Le rap sénégalais perd l’une de ses figures les plus emblématiques. Daddy Bibson (52 ans), de son vrai nom Cheikh Bounama Coly, est décédé ce lundi 30 mars 2026 aux Etats-Unis des suites d’un malaise, laissant derrière lui une œuvre marquante et une empreinte indélébile dans le mouvement hip-hop national.

Pionnier du mouvement rap au Sénégal, Daddy Bibson s’était imposé dès la fin des années 1980 comme une voix singulière, à la fois engagée et incisive. Il fait ses premières armes en 1988, avant de se révéler au grand public en 1996 avec la sortie de la cassette Wala Wala Bok, enregistrée avec le mythique groupe Pee Froiss. Ce projet marque le début d’une trajectoire artistique qui contribuera à structurer les bases du rap « galsen ».

Dans la foulée, il participe à la création du collectif Rap’Adio, aux côtés de figures comme Keyti et Deug Iba. Ensemble, ils joueront un rôle déterminant dans l’évolution du hip-hop dakarois, en imposant un rap conscient, ancré dans les réalités sociales et politiques du pays.

Au début des années 2000, Daddy Bibson amorce un virage vers une carrière solo prolifique. « Pendant 10 ans, j’ai fait les meilleures ventes solo, j’au eu les meilleurs tubes de l’année. J’ai remporté plusieurs titres et trophées. Je suis resté trois ans sans qu’on m’entende. J’étais malade. Je me soignais à Philadelphie aux USA. Je suis diabétique. Je ne voyais plus et une de mes jambes étaient paralysée…» , révèlait le rappeur dans un entretiens en 2018 accordé à L’Obs.

Des albums comme S.D.F. ou Jassbu (2004) témoignent de sa capacité à allier profondeur des textes et maîtrise du flow. Suivront Ay Jundiou (2006), Sant Rek (2008) et Miza jour (2011), autant de projets qui consolident son statut d’artiste majeur, respecté pour son authenticité et son franc-parler.

En 2012, il annonce mettre un terme à sa carrière, avant de revenir deux ans plus tard avec la mixtape Philadelphia History. Fidèle à lui-même, il y affiche un style toujours engagé, refusant les compromis et les tendances éphémères.

Au fil des décennies, Daddy Bibson s’est imposé comme l’un des gardiens d’un rap dit « classique », attaché aux valeurs originelles du mouvement : vérité, dénonciation et conscience. Son flow unique, sa plume tranchante et son indépendance d’esprit ont inspiré toute une génération d’artistes.

Sa disparition marque la fin d’une époque, celle des pionniers qui ont posé les fondations du hip-hop sénégalais. Mais son héritage, lui, continuera de résonner dans les textes et les combats de ceux qui lui succèdent.

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