Lors de son discours de fin d’année, le Président Bassirou Diomaye Faye a solennellement placé la justice au cœur de son projet : une justice libre, équitable, indépendante et respectueuse des droits fondamentaux.
Ces mots ne sont pas anodins. Ils engagent personnellement le chef de l’Etat.
Ils obligent l’ensemble de l’Exécutif. Et ils tracent une ligne claire que nul, pas même le Premier ministre, n’est autorisé à franchir.

Car un discours présidentiel n’est pas un exercice de rhétorique.
C’est une boussole politique, une instruction morale, une direction institutionnelle.

Or, aujourd’hui, à l’épreuve des faits, une question lourde et dérangeante s’impose : la justice sénégalaise agit-elle encore selon le droit, ou commence-t-elle à danser au rythme de la musique politique ?
Après les auditions, le droit doit reprendre la main
Après leurs auditions et confrontations respectives, les dossiers de Farba Ngom, Tahirou Sarr, Moustapha Diop et Bamba Amar ont atteint un point de vérité juridique.

De nombreux magistrats sérieux, reconnus pour leur rigueur et leur indépendance, le disent sans ambiguïté : rien, absolument rien, ne justifie désormais la poursuite de leur détention.

Le Droit pénal est limpide : la détention préventive est une exception, elle exige des éléments nouveaux, elle ne peut ni s’éterniser, ni servir de pression psychologique, encore moins de punition avant jugement.

Quand l’instruction piétine, quand les charges ne s’étoffent pas, la prison cesse d’être un outil judiciaire et devient une injustice.

Quand la détention devient un message politique
Le danger est là. Clair. Réel.
Une justice perçue comme sélective, orientée ou instrumentalisée perd immédiatement sa crédibilité.
Elle ne protège plus l’Etat de Droit : elle l’expose.
Le Sénégal n’a pas besoin d’une justice de démonstration.
Il n’a pas besoin d’une justice d’intimidation.
Il n’a surtout pas besoin d’une justice qui donne l’impression d’exécuter une partition politique écrite ailleurs.
Et sur ce point, le Président ne peut pas se réfugier derrière l’autonomie proclamée des institutions : le garant de la justice, c’est lui.
Le Premier ministre, en première ligne, ne peut pas non plus se permettre de défier l’esprit du Droit, de banaliser la détention ou d’imposer sa propre musique à une justice qui, par essence, ne danse pour personne.
Protection des femmes : là aussi, les actes trancheront la vérité
Dans ce même discours, le Président a insisté avec force sur la protection des femmes.
Ces paroles obligent.
Et ici encore, les actes tardent.
Le cas de Mabintou D. Diagne heurte profondément la conscience nationale.
Beaucoup le reconnaissent aujourd’hui sans détour : son seul «crime» est d’être l’épouse de Madiambal Diagne, l’un des hommes les plus traqués du pays.
Aucun Etat de Droit digne de ce nom n’emprisonne par ricochet.
Aucun régime sérieux ne punit par association.
Aucune justice équitable ne transforme un lien conjugal en charge pénale.
Si le Président croit réellement à ses propres déclarations, le mois de janvier doit marquer la libération sans condition de Mabintou Diagne.
Tout le reste relèverait du reniement.
Président, l’heure n’est plus aux discours
Le pays a entendu les mots.
Il a applaudi l’intention.
Il observe désormais les décisions.
Deux chemins s’offrent au pouvoir :
Soit la justice est véritablement indépendante, et elle libère lorsque le Droit l’exige, même si cela dérange politiquement.
Soit elle devient un instrument, et alors les discours présidentiels perdent toute valeur.
La crédibilité d’un pouvoir ne se mesure jamais à la beauté de ses phrases, mais à sa capacité à laisser le Droit s’imposer à tous, y compris à son propre gouvernement, y compris à son Premier ministre.
Président, après les mots, place aux actes.
Le Sénégal regarde.
La justice juge.
L’Histoire retiendra.
Baba AIDARA
Journaliste d’Investigation

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