Sous les lustres de la salle de conférence du King Fahd Palace où se tenait, ce samedi, l’Ag de la Coalition Diomaye Président, l’ambiance est aux retrouvailles, mais le message, lui, est sans concession. Devant un parterre de leaders alliés, certains visages marqués par des mois d’attente dans l’antichambre du pouvoir, Bassirou Diomaye Faye a troqué ses habits de candidat pour ceux de chef d’orchestre exigeant. Entre confidences sur les frustrations du début de mandat et rappel à l’ordre cinglant, le Président sénégalais a prévenu : le temps de la figuration est terminé. Pour survivre au rouleau compresseur de l’exercice du pouvoir, la Coalition Diomaye Président doit désormais choisir entre la mue ou l’oubli, rapporte le quotidien .
L’image est forte. Au cœur de l’Assemblée générale de la coalition qui l’a porté au sommet en mars 2024, Bassirou Diomaye Faye ne s’est pas contenté de remerciements protocolaires. Le ton est volontariste, presque martial par moments, bien que tempéré par cette «humilité» qu’il érige en dogme. Le constat du chef de l’Etat est lucide, voire sévère. Il regrette une coalition qui n’a semblé s’animer qu’à de rares occasions, comme lors du bilan des 100 jours. «Une coalition qui soutient l’action présidentielle ne doit pas être atone», a-t-il martelé.
Dans un paysage politique reconfiguré par les Législatives où Pastef occupe une place hégémonique, les alliés de la première heure commençaient à craindre l’effacement. Diomaye Faye leur redonne une mission, mais elle est de taille : devenir les relais actifs des politiques publiques sur le terrain. Le message est clair : le soutien ne doit plus être une vitrine, mais un moteur de transformation. Derrière la posture d’autorité, l’homme n’oublie pas la dimension humaine du compagnonnage politique. Dans un moment de rare franchise, il a partagé une confidence sur ses échanges avec l’ancienne Première ministre Aminata Touré. «Je savais que nos alliés souffraient, mais je lui ai demandé de supporter pour moi», a-t-il révélé. Cette reconnaissance des frustrations -liées à l’installation complexe d’un nouveau régime- sert de socle à une promesse de loyauté : «Cette coalition, je ne la trahirai jamais.» En rappelant qu’il a choisi Aminata Touré comme superviseure depuis sa cellule de prison, il réaffirme que la victoire des 54% est une construction collective, et non l’épopée d’un seul homme ou d’un seul parti.
Recadrage historique : l’Etat avant la «Révolution»
L’autre temps fort de cette analyse réside dans la mise au point historique du Président. Alors que son Premier ministre, Ousmane Sonko, s’est récemment présenté comme le «gardien de la Révolution», Diomaye Faye a choisi de replacer l’action actuelle dans le temps long de la Nation. Invoquant Cheikh Anta Diop et les «porteurs de pancartes», il a rappelé que le Sénégal n’a pas commencé en 2024. «Ce qui a fait de moi le Président n’a pas commencé en 2024», a-t-il précisé. L’idée est de désamorcer toute tentation de table rase radicale pour privilégier la continuité de l’Etat. Pour lui, la transformation est la «résultante» de luttes générationnelles, invitant ses troupes à la «sérénité» plutôt qu’à l’agitation.
Le culte du silence et de la discipline
Face aux provocations et à la violence verbale qui polluent souvent le débat public, Bassirou Diomaye Faye a prôné la «vertu du silence». «Un chef ne crie pas pour être entendu», a-t-il lancé, invitant ses partisans à ne pas répondre aux invectives. «Chacun est libre d’avoir une ambition personnelle. Sinon, il sera difficile de porter celle d’un Etat. Mais cela doit toujours se faire dans la sérénité. Nous pouvons débattre dans la sérénité, sans une certaine violence», dit-il. Il ajoute : «Je vous invite au calme. Une dispute se fait à deux. Ne trouvons personne dans son monologue afin de lui permettre de migrer vers la dispute. Restons dans l’échange et dans la responsabilité. Déployer pleinement la coalition, c’est la structurer pour qu’elle soit opérationnelle. Ne vous détournez pas de l’action du gouvernement.»
En appelant à une «union sacrée» et à une organisation plus opérationnelle, le Président pose les jalons de l’An II de son mandat. Il ne s’agit plus de conquérir, mais de bâtir dans la discipline, tout en laissant à l’opposition son «droit au chapitre». Un équilibre précaire que la coalition devra désormais incarner sous peine de perdre sa pertinence au sein même du régime où sa sortie a poussé certains membres du pouvoir à afficher leur appartenance au camp du Premier ministre.
