Des dirigeants ouest-africains ont mené, samedi 10 janvier, à Bissau des discussions avec la junte militaire au pouvoir afin d’accélérer une transition politique et d’obtenir la libération de prisonniers de l’opposition. Si les échanges sont jugés « constructifs », les militaires restent réticents à s’engager sur un calendrier Des médiations de haut niveau à Bissau
Le président sierra-léonais Julius Maada Bio, qui assure la présidence tournante de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), et son homologue sénégalais Bassirou Diomaye Faye ont rencontré samedi les dirigeants de la junte au pouvoir en Guinée-Bissau.
Les discussions ont porté sur la mise en place d’une transition politique devant mener au rétablissement de l’ordre constitutionnel, ainsi que sur la situation des prisonniers politiques détenus depuis le coup d’État.
Une transition au cœur des divergences
Les médiateurs de la Cedeao plaident pour une transition courte, inclusive et transparente. Après sa prise de pouvoir, l’armée avait annoncé qu’elle dirigerait le pays pendant un an. Elle estime désormais qu’une telle durée est insuffisante.
Selon un membre du Haut Commandement militaire, organe dirigeant de la junte conduite par le général Horta N’Tam, une « période de sécurité » serait nécessaire afin de stabiliser le pays avant l’organisation d’élections crédibles. Malgré ces divergences, Julius Maada Bio a qualifié les échanges de « constructifs » dans un message publié sur le réseau social X, appelant à « une transition rapide menée par un gouvernement inclusif ».
Des figures de l’opposition toujours sous pression
Quelques jours après l’élection présidentielle de novembre, remportée par le président sortant Umaro Sissoco Embalo, l’armée avait renversé ce dernier alors qu’il briguait un second mandat, suspendant dans la foulée le processus électoral. Les dirigeants de la Cedeao ont rencontré Fernando Dias, candidat de l’opposition à la présidentielle, qui vit depuis le coup d’État sous protection diplomatique à l’ambassade du Nigeria, où il a obtenu l’asile politique. Ils se sont également rendus en prison auprès de Domingos Simoes Pereira, autre figure majeure de l’opposition, déclaré inéligible par la Cour suprême et détenu depuis la prise de pouvoir des Des libérations partielles de prisonniers politiques
Fin décembre, la junte a procédé à la libération de six opposants proches de Domingos Simoes Pereira. Trois autres détenus politiques ont été relâchés jeudi dernier. La Cedeao réclame cependant la libération inconditionnelle de l’ensemble des prisonniers politiques. Selon un membre du Haut Commandement militaire, leur détention « entrave l’instauration d’un climat de confiance nécessaire à la résolution de la crise ». La junte privilégie pour sa part une approche progressive, sans calendrier précis, pour les libérations à venir.
La question sensible d’une force d’intervention régionale
La possibilité de constituer une force d’intervention de la Cedeao, susceptible d’être déployée en cas d’aggravation de la crise, a également été évoquée lors des discussions. Selon plusieurs sources à Bissau, les autorités militaires perçoivent toutefois un tel scénario comme une menace directe à la souveraineté nationale, ce qui complique davantage les négociations.
