Réunis à Dakar lors des premières Assises de la recherche opérationnelle sur le crime organisé en Afrique, experts, universitaires et praticiens ont tiré la sonnette d’alarme sur la menace terroriste au Sénégal. 

Selon l’Ong Alliance contre le crime organisé en Afrique (Acca), l’heure n’est plus seulement à l’empilement de lois, mais à leur traduction en actions tangibles. «La question centrale aujourd’hui, c’est l’opérationnalisation de la lutte. Quelles actions concrètes faut-il poser pour rendre le système plus efficace, au-delà des dispositifs législatifs et réglementaires existants?», a plaidé son président, Ngouda Fall Kane. Selon Kane repris par L’OBS et relaté par Pulse , le crime organisé est désormais une réalité omniprésente.Corruption, blanchiment d’argent, trafic de drogue, financement du terrorisme : aucune région du continent n’est épargnée, pas plus que le reste du monde. «Il est partout. Aucun pays, en Afrique ou ailleurs, ne peut prétendre être totalement à l’abri», a-t-il averti. Ces assises doivent ainsi déboucher sur un document de synthèse assorti de recommandations concrètes, nourries par les échanges entre experts africains et internationaux. Et le Sénégal n’est pas un îlot isolé dans un océan de crises.

L’absence d’attentat ne signifie pas absence de menace 

Aux Premières Assises de la recherche opérationnelle sur le crime organisé en Afrique, la voix du général Saifoulaye Sow a résonné comme un signal d’alerte. Si le Sénégal n’a encore jamais connu d’attentat, il n’est ni hors de portée ni à l’abri des secousses qui ébranlent le Sahel et le Golfe de Guinée. Analyse froide, diagnostic sans complaisance et mise en garde stratégique. Devant un parterre d’experts, de chercheurs et de décideurs, le général Saifoulaye Sow, officier général breveté de l’École supérieure de guerre et ancien commandant de la Cellule interministérielle de coordination de la lutte contre le terrorisme, a levé toute ambiguïté : l’absence d’attentat ne signifie pas absence de menace.

Le crime organisé est une menace aux contours multiples. D’emblée, le général Sow a rappelé une réalité souvent occultée : le terrorisme ne fait pas l’objet d’une définition universelle. Au Sénégal, les autorités ont choisi une approche pragmatique en distinguant le terrorisme comme procédé d’action et le terrorisme comme menace. Pour que cette menace existe, trois éléments doivent être réunis, indique-t-il, un acteur, une intention et une capacité de nuisance. Or, selon lui, ces trois facteurs sont aujourd’hui présents dans l’environnement régional immédiat du Sénégal. Depuis la crise malienne de 2012, le Sahel s’est transformé en un vaste foyer d’instabilité où prospèrent les groupes djihadistes, nourris par la fragilité des États, les crises socio-économiques et les recompositions géopolitiques brutales.

Pour le Sénégal, pays frontalier d’un Sahel en décomposition sécuritaire, le danger est double : exogène, par la proximité géographique des foyers terroristes, et endogène, à travers les risques de radicalisation, de prosélytisme et d’infiltration des réseaux criminels. Le Sénégal, a-t-il reconnu, dispose d’atouts institutionnels solides. Mais il n’est pas invulnérable.

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