Alkebulan. Mama Africa.
Terre-mère aux mille opulences, aux visages pluriels, aux mémoires innombrables.
Te voici dressée, vaste et vibrante, certitude inscrite dans la chair du réel.
Et moi, enfant de tes entrailles, descendant de ton sein matriciel, je viens célébrer celle qui t’habite, te féconde, te perpétue et t’ennoblit : la femme africaine.
Du flanc du Kilimandjaro, j’inhale ton souffle venu des monts éthiopiens.
J’observe tes lignes de sève, tes vallées d’or et d’émeraude, tes plaines de splendeur et de douleur, tes horizons dressés comme des promesses éternelles.
Njinga Mbandi, Yaa Asantewaa, Kandake Amanirenas, Sarraounia Mangou…
Vous qui avez tressé la mémoire du continent, porté la lumière sur vos têtes et la patience dans vos paumes, gardiennes du feu, nourricières du souffle, dressées dans le vent de l’histoire.
Avant le mot, il y eut votre chanson. Avant le pas, il y eut votre ventre.
Vous êtes la carte et la légende, la racine et la route, le cri des ancêtres et le silence de demain.
Ô toi, Phillis Wheatley, dame d’encre en terre d’exil, toi qui as transformé la douleur en lumière, guide nos doigts sur les claviers du monde. Que ta plume, arrachée à la servitude, nous apprenne encore à écrire la liberté.
Et toi, Mariama Bâ, douce et forte à la fois, verse dans nos âmes ton courage tranquille et ta tendresse inébranlable. Qu’Une si longue lettre devienne la nôtre : celle de toutes les femmes enfermées dans le bruit des foyers et le silence des souffrances. Aide-nous à écrire, à témoigner, à transformer la douleur en parole et la parole en action.
Femme d’Afrique. Première flamme, première main, première éducatrice.
Ta dignité ne se marchande pas ; ton courage ne se réclame pas : il rayonne, il éclaire, il guide.
Mais hélas, que t’ont-ils fait, princesse d’Afrique ?
Que cherchent-ils encore à t’enlever ?
Avec leurs imaginaires sans racines et leurs lois étroites, ils ont voulu te dérober ton nom, ta terre et ton droit de dire non. Sans pudeur, ils ont enfermé certaines d’entre vous dans les cuisines, les coutumes et les silences. Ils ont modelé des esprits pour que tu plies, pour que tu oublies ta force.
Ils t’ont jugée, mutilée, violentée -parfois au nom des traditions, toujours au nom du pouvoir patriarcal.
Mais ton souffle demeure, profond et indomptable, dans les tréfonds du temps. Rien n’efface la trace de ton pas, ni la souveraineté de ta parole.
Reines de Saba, Taytu Betul, Ndaté Yalla, Ndieubeute Bodji…
Vos noms résonnent encore dans le temps. Avant les frontières et les drapeaux, vous portiez des royaumes sur vos épaules, l’avenir sur votre dos, la dignité dans vos regards.
Sous l’arbre à palabres, devant les grands conseils, c’était votre voix que l’on écoutait, bien avant que les sabres orientaux ne charcutent des acquis et que les canons occidentaux ne meuglent.
Nées reines, devenues servantes pour nous, vos enfants, redevenues souveraines par la lutte -pour vous et pour nous-, vous êtes cette lance sacrée gardée au pied du baobab, que nul vent n’a jamais brisée.
Fille de la terre, héritière des siècles, te voilà debout, encore.
Malgré les guerres, la pauvreté et les lois injustes, tu te dresses, invaincue. Le continent renaît chaque fois que tu dis non, chaque fois que tu marches, fière et insoumise.
Depuis Mexico (1975), Copenhague (1980), Nairobi (1985), Beijing (1995) jusqu’à Maputo (2003), tes luttes résonnent comme les Bombolong de Djébalé. Elles s’élèvent dans les conférences, les champs, les classes et les rues, dans chaque parole arrachée au silence et dans chaque regard levé contre l’injustice.
Tu dénonces la main qui frappe, la loi qui oublie, le silence qui tue.
Tu refuses l’excision, le mariage forcé, la violence maquillée en tradition.
Perle noire, chaque aube te retrouve radieuse.
Ta beauté n’est ni un voile ni un spectacle. Elle ne s’invente pas dans les crèmes qui effacent la mélanine, ni dans les perruques qui dissimulent la racine, ni dans les greffages qui étouffent la liberté du cheveu. Elle réside dans la fierté du teint naturel, dans la noblesse du visage nu, dans la splendeur des cheveux crépus. Elle vit dans la simplicité qui élève, dans le pas assuré, dans la parole juste et dans le regard franc d’une femme debout qui n’imite personne.
On ne devient pas belle en cherchant à ressembler à l’Occident, à l’Inde ou à l’Arabie, mais en assumant sa propre lumière, celle que la terre d’Afrique a confiée à chacune comme un secret sacré dans l’altérité.
Mama Africa, que tes filles s’unissent. Que leur union devienne ta force et que leurs mains tissent la toile d’une résistance vivante.
Lève-toi et reprends ce qui t’appartient : la terre, la parole, le savoir, l’économie, le pouvoir et la mémoire.
Que davantage de femmes siègent à la table du continent : professeures, entrepreneures, directrices, officières, ministres, députées, maires, présidentes.
Lève-toi, Farafina Mousso.
Lève-toi, Femme de Nder.
Lève-toi, Lumière d’Afrique.
Marcel A. MONTEIL
