Cette opération de levée de fonds à Abu Dhabi a été réalisée depuis le mois de juin de l’année dernière. Le gouvernement n’en a jamais parlé, aucune communication des services de l’Etat n’a jamais été faite. C’est au mois de mars 2026 que les journalistes du Financial Times ont levé le lièvre. Et l’on a vu en ce moment, plusieurs voix se lever du côté de la majorité au pouvoir. Mais, mieux, il n’a pas fallu hier moins qu’un puissant ministre des Finances et du budget pour tenter d’apporter la réplique à un article du journal économique anglais. Cheikh Diba a d’abord commencé son speech en tentant de mettre en doute la crédibilité des déclarations de l’article. Cependant, ces attaques ad hominem et ces gesticulations n’ont pas empêché que ceux qui, comme nous, n’avaient pas été invités à cette séance de «setal der» puissent se poser des questions dont on espère qu’elles ne resteront pas sans réponses.

La première interrogation est pour un représentant d’un pouvoir qui se targue d’avoir érigé la transparence en mode de gouvernement, de n’avoir pas tenté de démentir l’article indexé, quand il est dit que «le ministère des Finances du Sénégal et son conseiller financier, Global Sovereign Advisory, n’ont pas répondu aux demandes pour commenter les informations». De plus, le même article affirme que, contrairement aux déclarations du ministre, si le Fmi a été informé de cette opération de Trs, «l’équipe du Fmi n’a pas été informée des conditions dans lesquelles ces swaps ont été accordés». Pourquoi, dans un contexte de transparence déclarée, attendre la parution d’un article de presse à l’international pour dévoiler cette opération ?

Une dette gagée sur des obligations

Notre ministre des Finances a suffisamment d’expérience et d’expertise pour être crédité de la plus grande bonne foi et sincérité quand il nous affirme que les accords passés n’entraînent pas des conditions contraignantes. Toutefois, on ne l’a pas entendu expliquer la magie relevée par l’article, selon laquelle «l’accord conclu en mai dernier entre le pays et la société nigériane Afc lui a permis d’obtenir jusqu’à 350 millions d’euros de financement par le biais de swaps. Le pays a reçu un premier versement de 105 millions d’euros en contrepartie de la cession à Afc de la propriété d’obligations en francs Cfa d’une valeur équivalente à 150 millions d’euros, assortie de paiements d’intérêts compris entre 3, 5 et 4% au-dessus d’un taux variable, selon les documents».

En d’autres termes, le Sénégal n’a peut-être pas gagé de propriétés immobilières ou des ressources naturelles extractives ou autres, mais il a offert sa dette en gage à une autre dette. Et pour la valeur de ladite dette, il a reçu moins d’argent que ce qu’il devra rembourser lors de l’échéance. Et ce n’est pas la seule opération puisque, ajoute le Financial Times, «en juin, le pays a signé un nouvel accord d’échange de trois ans avec First Abu Dhabi Bank, lui permettant d’emprunter 300 millions d’euros en cédant à la plus grande banque des Emirats arabes unis l’équivalent d’environ 400 millions d’euros d’obligations et en payant un taux variable plus environ 5%». Là aussi, notre Cheikh Houdini Diba a trouvé le moyen d’emprunter 200 milliards de Cfa en donnant en gage des obligations qui valent plus de 260 milliards de Cfa !

Et on doit accepter le discours selon lequel ce n’est pas là des conditions contraignantes ! S’il le dit…

20 milliards de Cfa pour l’intermédiaire…

Et comme on est dans le pays de la transparence et du Jub-Jubal-Jubanti, on s’attendait à des réponses précises sur des cas précis, et non sur la viabilité des swaps, qui sont bien entendu des opérations budgétaires reconnues de par les marchés financiers. Mais s’ils étaient si pratiques pour le pays, pourquoi ne pas les avoir rendus publics depuis le mois de juin quand l’opération a commencé ? Quand Cheikh Diba en parlait devant l’Assemblée, a-t-il relevé à ce moment que le gouvernement était déjà dans un processus de levée de fonds en utilisant des obligations levées sur d’autres marchés financiers ? Non, les députés n’avaient pas posé de questions, parce qu’ils n’avaient pas été mieux informés des enjeux.

De même, le public hier n’a pas été informé des véritables coûts de l’opération. Qui aujourd’hui, en dehors de certains membres du gouvernement, peut expliquer ce que les intermédiaires gagnent dans l’opération ? Si le Cabinet Gsa a préféré se taire, quand le gouvernement nous dira exactement quel a été le montant de sa commission ? Des personnes très bien informées nous parlent d’un montant de 20 milliards de Cfa de commission. M. Cheikh Diba va-t-il se taire et laisser l’opinion se lancer dans des spéculations ?

Ce ne serait pas une première. On se rappelle le premier eurobond levé par le gouvernement, avec l’appui de la banque JP Morgan. A ce jour, le gouvernement ne nous a jamais dit à combien s’est élevée la commission pour l’intermédiation. Ni d’ailleurs à quoi ont servi les fonds ainsi collectés.

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