Un mois après l’annonce par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) de la suppression de certaines taxes et redevances sur le transport aérien, les voyageurs attendent encore des effets tangibles sur le prix des billets d’avion. Malgré l’enthousiasme suscité par cette décision communautaire, la réalité du marché aérien ouest-africain reste inchangée, révélant un décalage persistant entre les engagements régionaux et leur application au niveau national.
En cause, un problème de mise en œuvre. Si la décision a bien été adoptée à l’échelle de la CEDEAO, elle doit impérativement être transposée dans les cadres réglementaires de chaque État membre pour produire des effets concrets. Cette transposition passe par la publication de textes d’application ; décrets ou arrêtés, actant officiellement la réduction ou la suppression des taxes concernées. Sans ces actes juridiques, la mesure demeure théorique et inopérante pour les compagnies aériennes.
À cette lourdeur administrative s’ajoute une contrainte technique souvent méconnue du grand public. Une fois les décisions nationales prises, les nouvelles taxes doivent être transmises à l’Airline Tariff Publishing Company (ATPCO), l’organisme chargé, sous l’égide de l’Association du transport aérien international (IATA), de paramétrer les taxes et redevances dans les systèmes de réservation des compagnies aériennes. Ce n’est qu’après cette étape que les transporteurs peuvent appliquer automatiquement les nouveaux tarifs et les répercuter sur les billets vendus aux passagers.
Or, dans plusieurs pays clés de la région, notamment la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Nigeria, aucun texte d’application n’a encore été publié à ce jour, selon des experts du secteur. Cette absence de décisions nationales maintient de facto le statu quo tarifaire et freine l’objectif affiché de rendre le transport aérien plus accessible en Afrique de l’Ouest. Elle illustre également les limites de la coordination entre les instances communautaires et les administrations nationales, dans un secteur pourtant stratégique pour l’intégration régionale, le tourisme et les échanges économiques.
