Le recours aux partenariats public privé s’est imposé dans de nombreux pays africains comme une réponse pragmatique au déficit d’infrastructures. Routes, hôpitaux, centrales électriques ou plateformes portuaires exigent des montants d’investissement que les budgets nationaux, souvent contraints, peinent à absorber seuls. En confiant à un opérateur privé la conception, le financement et parfois l’exploitation d’un ouvrage, l’État espère accélérer la réalisation des projets sans inscrire immédiatement l’intégralité du coût dans sa dette publique précise Senweb .
L’attrait de ce modèle tient à sa capacité à mobiliser une épargne internationale abondante et à répartir certains risques techniques ou opérationnels. Dans des secteurs comme l’énergie ou les transports, plusieurs pays ont pu mettre en service des infrastructures stratégiques grâce à ces montages contractuels. Les institutions financières internationales, notamment la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, ont accompagné cette dynamique en promouvant des cadres juridiques dédiés et des unités spécialisées au sein des administrations.
Cependant, l’équilibre financier d’un partenariat public privé ne se limite pas à la signature initiale. Les contrats s’étendent souvent sur vingt à trente ans et comportent des clauses complexes relatives aux garanties de revenus, aux ajustements tarifaires ou aux compensations en cas de baisse de fréquentation. Lorsque la demande réelle s’avère inférieure aux projections ou que la monnaie se déprécie, les engagements implicites peuvent se transformer en charges budgétaires significatives. Ces obligations, parfois qualifiées de passifs contingents, ne figurent pas toujours clairement dans les documents de finances publiques au moment de la conclusion du contrat.
Plusieurs expériences internationales ont montré que des montages mal calibrés peuvent, à terme, peser plus lourdement que des emprunts classiques. Des garanties de trafic sur des autoroutes peu fréquentées ou des contrats d’achat d’électricité assortis de prix fixes élevés ont généré des compensations coûteuses pour les États. L’illusion d’une infrastructure « hors dette » disparaît alors, laissant place à une contrainte budgétaire différée.
Le véritable enjeu ne réside donc pas dans l’outil en lui-même, mais dans la qualité de sa conception. Une évaluation préalable rigoureuse, une répartition équilibrée des risques et une publication détaillée des engagements futurs constituent des conditions essentielles. Sans cette vigilance, le partenariat public privé peut devenir une dette invisible. Avec elle, il peut représenter un instrument pertinent pour combler un retard d’équipement sans compromettre la soutenabilité financière.
