Fatou Diome a dit que «le mensonge par omission ne virginise pas l’histoire, ni ne corrige ses conséquences». (Marianne porte plainte !). On ne peut pas dire mieux ! Ecouter un gouvernement débiter de tels mensonges pour «justifier» un meurtre dû à une bavure policière alors qu’on avait rejeté les explications de la même police il n’y a guère trois ans, c’est à la limite de la perversité. Entendre un ministre de l’Intérieur dire qu’il a interdit l’usage d’armes à feu dans le cadre du service de maintien de l’ordre, c’est comme entendre un fou prétendre laver l’eau avec de l’eau. Je ne suis pas spécialiste, mais je crois avoir lu la loi n°1970/37 du 13 octobre 1970, qui encadre et limite de façon stricte l’usage des armes à feu dans le cadre du maintien de l’ordre. C’est quoi cette redondance légale ? Ces gens nous manquent sauvagement de respect : on n’est plus dans le cadre des Alternative facts, c’est de la violence intellectuelle.
Entendre ces gens tenter de nous persuader que les armes trouvées dans les chambres des étudiants sont une preuve d’une quelconque volonté de semer le trouble ou d’une infiltration étrangère, c’est une grande ineptie. C’est, en effet, un secret de polichinelle : des armes blanches à l’Ucad, c’est presque une banalité. Il en a toujours été ainsi, c’est donc faire preuve de mauvaise foi que de présenter des armes blanches comme preuve matérielle contre les étudiants. Il faut arrêter de violer nos consciences : même dans nos cases, nous dormons avec des armes blanches, l’avouer, ce n’est pas le légitimer, c’est rester fidèle aux faits.
Vouloir absoudre les Fds en accusant les opposants, c’est une lâcheté sans nom au regard du passé de cette engeance. Le mot cocktail Molotov ne devrait sortir de la bouche de ces gens qu’avec une extrême pénibilité. La honte n’existe pas dans la conscience de ces gens, c’est clair. Quelle mauvaise foi ! Accuser les étudiants d’avoir des grenades lacrymogènes dans leur chambre, c’est encore un autre viol des consciences : tout le monde sait qu’une grenade non dégoupillée peut atterrir n’importe où, y compris dans une chambre. Que cette grenade ne soit de celles utilisées par la police ne signifie nullement que ce sont des armes utilisées par des étudiants qui n’ont même pas de quoi acheter un ticket. Cette sortie du gouvernement rappelle étrangement celles de la police entre 2021 et 2024, à la différence que la police est plus crédible que les politiciens.
Parler de renseignements pour élucider cette affaire est également la preuve d’un grand amateurisme. L’essence du renseignement, c’est d’anticiper les actions nuisibles, faciliter celles vertueuses et faire de la prévention efficace. Il faut être sérieux, un Etat qui ne peut même pas sécuriser certaines institutions de l’administration centrale ne peut plus convaincre sur sa capacité à exploiter les renseignements. Vos mensonges ne passeront plus dans ce pays, gardez-les pour vos moutons.
En écoutant ces gens, on se demande si on n’est pas dans une régression historique qui nous ramène au Moyen-Age avec la notion la fama communis comme preuve de probité. On oublie que le radical de diffamation est fama et que ce mot renvoie à la réputation, à l’honneur, au statut social de l’individu. La perception que les autres ont de l’individu pouvait servir de preuve de sa culpabilité ou de son innocence («la fama communis ou publica, «voix et commune renommée du pays»). Ils sont en train de diffamer les étudiants au sens où ils veulent monter l’opinion contre eux : le verdict sans appel qui en résultera, leur servira de légitimation pour leurs futurs forfaits.
La bonne nouvelle est que le ministre de l’Intérieur, avocat d’un certain Sonko, a dit que le cocktail Molotov peut tuer. Enfin ! Vivement que la loi d’amnistie soit abrogée.
Alassane K. KITANE
