Le président ivoirien Alassane Ouattara a remanié son gouvernement vendredi 23 janvier 2026, en élevant son frère cadet, Téné Birahima Ouattara, au nouveau poste de vice-Premier ministre tout en le maintenant à la tête du ministère de la Défense. Ce choix consacre la continuité au sein du cercle rapproché du chef de l’État, quelques semaines après sa réélection et à l’issue d’un cycle électoral législatif accéléré.
L’annonce est intervenue deux jours après la reconduction de Robert Beugré Mambé au poste de Premier ministre, le 21 janvier. Le nouveau gouvernement, officiellement dénommé second gouvernement Beugré Mambé, conserve l’essentiel de la structure et des personnalités de l’équipe précédente : 34 ministres de plein exercice (dont quatre ministres délégués) et seulement quelques ajustements de portefeuille ainsi qu’une poignée de nouvelles entrées.
Le changement le plus marquant concerne Téné Birahima Ouattara, figure discrète mais influente du pouvoir depuis de longues années. Surnommé « Photocopie » en référence à sa ressemblance frappante avec son frère aîné, cet homme de 67 ans originaire de Kong, dans le nord du pays, devient désormais le numéro deux de l’exécutif, juste derrière le Premier ministre.
Déjà ministre de la Défense depuis 2021, il conserve ce portefeuille stratégique. Pour les observateurs, cette promotion au rang de vice-Premier ministre officialise l’ascension d’un homme qui pèse de plus en plus lourd dans l’appareil d’État. « C’est une montée en puissance claire du frère du président », estime un chercheur spécialisé dans la politique ivoirienne, sous couvert d’anonymat. « En secondant un vétéran comme Beugré Mambé, il devient un acteur central de l’exécutif. »
Le parcours de Téné Birahima Ouattara illustre une progression méthodique. Ancien cadre du secteur privé formé en gestion et administration des affaires, il s’est engagé en politique au sein du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP). Élu député de Kong en 2011, maire de la ville de 2013 à 2018, il préside le conseil régional du Tchologo depuis 2018. Fin 2025, il a remporté un siège de député dans la circonscription très populaire d’Abobo à Abidjan, un signal interprété comme une étape préparatoire à une promotion nationale.
Sa carrière gouvernementale s’est accélérée à partir de 2012 avec sa nomination ministre des Affaires présidentielles, où il a géré la trésorerie de la présidence et supervisé plusieurs services sensibles, notamment dans les domaines de la sécurité et du renseignement. Membre du Conseil national de sécurité, il a pris en 2019 le commandement de l’unité de lutte contre le grand banditisme avant d’assurer l’intérim au ministère de la Défense en 2021, suite à la maladie de Hamed Bakayoko.
À la Défense, il a engagé la modernisation des Forces armées ivoiriennes (FACI), renforcé la discipline militaire, amélioré les conditions de vie des soldats et consolidé la chaîne de commandement, dans un contexte régional tendu marqué par la menace terroriste sahélienne et la nécessité de sécuriser les frontières nord.
Le reste du gouvernement reste largement inchangé. Le général Vagondo Diomandé conserve l’Intérieur et la Sécurité, Jean Sansan Kambilé reste garde des Sceaux et Adama Coulibaly garde le portefeuille de l’Économie, des Finances et du Budget. Anne Désirée Ouloto maintient son rang de ministre d’État à la Fonction publique.
Parmi les mouvements notables : Nialé Kaba passe du Plan aux Affaires étrangères et à la Coopération internationale ; Koffi N’Guessan quitte l’Enseignement technique pour l’Éducation nationale. Quatre nouveaux visages intègrent l’exécutif, dont Hien Yacouba Sié (directeur du port d’Abidjan), Djibril Ouattara (ex-directeur de MTN Côte d’Ivoire) et Jean-Louis Moulot (ancien directeur de la Sodexam).
Plusieurs poids lourds sortent, au premier rang desquels Kobenan Kouassi Adjoumani, ministre d’État à l’Agriculture depuis 2011, remplacé par Bruno Nabagné Koné (sans le titre de ministre d’État).
Ce remaniement traduit la volonté du président Ouattara de privilégier la stabilité au lancement de son quatrième mandat. « Il choisit la continuité avec une transition générationnelle progressive », observe un connaisseur de la vie politique ivoirienne. La promesse de renouvellement plus rapide au sein du RHDP, attendue par certains cadres jeunes, semble une nouvelle fois reportée.
Robert Beugré Mambé a fixé la feuille de route : accélération des grands chantiers, consolidation des acquis et amélioration du quotidien des populations. Le premier Conseil des ministres de la nouvelle équipe était prévu samedi 24 janvier à 11 heures au palais présidentiel.
De leur côté, les partis d’opposition se repositionnent. Le PPA-CI de Laurent Gbagbo prépare les prochaines échéances après avoir boycotté les législatives de décembre 2025. Tidjane Thiam, président du PDCI, appelle à des réformes internes et a nommé un nouveau chef de groupe parlementaire. Simone Ehivet Gbagbo a récemment reçu Charles Blé Goudé, qui doit s’exprimer publiquement fin janvier.
Pour l’heure, ce remaniement met fin à des semaines de rumeurs à Abidjan et permet à la majorité parlementaire – qui dispose d’une écrasante avance à l’Assemblée nationale, désormais présidée par Patrick Achi – de reprendre le travail législatif.
