Nez pris, fatigue, barre au front, toux grasse… Quand l’entrée dans l’hiver s’accompagne d’un rhume, beaucoup se précipitent en pharmacie pour trouver le sirop, spray ou comprimés adaptés. Nouveauté cette année: certains médicaments anti-rhume, très courants, ne sont plus vendus en libre-service: Dolirhume, Actifed Rhume, Humex Rhume, Rhinadvil Rhume… Par quoi les remplacer? Si certains traitements sont présentés comme miraculeux contre le rhume, en réalité, il n’existe aucun remède efficace pour guérir. Et certains s’avèrent dangereux. Alors, quels traitements sont à proscrire et vers quoi se tourner?

Quels sont les médicaments les plus efficaces contre le rhume?

Le rhume est une maladie bénigne, censée passer sans aide entre 3 et 10 jours. « Un rhume qu’on traite dure 8 jours, un rhume qu’on ne traite pas dure une semaine!, ironise Matthieu Calafiore, médecin généraliste à Lille. Rien ne fera qu’un rhume guérira plus vite. Ceux qui vous l’assurent veulent vous soulager… mais au niveau du portefeuille! » Vous pouvez donc économiser cet hiver sur les cocktails anti-fatigue, pastilles de vitamine C et traitements anti-rhume… Un rapport de 2020 de l’Académie nationale de médecine alertait déjà: « aucun traitement du rhume de l’adulte n’a réellement fait preuve d’une grande efficacité. Or, les prescriptions médicamenteuses sont nombreuses et variées, représentant à la fois un danger en termes de santé publique et de risque d’effet indésirable individuel, et un coût non justifié en termes de dépenses de santé. » S’il n’existe pas de traitement à proprement parler pour y mettre fin, certaines bonnes habitudes et médicaments soulagent les symptômes.

  • Pour la fièvre:

Si vous avez de la fièvre, vous pouvez prendre du paracétamol, sans dépasser les doses recommandées: 1 000 mg 4 fois par jour pour les adultes. « La fièvre est un moyen de défense de notre organisme, informe le maître de conférences à Lille. Si on la tolère bien, avec un 38, il vaut mieux ne rien prendre pour guérir plus vite. En revanche, si vous êtes KO, prenez du paracétamol. »

  • Pour le nez bouché:

Rien de mieux qu’un lavage de vos narines, jusqu’à 6 fois par jour si nécessaire. « Le lavage de nez, c’est ce qui marche mieux, soit avec du sérum physiologique, soit avec des sprays à l’eau de mer ou encore avec de l’eau du robinet et un peu de sel », assure le médecin. Vous pouvez investir dans un ustensile en forme de corne (Rhino Horn) qui aide à faire un nettoyage complet. Pas besoin de faire bouillir l’eau ou de prendre de l’eau tiède, en revanche il est important d’y ajouter une cuillère de sel. « Le sérum salé va entraîner une réaction au niveau de la muqueuse qui va aider à décrocher tout le mucus nasal, explique-t-il. Comme quand on boit la tasse, vous avez le nez qui se dégage d’un seul coup. » Pour bien nettoyer, il faut que le liquide ressorte par l’autre narine et non qu’il atterrisse dans le fond de votre gorge. Pour cela, penchez votre oreille gauche vers votre épaule gauche, insérez la seringue ou la corne dans votre narine droite et versez l’eau, puis répétez l’opération à gauche. Un bon réflexe préventif à adopter dès l’entrée dans l’hiver? « C’est inutile quand on n’a pas de rhume, sauf pour ceux qui souffrent d’une rhinite chronique. » Si vous rencontrez des difficultés à dormir en raison d’un nez totalement bouché, rajoutez des coussins sous votre tête ou dormez semi-assis.

  • Pour la gorge irritée:

Là aussi, miser sur des règles d’hygiène de vie s’avère plus payant que débourser quelques euros en pharmacie. Il faut d’abord beaucoup s’hydrater, par petites gorgées, car cela calme la douleur. « Buvez ce que vous aimez… excepté l’alcool!, souligne Matthieu Calafiore. Des études avancent que les tisanes à base de thym peuvent raccourcir les symptômes du rhume d’une demi-journée. De même, le miel tapisse le fond de la gorge et soulage les douleurs, donc aucun danger à boire des tisanes thym-miel. » Si l’appétit chute et la déglutition reste douloureuse, « essayer tout de même de manger un minimum, car apporter des nutriments aide le corps à lutter contre les maladies », poursuit-il.

Sucer des pastilles s’avère l’autre bonne résolution utile. « Mais n’importe quel type, nuance le médecin. Il existe énormément de pastilles pour la gorge irritée, mais ça ne change rien par rapport à un simple bonbon, car c’est la salivation qui soulage l’inflammation dans le fond de la gorge. » Vous pouvez donc continuer à déguster vos bonbons (sans sucre!) préférés ou choisir les pastilles les moins chères. Attention à vérifier qu’il n’y a pas de paracétamol en plus si vous en prenez déjà!

Quels sont les médicaments à éviter?

  • Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)

Cela peut sembler contre-intruitif mais il faut absolument éviter les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, nurofen, advil, ketoprofen…). L’inflammation, certes douloureuse, est un principe de défense de votre corps. « Avec un anti-inflammatoire, dans 5% des cas, au lieu d’aider votre système immunitaire, vous le pénalisez et les virus et bactéries pourront se multiplier », résume l’expert. D’où un risque méconnu de voir une angine dégénérer en flegmon, une infection dentaire devenir un abcès ou une rhinite se compliquer en pneumopathie… L’Agence nationale du médicament a publié une alerte soulignant que ces AINS « peuvent masquer les symptômes d’une infection bactérienne (streptocoque, pneumocoque) et retarder un traitement adapté ». En effet, entre le 1er janvier 2019 et le 30 juin 2023, 162 cas graves ont été déclarés en France avec l’ibuprofène, 54 avec le kétoprofène et 12 personnes sont mortes, dont certaines étaient en bonne santé. Vous avez un doute? « En résumé, si vous avez de la fièvre, évitez les anti-inflammatoires. » Et si vous en prenez régulièrement, parlez-en à votre médecin. 

  • Les vasoconstricteurs

Depuis le 11 décembre 2024, tous les médicaments oraux vasoconstricteurs, qui contiennent de la pseudoéphédrine, ne sont accessibles que sur ordonnance. Pourquoi? Ces comprimés, qui visent à décongestionner le nez, n’ont pas de réelle efficacité sur un rhume bénin et augmentent le risque de faire une convulsion, un infarctus ou un accident vasculaire cérébral. Ce sera donc à votre médecin d’évaluer si vous avez vraiment intérêt à prendre ces comprimés.

Si vous avez dans votre pharmacie un reste de ces gélules, méfiance donc. Même prudence vis-à-vis des sprays pour le nez qui contiennent de la pseudoéphédrine, soumis à ordonnance depuis plusieurs années.

  • Les antibiotiques

Il vous reste des antibiotiques dans votre pharmacie? Évitez de finir la boîte. « Les antibiotiques ne sont efficaces que sur les bactéries, or les rhumes sont causés par des virus, c’est comme si vous tentiez d’enlever une vis avec un marteau, ça ne risque pas de marcher! » Et si jamais votre rhume annonce une angine, impossible de faire la distinction seul entre angine virale (75 à 90% chez l’adulte) et bactérienne, il faudra faire un test en pharmacie avant de prendre des antibiotiques.

  • Les corticoïdes

Attention aussi aux corticoïdes, parfois présents dans des traitements anti-rhume. « Car ce sont des anti-inflammatoires très puissants, qui vont endormir totalement le système immunitaire. Des études ont montré qu’en cas de laryngite, quand la voix disparaît, avec des corticoïdes, la durée des symptômes est rallongée, donc récupérer sa voix à 100% prend plus de temps. »

Quand faut-il consulter?

Pas simple de différencier rhume, sinusite, angine, grippe et Covid-19. Quand éviter les contacts, le bureau, consulter? « Avec une fièvre qui dure plus de 48h non stop, il faut consulter », synthétise l’expert.

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