Les syndicats du secteur des télécommunications continuent de dénoncer la manière dont Starlink a été autorisée à intervenir au Sénégal. Face à la presse hier, la Coordination des organisations syndicales de la Sonatel, de Yas et d’Expresso considère que «l’Etat du Sénégal a commis un crime économique en ne réclamant pas un ticket d’entrée aussi élevé à Starlink qui, au minimum, devait être de 30 milliards de francs Cfa», rapporte le quotidien .
Et dans un mémorandum destiné aux Forces vives de la Nation, Mamadou Lamine Badji, Secrétaire général du Syndicat des travailleurs de la Sonatel (Syts), et ses camarades battent en brèche les arguments de l’Etat. «Le secteur des télécommunications est un secteur régulé.

Les acteurs bénéficient soit d’une licence, soit d’une autorisation, soit d’une déclaration. L’autorisation n’est rien d’autre qu’un régime assoupli de la licence. Sur ce point, il faut préciser qu’avant 2017, les Fournisseurs d’accès à internet (Fai) étaient soumis à un régime de licence pour lequel l’Etat réclamait 100 millions de francs Cfa. Mais à cause de leur petite taille, car ils peinaient même à avoir 1000 abonnés, le législateur a assoupli le régime en leur mettant sous le régime d’autorisation.
En revanche, le fait de vouloir étendre ce régime d’autorisation à Starlink, qui est un nouvel acteur aux caractéristiques hybrides et inconnu du législateur de 2018, n’est ni plus ni moins qu’un manque de vision stratégique et de patriotisme», considère M. Badji. En effet, explique-t-il, «Starlink a sa propre infrastructure et ne dépendra pas des opérateurs. Contrairement aux Fai qui dépendent des opérateurs, du fait qu’ils n’ont pas d’infrastructures. Par conséquent, Starlink ne doit pas être logé au même niveau que les Fai en activité au Sénégal et appartenant pour l’essentiel à des Sénégalais, et qui embauchent des Sénégalais. Rien n’empêche l’autorité de réviser le Code des télécommunications élec­tro­niques pour prendre en considération ce nouvel acteur, afin qu’il y ait un traitement équitable. Dès l’instant qu’on est dans un secteur régulé, il faudrait que les normes soient les mêmes pour tout le monde, encore plus pour Elon Musk dont le patrimoine pèse vingt fois plus que la richesse du Sénégal. Si ce dernier vient pour faire du business au Sénégal, l’Etat doit réclamer une contrepartie financière comme il l’a fait avec Sonatel, Yas et Expresso».
Le syndicaliste rappelle que la Sonatel avait payé pour sa 4G et le renouvellement de sa concession, 100 milliards de francs Cfa. Et pour sa 5G, elle a payé 34, 5 milliards. Yas (à l’époque Free) avait payé pour sa 4G, 27 milliards de francs Cfa, et 13, 5 milliards de francs Cfa pour l’acquisition de la 5G. Expresso a dû débourser 5 milliards pour l’acquisition de la licence 5G. «Nous estimons ainsi que Starlink doit payer au minimum 30 milliards de francs Cfa pour son autorisation. Car il a les mêmes caractéristiques que les opérateurs, du fait qu’il a ses propres infrastructures et utilise des fréquences, et a la même capacité pour adresser le même marché que les opérateurs. Alors doit-il être soumis au même régime que les opérateurs, pour garantir une concurrence loyale, au-delà des retombées financières pour le pays. C’est pourquoi nous réclamons une réforme du Code des télécommunications électroniques pour l’adapter à la réalité des opérateurs satellitaires, que Starlink verse 30 milliards de francs Cfa au titre de son ticket d’entrée», indique le Sg du Syts.

«Détournement de la Cst»
L’Etat justifie sa décision de faire entrer Starlink dans le marché par sa volonté d’assurer une connectivité universelle d’internet. Au Sénégal, avouent les syndicalistes, «il y a certes des zones blanches et des zones où la couverture internet est dégradée». Mais, précisent-ils, «quand le ministre convoque le dernier rapport de l’Artp pour dire que le taux de pénétration internet est de 40%, c’est une fausse information gravissime qui justifie une décision qui engage notre souveraineté numérique. Le taux de pénétration de 40% ne concerne que l’internet fixe (l’Adsl et la Fibre). En revanche, le taux de pénétration mix (fixe et mobile) est de 120, 05%…
Dire qu’une autorisation à Starlink en février 2026 est motivée par la volonté d’assurer une connectivité universelle est sans fondement. S’il existe des zones blanches, c’est parce que l’Etat, après avoir collecté plus de 200 milliards de francs Cfa des opérateurs, au titre de la Contribution spéciale sur les services de télécommunications (Cst), pour, entre autres, la connectivité universelle, les a détournés vers d’autres objectifs différents de la couverture des zones blanches. L’Etat ne peut pas se prévaloir de sa propre turpitude».
Ahmadou Sylla Bâ souligne que depuis la création du Fonds de développement du service universel des télécommunications (Fdsut) qui gère la connectivité universelle, la couverture des zones blanches est très infime. L’année dernière, seuls dix sites ont été réalisés, faute de moyens financiers. La contribution de 0, 75% de la Cst destinée au Fdsut n’est pas reversée au fonds en charge de la connectivité universelle.
Les cadres de la Sonatel sont du même avis que les syndicalistes. «Il n’a jamais été question pour nous acteurs de combattre toute offre permettant de renforcer la couverture et la qualité de service. Il n’a jamais été aussi question de combattre la satisfaction et l’expérience du client. Par contre, il nous sera extrêmement difficile de rester les bras croisés au moment où on veut nous faire croire qu’au Sénégal, il existe un Zorro national qui s’appelle Starlink», martèle Samba Mintou Sèye, de l’Amicale des cadres de la Sonatel.

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