Quand un patient dépressif a l’impression d’aller mieux, la tentation de stopper net les antidépresseurs est vive. En effet, si le médicament a rempli sa mission, pourquoi poursuivre? D’autant que de nombreux antidépresseurs provoquent un cortège d’effets indésirables (vertiges, modification de la libido, prise de poids, troubles intestinaux), variables selon les molécules et les patients. Et que beaucoup estiment que les prescriptions sont trop longues, fréquentes ou inadaptées. Mais les psychiatres préviennent: stopper trop tôt ou trop rapidement un antidépresseur expose à des risques, notamment de rechute. Alors comment faire pour arrêter un antidépresseur?

Je prends un antidépresseur: quelle est la durée recommandée?

Si les maladies psychiques restent taboues en France, la dépression fait partie des plus courantes. « Environ 15% de la population a fait ou fera une dépression au cours de sa vie », prévient Pierre-Michel Llorca, chef de service de psychiatrie au CHU de Clermont-Ferrand. Selon Santé Publique France, 6 millions de Français seraient sous antidépresseurs. Mais c’est un traitement qui pâtit d’idées reçues et qui doit être mis en place et surtout arrêté avec précaution.

Pour éviter que le traitement soit inefficace, bien respecter sa durée, décidée entre le soignant et le patient, s’avère essentiel. « La mise en place est toujours échelonnée, reprend le professeur de psychiatrie à l’Université Clermont Auvergne. En général, les antidépresseurs commencent à faire effet au bout de 3 semaines et provoquent une amélioration complète après 2 à 4 mois, selon les patients, reprend-il. Mais il est recommandé d’arrêter le traitement seulement 6 à 8 mois après la disparition des symptômes. » En tout, le patient devrait donc prendre son comprimé pendant 10 à 12 mois. Arrêter le traitement de son propre chef, dès que vous vous sentez mieux, semble donc contre-productif. Ce qui n’est pas évident à accepter pour le patient, qui peut se demander: « Pourquoi continuer à souffrir des effets secondaires si je me sens mieux? Est-ce que le soignant entend vraiment mon ressenti? ».

« Les enquêtes de prescription dévoilent que les durées ont tendance à être trop courtes: les gens vont mieux, ils arrêtent, en fait ils sont vulnérables et la dépression peut se réactiver. Bien sûr, certains patients ne rechuteront pas, mais ce risque reste trop méconnu. » D’où l’importance, d’évoquer, dès la première prescription, la durée optimale et de la désescalade envisagée. « Tout se rediscute au fur et à mesure: si vous voulez absolument arrêter, c’est possible, mais il faut surveiller ce risque de réapparition des symptômes dépressifs.

Est-ce que les antidépresseurs me rendent dépendant?

« Les antidépresseurs, quelle que soit la molécule, ne sont pas des médicaments qui rendent dépendant, à la différence des anxiolytiques », insiste Pierre-Michel Llorca. De même, on n’est pas obligé d’augmenter la dose pour obtenir le même résultat.

En revanche, si l’arrêt ne se fait pas dans des conditions optimales, le patient peut ressentir un effet rebond: les idées noires réapparaissent, les angoisses, les insomnies… 

Quels sont les effets et symptômes lors de l’arrêt des antidépresseurs? Combien de temps dure le sevrage d’un antidépresseur?

Tout d’abord, il est important de savoir que la fin du traitement peut provoquer un inconfort, qui ne doit pas vous inquiéter. En général, ce syndrome de sevrage dure entre deux et trois jours. Et ces symptômes ne doivent pas être confondus avec un véritable retour de la maladie: ils se manifestent dès l’arrêt ou la diminution des doses (à la différence d’un effet rebond), sont différents (problèmes digestifs, sudation, vertiges…) des troubles de l’humeur typiques de la dépression et disparaissent rapidement. 

Pourquoi l’arrêt des antidépresseurs ne doit pas être brutal?

L’arrêt des antidépresseurs, tous types confondus, doit toujours se faire progressivement, pour éviter le risque de rechute. « Environ 50% des patients qui ont fait une dépression rechutent et 75% de ceux qui en ont fait deux », souligne l’enseignant.

S’il existe plusieurs techniques pour stopper les antidépresseurs, à adapter selon le patient et le type de molécule, il faudra en général entre 2 et 3 mois pour diminuer les doses. Ainsi, il est possible de baisser de 20 mg à 15, puis 10, puis 5 chaque mois. Mais il peut être envisagé de diminuer plus lentement: de 2% en 2%. « Cette stratégie pose néanmoins des questions de faisabilité: il n’y a pas de microdose commercialisées », nuance-t-il. Compliqué de découper en 8 le cachet de 20 mg de Prozac! Il existe néanmoins des formes liquides, plus adaptées: une goutte équivaut à 1 mg. Si besoin, le médecin, voyant son patient replonger, peut remonter légèrement la dose. « La meilleure stratégie, c’est toujours de faire du sur-mesure et d’adapter le traitement avec l’accord du patient. » 

Pas de panique toutefois: tous les patients ne souffrent pas d’un syndrome de sevrage et les psychiatres sont rompus à un accompagnement pour éviter l’inconfort et la rechute.

Pourquoi avoir un soutien psychologique est important pour arrêter les antidépresseurs en toute sécurité?

Une méta-analyse, parue en décembre 2025 dans le Lancet Psychiatry a évalué 70 essais cliniques portant sur 17.000 patients lors de l’arrêt des antidépresseurs. Conclusion? Pour éviter la récidive, un patient remis doit baisser progressivement sa prise d’antidépresseurs, tout en recevant un soutien psychologique. Rien de très étonnant! On sait depuis longtemps que les patients suivis par un psy rechutent moins. Certes, il serait optimal que tous aient accès à une psychothérapie, mais ce vœu pieux se heurte à un problème de moyens.

La psychiatrie manque cruellement de bras et les psychologues ne peuvent assurer le suivi de millions de citoyens sous antidépresseurs. D’autant qu’en France, plus de 80% des prescriptions d’antidépresseurs sont faites par un généraliste. « Même s’il respecte les durées et doses, le médecin traitant ne peut assurer un soutien psychologique comme un psychologue ou un psychiatre », avertit le Pr Llorca. D’où l’importance de bien informer généralistes comme patients sur cet arrêt nécessairement progressif et une surveillance redoublée des symptômes à ce moment clef. « Ce monitoring clinique peut être réalisé par un médecin traitant. Je ne dis pas que c’est le cas aujourd’hui pour tous, mais c’est faisable! » 

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