Un scandale de grande ampleur secoue l’administration locale à Sédhiou. À la mairie de Marsassoum, un réseau organisé de fabrication et de délivrance de faux documents d’état civil a été démantelé, conduisant à l’arrestation de quatre personnes, dont la responsable du centre d’état civil. Les révélations sont faites par L’Observateur.
L’affaire trouve son origine à Dakar, en novembre dernier. Une ressortissante bissau-guinéenne, N. A. Mendes, est interpellée par la Direction de l’automatisation des fichiers (Daf) alors qu’elle tentait d’obtenir une Carte nationale d’identité sénégalaise à l’aide d’un extrait de naissance frauduleux, prétendument délivré par la mairie de Marsassoum. Alertée, la Daf saisit l’antenne de Ziguinchor de la Division nationale de lutte contre le trafic de migrants (Dnlt).
Entendue, la mise en cause passe rapidement aux aveux. Elle reconnaît avoir acquis le faux document pour 30 000 FCFA par l’intermédiaire de son cousin, F. E. Mendes. Cette révélation déclenche une enquête approfondie.
Les investigations permettent d’interpeller F. E. Mendes, chez qui les enquêteurs découvrent une pièce d’identité sénégalaise obtenue frauduleusement, confirmant son rôle central dans le réseau. Les recherches conduisent ensuite à P. Gomis, présenté comme Agent de sécurité de proximité (Asp) affecté aux Eaux et Forêts de Ziguinchor. À son tour arrêté, il désigne un autre complice basé à Marsassoum : M. Sané, comptable matière au lycée de la localité, chargé de recevoir les informations des « clients » contre rémunération.
Au cœur du dispositif figure la responsable du centre d’état civil de la mairie de Marsassoum, M. Sylla, surnommée « Ndioma Sylla ». Selon L’Observateur, elle est accusée d’avoir inséré frauduleusement de fausses identités dans d’anciens registres d’état civil, en exploitant des pages vierges, avant de délivrer des extraits de naissance d’apparence authentique.
Les auditions ont permis de reconstituer le circuit financier du réseau. Chaque extrait de naissance était vendu 30 000 FCFA. La moitié revenait à l’exécutant matériel, tandis que le reste était partagé entre les intermédiaires et la fonctionnaire municipale. M. Sylla a reconnu les faits, indiquant avoir procédé aux insertions frauduleuses contre rémunération. Les registres concernés ont été saisis et placés sous scellés.
Les quatre suspects F. E. Mendes, P. Gomis, M. Sané et M. Sylla ont été placés en garde à vue le 20 janvier pour faux et usage de faux, complicité, obtention indue de documents administratifs et association de malfaiteurs. L’enquête se poursuit afin de déterminer l’ampleur réelle du trafic, avant la transmission du dossier au procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Sédhiou.
