Cette période de grâce devrait, en ces temps troublés, nous éloigner non seulement de certaines turpitudes et rancœurs, mais surtout nous aider à nous purifier afin d’amorcer un nouveau virage au bénéfice du pays. Grèves estudiantines avec mort d’homme…

L’arrivée simultanée du Carême et du Ramadan constitue, depuis quelques années déjà, un signe divin qu’il est loisible de lire selon sa convenance. Ces périodes restent, au-delà de tout, des moments fortement sous-tendus par un triptyque immuable : jeûne, prière, partage. Ce dénominateur commun renseigne encore sur la convergence des Livres révélés et de leur message intemporel : adorer un Dieu unique et éternel.

Cette période de grâce devrait, en ces temps troublés, nous éloigner non seulement de certaines turpitudes et rancœurs, mais surtout nous aider à nous purifier afin d’amorcer un nouveau virage au bénéfice du pays. Grèves estudiantines avec mort d’homme, fermeture des campus sociaux et académiques, querelles politiques, grèves dans le secteur de la santé, arrestations tous azimuts d’homosexuels présumés souvent porteurs du Vih/sida, parfois sans que leur culpabilité ne soit établie, puisqu’ils opèrent dans la sphère privée sauf en cas de transmission criminelle de la maladie, rythment notre quotidien.

Ces différentes saillies, la plupart aux relents de faits divers, certes consubstantiels à la vie en société, nous tiennent en haleine. Elles nous donnent la sensation que tout va dans tous les sens et nous en venons à implorer le Ciel pour un Sénégal apaisé où les fils sont réconciliés avec eux-mêmes. Nous en avons besoin.

Que Dieu nous entende et aide à purifier nos cœurs durant ces temps de pénitence, d’un mois lunaire chez les musulmans et de quarante jours chez les chrétiens.

Le Ramadan serait donc cette chaleur torride qui brûle les péchés, symbolisant une purification spirituelle intense. Il est cette période durant laquelle est commémorée également la Nuit du Destin, Laylat al-Qadr, où le Coran a été révélé au prophète Muhammad.

Parmi les objectifs spirituels et moraux à atteindre figurent la piété et le contrôle de soi, qui nous amènent à renforcer la foi, la patience, la discipline et la maîtrise de soi. Ainsi, le fidèle, par la purification qu’il cherche à apporter à son âme, ambitionne de se rapprocher davantage d’Allah, son Créateur.

De la même façon, il essaiera, dans la mesure de ses moyens, d’œuvrer en solidarité envers les personnes démunies par une générosité constante, à travers la charité et la zakat al-fitr. Rappelons que le jeûne est obligatoire pour tout musulman adulte en bonne santé. Il est, dans l’esprit islamique, une privation physique qui renforce la spiritualité, avec des exemptions pour les malades, les voyageurs, les femmes enceintes, allaitantes ou menstruées.

Ce mois de partage passe par des repas en famille, l’iftar, et des prières de nuit, les Tarawih. Le Ramadan se clôture par la fête de l’Aïd al-Fitr, appelée Korité chez nous.

Le Carême est un temps liturgique chrétien de quarante jours, débutant le Mercredi des Cendres et s’achevant avant la veillée pascale, destiné à préparer les fidèles à la fête de Pâques. Il symbolise une période de conversion, de pénitence et de réflexion, marquée par trois piliers : la prière, le jeûne et le partage, comme chez les musulmans.

Le Carême est une période de renouveau spirituel qui prépare les croyants à célébrer la résurrection de Jésus-Christ. La symbolique des quarante jours renvoie à une période de maturité, de préparation et d’épreuve dans la Bible. Elle rappelle les quarante jours de Jésus au désert, les quarante jours du Déluge ou les quarante années du peuple hébreu dans le désert.

La conversion, durant le Carême, est aussi un appel à se détourner du superflu pour revenir à l’essentiel, à Dieu et aux autres, en se repentant de ses fautes. Le Carême est, dans ce qui est appelé le Temps du Désert, une invitation à la sobriété et à la libération intérieure, en se détachant de certaines habitudes pour mieux se concentrer sur sa relation avec le Christ.

Comme l’Islam, le christianisme appelle à ponctuer ce temps de jeûne, de prière et d’aumône. Cela conforte les visées et les objectifs identiques de ces périodes de pénitence.

Le croyant qui jeûne engage ses responsabilités, mais poursuit l’objectif fondamental de se rendre meilleur, plus humain et en phase avec les recommandations divines. Il cherche à retrouver sa condition d’être créé, incarné, nécessiteux et en quête de pardon.

Il essaiera donc de manger peu pour mesurer la faim qui habite les démunis, de parler peu, uniquement lorsque c’est nécessaire, d’éviter à tout prix le mensonge, la médisance et les autres péchés de la langue qui rompent spirituellement le jeûne en en annulant la récompense.

Le fidèle devra tenter d’être miséricordieux et de pardonner afin que le Seigneur lui fasse miséricorde et pardonne, car Son pardon passe par le pardon de ceux à qui l’on a fait du tort. Il privilégiera, dans ses adorations, la qualité plutôt que la quantité.

Puissent le Ramadan et le Carême nous conduire, nous Sénégalais, vers des cœurs purifiés et des esprits bienveillants, et nous aider à demeurer dans ces postures inspirées par les prescriptions divines. Bons Ramadan et Carême à tous.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *