Les résultats de la toute première Enquête nationale sur la démographie des entreprises du Sénégal (Endes 2026), restitués ce jeudi par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), dressent un constat lucide sur la vitalité et la fragilité du tissu économique national, rapporte le quotidien . Si entreprendre reste une dynamique forte, la pérennité des jeunes pousses demeure un combat de haute lutte : près d’une entreprise sur deux disparaît avant son cinquième anniversaire. C’est un taux de survie alarmant !
Cette opération statistique d’envergure, réalisée par l’Ansd sur l’ensemble du territoire national du 10 mars au 10 juillet 2025, révèle une réalité structurelle préoccupante. Si le démarrage est encourageant -86, 6% des unités franchissent le cap de la première année-, l’élan s’essouffle rapidement. Le taux de survie chute drastiquement à 53, 8% après cinq ans d’existence. Paradoxale­ment, l’enquête souligne une vulnérabilité accrue chez les sociétés (personnes morales) dont le taux de survie à 5 ans n’est que de 47, 3%, contre 55, 1% pour les entrepreneurs individuels. Ce fossé interroge, d’autant que le chiffre d’affaires médian au démarrage d’une société (5 002 500 F Cfa) est près de quatre fois supérieur à celui d’un entrepreneur individuel (1 357 550 F).

Le financement et l’héritage du Covid-19 en ligne de mire
Pourquoi tant de fermetures ? Le rapport identifie deux raisons majeures : le déficit d’accès au financement. Citée dans 32, 5% des cas, c’est la première cause de cessation d’activité. Sans oxygène financier, les structures, même prometteuses, s’asphyxient. Et l’impact de la pandémie du Covid-19 : la crise sanitaire de 2020 continue de hanter l’économie, étant responsable de 27, 1% des fermetures sur la période étudiée. Les autres motifs tels que les fusions, absorptions ou dissolutions volontaires restent, quant à eux, marginaux dans le paysage sénégalais.
Financée par la Banque mondiale, cette enquête est saluée par les acteurs institutionnels comme un «instrument de pilotage» sans précédent. Abdou Diouf, Directeur général de l’Ansd, a souligné que cette démographie est un indicateur essentiel de la capacité d’innovation et de résilience du pays face aux chocs. «Cette démographie des entreprises est un indicateur essentiel pour une compréhension de la vitalité de notre tissu de production économique, en ce sens qu’il nous renseigne sur notre capacité entrepreneuriale, notre capacité également à la création d’emploi, sur les innovations qui sont mises en œuvre ou qui sont en cours au niveau national», a-t-il dit. Selon lui, «cette enquête permet de guider les structures institutionnelles de l’Etat, de renforcer la gouvernance de l’entrepreneuriat et d’apporter un appui conséquent à tous les entrepreneurs au niveau national». Il poursuit : «Cette enquête éclaire la dynamique entrepreneuriale, la capacité d’innovation et la création d’emploi, ainsi que la résilience de notre économie face aux chocs.» Surtout qu’avant la réalisation de cette enquête, le Sénégal ne disposait que de «données partielles, fragmentées».
Pour Bakary Séga Bathily, Dg de l’Apix, ces données permettront d’orienter plus efficacement les réformes du climat des affaires. De son côté, Ibra Mba­ye, représentant de l’Adepme, estime que ces statistiques constituent désormais un «baromètre» pour affiner l’accompagnement des Pme, l’information étant devenue un véritable «facteur de production».

L’enjeu de l’après-création
Au Sénégal, 96, 4% des entreprises partent de zéro (création ex nihilo). Si l’esprit entrepreneurial est bien présent, le défi pour l’Etat et ses partenaires n’est plus seulement d’inciter à la création, mais de sécuriser le cycle de vie des entreprises. L’amélioration des mécanismes de financement et l’accompagnement post-création apparaissent comme des chantiers prioritaires.

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