À Guédiawaye, la justice a voulu frapper fort pour enrayer ce que le parquet a qualifié de « dégradation inquiétante des mœurs ». Jugée en flagrants délits, l’affaire du réseau de production et de diffusion de vidéos pornographiques, récemment démantelée par la Brigade de recherches (BR) de Keur Massar, s’est soldée par des condamnations contrastées. L’Observateur , repris par Dakaractu révèle les dessous d’un dossier aussi sensible que retentissant.

L’affaire avait profondément choqué l’opinion publique par son ampleur, mais aussi par son mode opératoire sophistiqué. Le lundi 1er janvier 2026, la BR de Keur Massar mettait fin aux activités d’un réseau structuré opérant à Dakar et dans sa banlieue, avec des ramifications bien au-delà des frontières nationales, notamment en Europe. Lors de l’opération, pas moins de 152 vidéos à caractère pornographique ont été saisies, conduisant à l’arrestation de cinq personnes, dont le présumé réalisateur des contenus.

Présentés devant le Tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye, les mis en cause sont M. Seck alias Papito (31 ans), commerçant, présenté comme l’un des cerveaux du réseau, I. Diop alias Flex (35 ans), coach de basket domicilié aux HLM 5, M. Kâ (37 ans), commerçante à Thiaroye, A. Cissokho (27 ans), née à Brazzaville et se présentant comme agente immobilière, ainsi que O. L. Onugbui, Nigériane de 30 ans, prostituée déclarée.

Selon L’Observateur, l’enquête a été déclenchée à la suite d’un renseignement précis faisant état de l’existence d’un groupe organisé diffusant des contenus pornographiques via des plateformes en ligne. Les investigations ont permis d’identifier des liens directs avec des administrateurs de sites pornographiques basés en Europe, connus sous les pseudonymes de « Moustapha » et « Reniwa ». D’après les enquêteurs, M. Seck entretenait des relations étroites avec ces administrateurs, lesquels finançaient intégralement les tournages. I. Diop, de son côté, assurait la captation et le montage des vidéos, ensuite transmises via WhatsApp contre rémunération.

Le recrutement des participantes était assuré par M. Seck et M. Kâ, principalement dans le milieu de la prostitution, tandis que les échanges internes se faisaient via l’application Telegram. Les participants étaient payés à la journée pour des scènes d’une durée moyenne de trente minutes. Pour faire tomber ce réseau, la BR de Keur Massar a mis en place une opération d’infiltration audacieuse : une gendarme, sous couverture, a intégré durant plusieurs semaines les groupes Telegram utilisés pour le recrutement. Le 1er janvier 2026, profitant d’un faux rendez-vous organisé pour un prétendu tournage, les enquêteurs ont interpellé M. Seck. L’exploitation de son téléphone a permis de découvrir les 152 vidéos incriminées.

Les perquisitions menées chez les autres prévenus ont confirmé leur implication : matériel de tournage, accessoires, préservatifs, produits aphrodisiaques et échanges compromettants ont été saisis. Les vidéos mettaient en scène des personnes de nationalités sénégalaise, congolaise et nigériane, la plupart des femmes apparaissant le visage masqué.

À la barre, M. Seck et I. Diop ont reconnu leur participation aux tournages, tout en tentant de minimiser leur rôle dans l’organisation. Les femmes, quant à elles, ont invoqué la précarité, la manipulation ou encore l’ignorance quant à la diffusion réelle des images. Certaines ont admis l’absence de carnet sanitaire valide, d’autres ont nié toute implication active dans un réseau structuré.

Dans un réquisitoire jugé explosif, le Procureur a insisté sur la gravité des faits et la nécessité de sanctions exemplaires. Convaincu de la culpabilité de tous les prévenus, il avait requis cinq ans de prison ferme contre les deux principaux accusés et trois ans ferme contre les femmes. Mais après délibéré, le tribunal a opté pour une ligne plus clémente. Les deux hommes ont été reconnus coupables de l’ensemble des chefs de prévention et condamnés à deux ans de prison ferme. M. Kâ a écopé de trois mois ferme pour association de malfaiteurs et défaut de carnet sanitaire. Les deux autres actrices ont été relaxées du chef d’association de malfaiteurs, mais reconnues coupables de défaut de carnet sanitaire, avec des peines de deux mois assorties du sursis.

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