Le 24 mars 2024, le peuple sénégalais exprimait clairement, dans les urnes, son aspiration à une rupture fondée sur le changement, l’éthique et la responsabilité publique. Dans cette dynamique, la transparence devait s’imposer comme l’un des piliers de la nouvelle gouvernance. Près de deux ans plus tard, le débat refait surface autour de l’accès à l’information publique.
Le Juge Dème interpelle les autorités
Ce mercredi, Ibrahima Hamidou Dème, ancien magistrat et leader du mouvement Ensemble pour le Travail, l’Intégrité et la Citoyenneté, plus connu sous le nom de Juge Dème, est monté au créneau. Son intervention vise directement la question de la transparence de l’État, qu’il estime insuffisamment respectée depuis l’arrivée de Pastef au pouvoir.
Une loi saluée, mais une application contestée
En septembre 2025, l’État sénégalais avait pourtant adopté une loi sur l’accès à l’information, saluée comme une avancée démocratique majeure. Portée de longue date par la société civile et inscrite dans l’esprit des Assises nationales, cette loi visait à garantir un droit effectif à l’information. Mais, selon le Juge Dème, sa mise en œuvre concrète pose aujourd’hui problème.
Une démarche citoyenne encadrée par la loi
Le 8 janvier 2026, l’ancien magistrat a engagé une action citoyenne formelle en saisissant trois institutions clés : la Présidence de la République, la Primature et le ministère des Finances. Sa demande portait exclusivement sur les fonds spéciaux de l’exécutif, notamment les montants exacts alloués pour les années 2025 et 2026.
Une demande limitée et non polémique
Le Juge Dème précise que sa requête ne concernait nullement l’utilisation de ces fonds, mais uniquement leur montant officiel. L’objectif, selon lui, était avant tout pédagogique et civique : tester l’effectivité du droit d’accès à l’information et promouvoir une culture de la vérification des faits.
Des délais légaux non respectés
La loi en vigueur impose des délais stricts aux administrations, avec un maximum de quinze jours francs pour répondre à une demande citoyenne. Or, malgré l’expiration de ce délai, aucune réponse n’a été fournie par les institutions saisies. Un silence que le Juge Dème qualifie de violation manifeste de la loi, d’autant plus préoccupante qu’elle émane, selon lui, des plus hautes autorités de l’État.
Transparence et désinformation
Pour l’ancien magistrat, ce refus d’informer alimente directement la désinformation. « Le silence de l’État crée un vide qui nourrit rumeurs et spéculations », estime-t-il, exposant citoyens et médias à l’erreur et fragilisant la crédibilité du discours officiel sur la rupture.
Une contradiction dénoncée
Le Juge Dème pointe également un paradoxe : alors que l’État poursuit des citoyens pour diffusion de fausses informations, il se montre réticent à fournir des données officielles. Une contradiction qui, selon lui, affaiblit toute politique crédible de lutte contre la désinformation. « Seule la transparence protège durablement contre les fake news », soutient-il.
Une plainte annoncée
Face à cette situation, Ibrahima Hamidou Dème annonce son intention de saisir la justice pénale. Il vise directement le Premier ministre et le ministre des Finances, pour refus d’accès à l’information, une infraction explicitement sanctionnée par la loi.
La redevabilité comme exigence démocratique
Pour le Juge Dème, la redevabilité n’est pas une option mais une obligation démocratique fondamentale. « On ne peut exercer le pouvoir sans rendre compte », insiste-t-il, estimant que la transparence demeure une condition essentielle de la confiance entre gouvernants et gouvernés, surtout dans un pays confronté à d’importants défis sociaux.
