Dakar, dimanche 18 janvier 2026. La scène est entrée dans l’histoire : un but en prolongations, une explosion de joie, un trophée enfin soulevé. La victoire du Sénégal à la Coupe d’Afrique des nations (Can) face au Maroc (1-0) est plus qu’un titre sportif. Analysée à la loupe, cette épopée de 120 minutes, arrachée dans la douleur et la persévérance, est une puissante allégorie du parcours national. Le match lui-même livre des clés de lecture sur la manière dont le pays peut penser sa construction et son avenir.
Le premier enseignement tient dans la durée. Rien ne s’est gagné dans la facilité ni dans le temps réglementaire, ces prolongations sont une métaphore parfaite de notre histoire. Le progrès, qu’il soit économique, social ou démocratique, ne vient jamais aussi vite qu’on l’espère. Il exige cette même endurance, cette capacité à tenir bon quand la fatigue et le doute guettent. L’équipe nous a montré que c’est dans ce «temps supplémentaire» de l’effort que se joue l’essentiel.
Face à une équipe marocaine de très haut niveau, le Sénégal n’a pas gagné par la magie isolée d’un individu. La leçon est collective. Personne n’a lâché, chacun a joué pour l’autre. C’est cette synergie, cette confiance absolue dans le maillon à côté, qui a fait la différence. Cela rappelle que nos grands défis : l’emploi, l’éducation, l’énergie et autres ne seront pas résolus par un sauveur. Ils nécessitent l’implication coordonnée de l’Etat, du secteur privé, de la Société civile et de chaque citoyen. Quand le Sénégal joue collectif, il est imbattable.
Le match a été chaotique, physiquement éprouvant, et marqué par des décisions arbitrales qui ont pu faire grincer des dents du côté sénégalais. Pourtant, les Lions n’ont pas dévié de leur plan. La résilience a été totale. Pas de protestations inutiles, pas d’effondrement nerveux. Juste l’adaptation et la concentration sur l’essentiel : jouer. Cette discipline est un impératif de gouvernance : un pays a besoin de la discipline des institutions, du respect des règles et d’une rigueur de fer dans l’exécution des projets. La moindre faiblesse collective dans ces domaines peut nous coûter aussi cher qu’un penalty concédé en finale.
Au-delà de la tactique, c’est la puissance symbolique de l’événement qui frappe. Pendant plusieurs jours, clivages politiques, disparités sociales et différences générationnelles se sont effacés derrière une ferveur commune. Le football a ce pouvoir rare de créer une communion immédiate et totale. Cette unité, palpable dans les rues, montre le visage de ce que nous pouvons être lorsque nous sommes rassemblés par un récit commun. Le défi est maintenant de canaliser cette énergie positive, cette fierté partagée, vers des objectifs nationaux concrets et durables.
La victoire est donc célébrée, mais elle est aussi méditée. Elle offre au Sénégal un récit positif dans lequel il peut se reconnaître : celui d’un Peuple persévérant, uni, discipliné et résilient. La question que pose aujourd’hui cette coupe est de savoir comment transposer l’esprit de ces 120 minutes héroïques dans le temps long de la construction nationale. Comment faire en sorte que l’élan collectif qui a porté les Lions devienne le moteur du développement du pays ?
Le match est terminé. Le plus grand défi, lui, continue.
Pr. Allé Nar DIOP
Actuaire (Isfa)
Inspecteur du Trésor
Ingénieur Statisticien Économiste (Ise)
Agrégé en Sciences Économiques (Faseg-Ucad)
