L’atteinte de l’Objectif de développement durable (Odd) n°6, malgré les progrès réalisés, reste un défi. Son échéance est fixée pour 2030. Il ne reste que quatre ans, et il reste beaucoup à faire. C’est le cri du cœur lancé hier par les Partenaires techniques et financiers (Ptf), à l’occasion de l’atelier préparatoire et de mobilisation des acteurs sénégalais pour la Réunion de haut niveau de Dakar sur la Conférence des Nations unies sur l’eau de 2026.
«Mon discours est un appel à l’action. Car, les chiffres sont alarmants. Au niveau régional, le nombre de personnes n’ayant pas accès à l’eau et à l’assainissement risque d’augmenter. Vu la croissance de la population, vu les changements climatiques, cette combinaison est un peu inquiétante», a déclaré Fatouma Touré Ibrahim, qui intervenait au nom des Ptf.
Aux yeux du responsable sectoriel eau à la Banque mondiale, «le Sénégal est un pays champion dans la gestion des ressources hydriques en Afrique de l’Ouest». «Nous aimerions reconnaître ça. Le secteur de l’eau au Sénégal est au cœur des ambitions de développement durable du pays. Malgré des progrès notables, notamment en milieu urbain, où les taux d’accès à l’eau potable dépassent 95%, l’Odd n°6 reste un défi majeur pour tous.
Dans le même temps, nous faisons face à un stress hydrique croissant, à une demande en eau appelée à augmenter de façon significative. D’ici 2035, on parle de 30 à 60%. Autrement dit, soutenir les réformes nationales pour atteindre la sécurité hydrique n’est pas une option. C’est une nécessité», a-t-elle soutenu.
Face aux défis et aux opportunités, les Ptf disent avoir une responsabilité collective de soutenir le gouvernement et de coordonner les efforts pour réduire l’insécurité hydrique.
«Nous avons également entendu le secteur privé, et nous craignons le risque de se retrouver dans un cercle vicieux de ce que nous appelons en anglais «build, dilapidate and rebuild», c’est-à-dire construire, déconstruire et reconstruire. Nous appelons aussi à se pencher de façon très précise sur les questions d’exploitation et de maintenance», lance-t-elle.
Auparavant le représentant du secteur privé a indiqué : «Si nous voulons atteindre l’Odd 6, il ne suffit pas d’inaugurer des ouvrages, il faut financer un service complet, continu, contrôlable et mesurable. Notamment pour ce qui est de la collecte et du transport, du traitement et de la valorisation, de l’entretien des ouvrages et des équipements également, et de plus en plus pour ce qui est de la gestion des eaux pluviales dans un contexte d’inondations plus fréquent.» Or, souligne Bécaye Diop, «dans beaucoup de pays, notamment les pays en développement, nous avons encore un déséquilibre. Le Capex (dépenses d’investissement) est plus visible, les investissements sont plus financés, alors que la maintenance, l’exploitation, les pièces de rechange, le suivi de la qualité… restent le parent pauvre. Et le résultat, c’est que les ouvrages se dégradent, les stations sont sous performantes, les canaux sensibles et la confiance des usagers s’érode.
C’est précisément là que le secteur privé peut contribuer à changer d’échelle, à condition d’être encadré, responsabilisé et correctement financé». Il rappelle que le secteur privé y intervient déjà, et de façon importante, sur la conception, la supervision, la construction, la fourniture d’équipements. Mais la vraie bataille de la performance, selon lui, se gagne dans la durée sur l’exploitation et la maintenance.
Accélérer la mise en œuvre
Pour l’ancien Dg de la Sde, Mamadou Dia, des solutions adaptées doivent être explorées pour accélérer la cadence. «Il me parait essentiel de développer un dialogue fructueux qui permettrait d’avancer vite vers la réalisation de l’Odd 6. L’accès à l’assainissement doit être renforcé. C’est un élément fondamental. Pour ce qui concerne l’accès à l’eau en milieu urbain et en milieu rural, il y a des avancées ; par contre pour ce qui est de l’assainissement, des efforts importants restent à faire, surtout en milieu rural. Il est important que des solutions adaptées soient explorées pour pouvoir atteindre l’Odd 6 en 2030», plaide M. Dia.
La Conférence des Nations unies sur l’Eau 2026 s’inscrit dans cette dynamique. Elle marque, d’après Cheikh Tidiane Dièye, ministre de l’Eau et de l’assainissement, «une étape décisive conduisant la Communauté internationale à dépasser les engagements déclaratifs pour accélérer la mise en œuvre de l’Odd n°6 et produire des résultats concrets à travers une vision holistique et transformatrice de l’agenda mondial de l’eau à l’horizon 2030 ; ce qui place durablement l’eau et l’assainissement au cœur des priorités internationales de développement.
C’est dans cet esprit que l’Assemblée générale des Nations unies a adopté, en septembre 2024, la résolution définissant les modalités de la Conférence de 2026 et confiant au Sénégal et aux Emirats arabes unis la co-organisation».
Ainsi le Mea entend-il, à travers cette mobilisation des acteurs, «préparer, de manière structurée, inclusive et stratégique, la Réunion de haut niveau de Dakar prévue les 26 et 27 janvier 2026 au Cicad, elle-même un moment-clé du processus international menant à la Conférence en décembre 2026 à Abu Dhabi».
Les bailleurs s’engagent à appuyer le gouvernement
Pour accélérer la mise en œuvre de l’Objectif de développement durable (Odd) n°6, les bailleurs de fonds s’engagent à appuyer le gouvernement sénégalais et à consolider le partenariat. «Nous avions plusieurs fois mentionné le fait que nous avons une responsabilité collective d’appuyer le gouvernement de façon structurelle. Donc, définir des engagements concrets autour des systèmes interactifs, notamment l’eau pour les populations autour de la planète», a soutenu la responsable sectorielle eau à la Banque mondiale. Fatouma Touré Ibrahim précise que «l’impact attendu est considérable, c’est-à-dire catalyser des investissements et des réformes, renforcer la coopération régionale et mondiale et poser les bases d’une gouvernance intégrée de l’eau…». Elle intervenait hier, à l’atelier préparatoire et de mobilisation des acteurs sénégalais pour la Réunion de haut niveau de Dakar sur la Conférence des Nations unies sur l’eau de 2026.
A cette occasion, elle a annoncé une réunion des Partenaires techniques et financier (Ptf), ce mois-ci, pour appuyer le gouvernement et structurer une approche autour de la plateforme de financement du secteur et examiner la possibilité d’un événement parallèle dédié aux Compacts, c’est-à-dire des accords pilotés par les gouvernements qui fixent des cibles de performance et des engagements en matière de politique, de réglementation et de financement pour améliorer la gouvernance. La fonctionnaire de l’institution de Bretton woods présente ces Compacts comme «des leviers pour attirer les capitaux, y compris les capitaux privés, intégrer des solutions innovantes et assurer la mise en œuvre coordonnée».
«Ensemble, faisons de l’eau un accélérateur de prospérité partagée, de résilience et de stabilité au Sénégal», plaide la représentante de la Banque mondiale.
