Le chômage poursuit sa progression au Sénégal, révélant les difficultés persistantes d’une économie incapable de générer suffisamment d’emplois pour une population majoritairement jeune. Alors que les autorités valident les conclusions d’un vaste diagnostic du marché du travail en prélude à l’élaboration d’une nouvelle Politique nationale de l’Emploi (PNE), les indicateurs dressent un tableau préoccupant, notamment pour les jeunes et les femmes.
Selon une étude diagnostique menée par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) pour le compte du ministère de l’Emploi, de la Formation professionnelle et technique, le taux de chômage élargi est passé de 16,3 % en 2019 à 21,6 % en 2024. Une hausse significative qui illustre l’incapacité du marché du travail à absorber l’afflux croissant de nouveaux demandeurs d’emploi.
Jeunes NEET : une vulnérabilité persistante
Les jeunes demeurent les plus exposés. En 2024, 34 % d’entre eux sont classés comme NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation), un niveau largement supérieur aux moyennes africaine et mondiale. La sortie du système éducatif se traduit ainsi, pour beaucoup, par une période prolongée d’inactivité.
Cette situation s’explique en grande partie par une forte pression démographique. Avec une population estimée à 18,6 millions d’habitants, dont la majorité a moins de 35 ans, près de 200 000 nouveaux entrants arrivent chaque année sur le marché du travail. Un volume que la création d’emplois, notamment formels, ne parvient pas à absorber. Paradoxalement, le taux d’activité a reculé, passant de 61,3 % en 2019 à 57,3 % en 2024, en raison du découragement et de l’émigration.
Inadéquation formation-emploi
Pour le ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle et technique, Amadou Ndieck Sarré, ce diagnostic met en lumière des dysfonctionnements structurels. « Il ressort des constats importants, notamment l’inadéquation entre l’emploi et les offres de formation, ainsi que les contraintes liées au climat des affaires », a-t-il déclaré, soulignant l’urgence de mettre en place une politique nationale d’emploi « pertinente et durable ».
L’étude révèle en effet un décalage marqué entre les compétences disponibles et les besoins des entreprises. Des secteurs clés comme le numérique, le BTP ou la logistique font face à une pénurie de profils qualifiés, tandis que l’offre de compétences opérationnelles reste insuffisante. En 2023, seuls 1 230 postes vacants ont été recensés dans le secteur formel, illustrant sa faible capacité d’absorption.
Femmes et jeunes en première ligne
La montée du chômage ne touche pas toutes les catégories de manière égale. Les jeunes et les femmes sont les plus affectés par la sous-utilisation de la main-d’œuvre, qui englobe le chômage déguisé et les emplois précaires, accentuant les inégalités socio-économiques.
Face à cette situation, le gouvernement s’est engagé dans l’élaboration d’une nouvelle Politique nationale de l’Emploi visant à mieux coordonner les interventions publiques et à aligner la formation sur les besoins réels du marché. La transformation du dynamisme démographique du pays en véritable dividende économique dépendra, à terme, de sa capacité à créer des emplois formels et à soutenir des activités productives durables.
