L’arrestation spectaculaire du président vénézuélien Nicolas Maduro par les États-Unis a marqué les esprits. Officiellement justifiée par la lutte contre le narcotrafic, cette opération met surtout en lumière un enjeu central : le pétrole. Car derrière la crise politique, c’est bien une bataille économique et géopolitique autour de l’or noir vénézuélien qui se Le Venezuela possède l’une des plus grandes réserves de pétrole au monde. Avec plus de 300 milliards de barils dans son sous-sol, le pays dépasse même des géants comme l’Arabie saoudite ou l’Iran. En théorie, Caracas devrait donc être une puissance énergétique majeure. Mais la réalité est toute autre. En pratique, le Venezuela ne produit aujourd’hui moins de 1% du pétrole mondial. Il y a pourtant vingt-cinq ans, le pays pompait plus de trois millions de barils par jour. Désormais, la production plafonne à environ 900 000 barils quotidiens. Résultat : le Venezuela est assis sur une richesse colossale sans parvenir à en tirer prospérité et stabilité. Le revenu moyen des Vénézuéliens figure désormais parmi les plus bas d’Amérique latine. Le pays manque d’électricité, de carburant, et parfois même de produits de première nécessité, alors même qu’il nage dans le pétrole.
Un pétrole stratégique pour les États-Unis… par sa qualité
Si le pétrole vénézuélien intéresse Washington, ce n’est pas seulement en raison de sa quantité, mais aussi – et surtout – de sa qualité. Le brut extrait au Venezuela est majoritairement lourd et extra-lourd. Il est plus coûteux à produire et plus complexe à raffiner, mais il présente un avantage décisif : il est parfaitement adapté aux raffineries américaines du golfe du Mexique. Ces raffineries ont été conçues, il y a plusieurs décennies, pour traiter ce type de pétrole. Or, depuis l’embargo imposé au Venezuela, les États-Unis ont dû se tourner massivement vers le pétrole lourd canadien, plus cher et davantage exposé aux tensions commerciales. Autrement dit, le pétrole vénézuélien n’est pas vital pour les États–Unis en volume, mais il l’est en qualité. C’est précisément à ce point de rencontre entre économie et géopolitique que s’inscrit la séquence actuelle.
Chevron, la Chine et la bataille des flux pétroliers
Un élément illustre particulièrement bien cette stratégie américaine: Chevron. La major est aujourd’hui la seule entreprise pétrolière américaine encore présente au Venezuela. Elle continue d’y extraire du pétrole, mais sans investir massivement ni verser d’argent à l’État vénézuélien. En réalité, Chevron se rembourse directement en barils.
Cette présence permet à Washington de conserver un pied sur le terrain. Chevron maintient les compétences, les infrastructures et les réseaux, et sert surtout de levier de pression permanent sur Caracas. Le pétrole devient ainsi un véritable robinet que les États-Unis peuvent ouvrir ou fermer selon leurs intérêts politiques. Car une fois extrait, le pétrole vénézuélien prend majoritairement la direction de la Chine. Plus de 80% des barils sont exportés à bas prix via des circuits souvent opaques. La Russie et l’Iran complètent ce trio de partenaires, pour lesquels cette situation représente une aubaine énergétique et stratégique.
Vu de Washington, en revanche, cela devient un problème majeur. D’où la volonté affichée par Donald Trump de poursuivre et même d’intensifier les activités de Chevron, avec la promesse d’investissements massifs pour accroître la production vénézuélienne. À court terme, les marchés pétroliers restent relativement calmes. Mais à moyen terme, le retour d’une partie du pétrole vénézuélien sur le marché légal pourrait peser sur les prix et fragiliser certains producteurs.
Car au final, cette séquence le montre clairement : le pétrole vénézuélien est aujourd’hui moins une richesse nationale qu’un enjeu stratégique mondial.
