Rapprochement Wade – Macky : Les 3 saisons d’une entente

Le Dialogue national en 2016 et les retrouvailles à Massalikoul Jinane en 2019 : 2 évènements qui justifient les déclarations de Mahmoud Saleh selon lesquelles Macky Sall et Abdoulaye Wade se parlent. La saison 3 de «Macky et Gorgui» est le parrainage du Stade de Diamniadio au nom de l’ancien Président. Une décision qui n’est pas dépourvue d’enjeux politiques.

Certains pensaient à Lamine Diack, d’autres à Pape Bouba Diop mais le Président Macky Sall a décidé de baptiser le nouveau Stade du Sénégal au nom de Me Abdoulaye Wade. Ce joyau sportif, estimé à 150 milliards de francs Cfa, sera inauguré en grande pompe cet après-midi. Mais il ne faut surtout pas être naïf : on est sur un terrain sportif mais où se jouent aussi des enjeux politiques. Par cet acte, Macky Sall semble se rapprocher une énième fois du Secrétaire général du Parti démocratique sénégalais (Pds). C’est la 3ème tentative de raffermissement des positions entre les deux depuis l’emprisonnement de Karim Wade.
La première en 2016 avait occasionné la libération de Wade-fils. En effet, ce 28 mai 2016, édition 1 de la Journée du Dialogue national, Oumar Sarr a dû rester jusqu’au bout de la nuit au palais de la République pour réclamer la libération de Karim en prison depuis avril 2013. «Nous considérons que Karim Wade est un détenu politique, victime de la Crei. Nous réclamons la libération de Karim mais aussi la suppression de cette cour», invitait le Secrétaire général adjoint du Pds. Moins d’un mois plus tard, précisément dans la nuit du 23 au 24 juin, Karim fut libéré et exilé au Qatar. Pourtant, la plupart des opposants avaient décidé de boycotter ces concertations. Irréductible opposant à l’époque, Idrissa Seck qualifiait la sortie de prison de Karim Wade de «deal international sur le dos des Sénégalais», un homme qui «a été livré à un donneur d’ordres» à savoir le Qatar.
Cette décision de Macky Sall avait suffi pour disperser l’opposition. Le Pds, mécontent de la posture du leader de Rewmi, lâchait des tirs contre ce dernier. «Idrissa Seck sait pertinemment qu’il n’a aucune chance de passer devant Karim Wade lors de la prochaine Présidentielle. Le seul espoir qu’il avait, est que Karim Wade reste en prison, que le Pds n’ait pas un candidat et que lui, puisse faire face à Macky Sall», attaquait Toussaint Manga, leader de l’Union des jeunesses travaillistes et libérales (Ujtl). Au même moment, l’Apr, dans un communiqué, taxait l’ancien maire de Thiès de «dealeur qui voit des deals partout». Depuis, le Pds n’a pas toujours milité pour une unité de l’opposition ou le départ de Macky Sall. En 2019, le parti libéral a décidé de ne soutenir aucun candidat à l’élection présidentielle de février. Dans les couloirs de la permanence Oumar Lamine Badji, il se dit que Wade a eu une entente avec Macky Sall pour ne pas présenter un candidat. «Quand on n’a pas choisi, on a choisi», disait Jean-Paul Sartre dans L’existentialisme est un humanisme. Par conséquent, ni Ousmane Sonko, ni Idrissa Seck encore moins Madické Niang ne parviendront à décrocher le soutien du patriarche qui fait visiblement les affaires du Président sortant.
La fin du film : amnistie pour Karim Wade ?
Au sortir de cette élection, Moustapha Cissé Lô n’avait-il pas déclaré que si Khalifa Sall et Karim Wade étaient candidats, Macky Sall se retrouverait au second tour ? Cet élan d’apaisement entre l’Apr et le Pds s’est confirmé le 27 septembre 2019 lors de l’inauguration de Massalikoul Djinane. Sous l’égide du Khalife général des mourides, Serigne Mountakha Mbacké, Macky Sall avait accompagné Me Abdoulaye Wade jusqu’à son domicile tout en lui promettant une visite. Elle n’a pas encore eu lieu. Par contre, le Secrétaire général du Pds s’était bien rendu au Palais. D’après les espérances du Pds, ce processus devra aboutir à une amnistie pour Karim Wade qui vit à Doha depuis près de 6 ans.
Par ailleurs, le Président Macky Sall ne cracherait pas aussi sur une alliance avec son ancien parti où il a milité de 1988 à 2008. A moins de 6 mois des Législatives, une alliance entre l’Apr et le Pds ne serait pas de trop pour l’une contre l’autre. Après le ralliement au camp présidentiel de Oumar Sarr, El Hadji Amadou Sall et Babacar Guèye, marqué la présence du premier dans le gouvernement remanié du 1er novembre 2020, sera très scrutée la formation de la prochaine équipe ministérielle. Finalement comme l’a dit Mahmoud Saleh : «Macky Sall et Me Abdoulaye Wade sont en contact permanent. Ils se parlent par des mécanismes qui leur sont propres.»

ACTUNET AVEC LE QUOTIDIEN

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