Par son message à la Nation du 31 décembre 2025, le Président Bassirou Diomaye Faye a clairement affiché son ambition de transformer en profondeur l’Etat sénégalais. Les annonces relatives à la révision de la Constitution, à la création d’une Cour constitutionnelle, à la réforme du Conseil supérieur de la magistrature, à l’instauration d’une Commission électorale nationale indépendante et à l’adoption d’un nouveau code électoral traduisent une volonté affichée de consolidation durable de l’Etat de Droit.

Ces orientations rejoignent, sur le fond, des revendications anciennes et largement partagées dans la société sénégalaise. Elles ne surgissent pas dans un vide politique ou intellectuel. Elles s’inscrivent dans une trajectoire longue, patiemment construite, qui trouve sa source dans les Assises nationales, puis dans le travail de systématisation institutionnelle opéré par la Commission nationale de réforme des institutions (Cnri).

Il est essentiel de rappeler que les récents dialogues sur la justice et sur le système politique, aussi utiles puissent-ils être, ne sauraient supplanter le travail inédit accompli dans sa démarche, sa méthode et son contenu par les Assises nationales et la Cnri. Ce processus s’est distingué par son caractère profondément pluraliste, participatif et inclusif, fondé sur une approche bottom-up associant partis politiques, Société civile, syndicats, universitaires, leaders religieux et cito­yens.

Ce travail constitue une référence politique et morale majeure pour l’ensemble de la classe politique sénégalaise. Le fait que 13 des 19 candidats à l’élection présidentielle de 2024 dont l’actuel président de la République, aient signé le Pacte de Bonne Gou­vernance Démocratique, qui en est une synthèse fidèle, illustre clairement l’existence d’un consensus national sur les exigences de réforme institutionnelle.

Une cohérence politique revendiquée et attendue
Le Président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko ont été, avant leur accession au pouvoir, des défenseurs constants des conclusions des Assises nationales et des recommandations de la Cnri. Ils ont présenté ces travaux comme la matrice intellectuelle et politique de leur projet de rupture, conçue non comme une rupture de façade, mais comme une transformation systémique de l’Etat.

La continuité entre leur discours d’opposition, leur programme électoral et les orientations affichées dans le discours du 31 décembre 2025 constitue un élément central de crédibilité politique. Dans un pays marqué par des décennies de promesses non tenues, cette cohérence est un capital politique précieux.

Encore faut-il que cette cohérence ne se limite pas aux objectifs affichés, mais qu’elle s’exprime pleinement dans la méthode.

C’est ici que se pose une question centrale, que le discours présidentiel, en l’état, laisse ouverte. Soumettre sans débats préalables à l’Assemblée nationale des projets de loi de modification constitutionnelle élaborés dans les bureaux de l’Exécutif n’est pas conforme à l’approche pluraliste, participative et transparente qui a fondé la légitimité des Assises nationales et de la Cnri.

Sans une démarche véritablement participative, aucune réforme constitutionnelle ne peut être conduite de manière satisfaisante conformément à la philosophie des Assises unanimement plébiscitée. Toute modification de la Consti­tution doit être précédée d’un large débat national, structuré, pluraliste et approfondi.

A ce stade, il ne peut légitimement sortir de l’Exécutif que des propositions de base, des orientations générales, qu’il lui revient ensuite de soumettre à l’intelligence collective nationale.

C’est précisément cette méthode qui a fait la force des Assises nationales et de la Cnri. Y renoncer aujourd’hui reviendrait à affaiblir la portée politique des réformes annoncées, voire à créer un décalage préoccupant entre le discours de rupture et les pratiques institutionnelles.

Faute d’organiser ce débat national large, inclusif et transparent, le nouveau pouvoir prendrait le risque d’inscrire son action dans une continuité méthodologique avec les régimes précédents, ceux-là mêmes dont il revendique la rupture. Or, la véritable rupture ne consiste pas seulement à produire de nouveaux textes, mais à changer en profondeur la manière dont ils sont conçus, débattus et appropriés par les citoyens.

Le Pacte de Bonne Gou­vernance Démocratique, signé librement par une majorité des candidats à la Présidentielle, n’est ni une contrainte extérieure ni un carcan politique. Il constitue une boussole commune, un cadre général de gouvernance démocratique permettant aux élus de rester fidèles aux choix politiques sur lesquels ils ont été élus, tout en respectant les principes de participation citoyenne et d’Etat de Droit.

Une opportunité historique à ne pas fragiliser
Le Sénégal se trouve à un moment charnière de son histoire démocratique. Les an­nonces d’investissements mas­sifs en faveur de l’éducation, de la santé, de l’eau, de l’énergie, de l’emploi et de la jeunesse ouvrent des perspectives im­portantes. Mais ces ambitions socio-économiques ne pourront produire leurs effets durables sans des institutions crédibles, équilibrées et légitimes.
Assumer explicitement la filiation entre les réformes annoncées, les Assises nationales, la Cnri et le Pacte de Bonne Gouvernance Démo­cra­tique, tout en respectant scrupuleusement l’esprit participatif qui les a fondés, est aujourd’hui une exigence politique et morale.

La rupture ne se décrète pas. Elle se construit, patiemment, collectivement, et dans la fidélité aux engagements pris devant le Peuple sénégalais.
Hawa Ba, sociologue, journaliste, Dakar
Dr Selly Ba, sociologue, Université Cheikh Anta Diop, Dakar
Alymana Bathily, écrivain, sociologue des médias, Dakar
Fadel Barro, cofondateur du mouvement citoyen Y’en a marre, Dakar 
Thiaba Camara Sy,
administrateur de société, Dakar
Moundiaye Cissé, Directeur exécutif ONG 3D, Dakar
Paul Dominique Corréa, sociologue, président de Présence Chrétienne, Dakar
Mamadou Woury Diallo, inspecteur du Trésor et ancien fonctionnaire international, Dakar
Boubacar Boris Diop,
écrivain, Dakar
Makhily Gassama, écrivain, ancien ministre
Joseph Gaye Ramaka, cinéaste, Gorée
Mame Adama Guèye, avocat, ancien Bâtonnier de l’Ordre des Avocats, fondateur et ancien
président du Forum civil, Dakar
Pr. Abdoulaye Elimane Kane, philosophe, écrivain,
professeur des universités à la
retraite, ancien ministre, Dakar
Falilou Kane, consultant en finances, Dakar
René Lake, journaliste,
chercheur associé Ugb, Washington
Dr Mohamed Ly, médecin, spécialiste de santé publique, Dakar
Dr Elhadji Mbaye,
enseignant-chercheur, université Gaston Berger, Saint-Louis
Moussa Mbaye, sociologue, consultant, ancien membre de la Cnri (Rapporteur adjoint), Dakar
Pr Penda Mbow, historienne, professeur des universités, ancienne ministre, Dakar
Mamadou Ndoye, expert en éducation, ancien ministre, Somone
Dr Mahamadou Lamine Sagna, sociologue, universitaire, Worcester Polytechnic Institute, Massachusetts
Mohamed Mbougar Sarr, écrivain, Paris
Pape Touty Sow, consultant international, Dakar
Alioune Tine, président Afrikajom, Dakar

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