il y découvrit 6 moutons dont un mâle.

Voyant que les carottes étaient cuites, les passagers prirent leurs jambes à leur cou, abandonnant le chauffeur de taxi. Arrêté puis conduit au poste, il passa aux aveux et révéla aux enquêteurs être membre du gang. Il renseigna que la bande opérait entre les localités de Thiadiaye et Sessène. Plus tard, devant le magistrat instructeur, Ndiaga Diop précisa qu’il ne volait pas, mais se chargeait tout simplement du transport du bétail volé, en contrepartie d’une rémunération de 20 mille francs CFA. Au juge d’instruction, il confia que son acolyte, Bouyel, l’avait appelé le jour des faits, vers 1h du matin. Puis, il s’est pointé avec le nommé Oumar et les moutons.

A l’enquête, le chauffeur de taxi avait également déclaré que la bande en était à son troisième coup dans ces localités. « Bouyel se chargeait du partage du butin », disait-il.

Mais, après avoir bouclé trois années de détention provisoire, Ndiaga Diop a nié toute implication dans cette affaire. « Je suis un chauffeur et arrivé Rond-point EMG, les policiers m’ont contrôlé et m’ont réclamé mes papiers. Bouyel et son ami sont descendus et ont fui. J’ignorais qu’ils étaient des voleurs. Je les avais embarqués entre Loul Sessène et Thiadiaye à l’aube et non à 1 heure du matin », s’est-il défendu.

A l’en croire, il a rencontré Bouyel, le 6 janvier 2018, à Mbour. Il était son passager. « Au détour d’une conversation, il m’a sollicité pour une autre course. Nous sommes tombés d’accord sur le montant de 50.000 FCfa. Je suis allé le chercher à l’aube pour nous rendre à Séras. Nous avons été interpellés vers 9 heures. J’avais entassé les moutons et l’un d’eux est mort », a-t-il ajouté.

Malgré ses dénégations, le maître des poursuites reste convaincu de son implication, dans cette affaire. Après avoir demandé la disqualification du vol en recel, le substitut du procureur a requis 10 ans de réclusion criminelle contre l’accusé. « Il a été constant avant de changer de version à la barre, en disant qu’il ignorait l’origine frauduleuse des bêtes. Mais, cela ne l’a pas empêché de les transporter. C’est vrai, il n’a pas volé, mais, il connaissait leur origine illicite », a martelé le parquetier.

A sa suite, la défense a sollicité l’acquittement du taximan. Selon Me Aissatou Gueye, son client est étranger aux faits pour lesquels il a comparu. A défaut de l’acquitter, la robe noire a exhorté le tribunal à être clément.

L’affaire mise en délibéré, la décision sera rendue le 21 avril prochain.

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