L’affaire Pape Cheikh Diallo et cie suscite beaucoup d’interrogations et d’émotions au sein de la population. Mais, au-delà du procès moral et de l’aspect judiciaire, le dossier pose un problème de santé publique : la transmission volontaire du Vih. Il ressort, dans beaucoup d’études, que les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes sont les plus exposés au Sida et que les bisexuels sont une courroie de transmission entre la population générale et les populations dites clés.
Le Sida est au centre des discussions, ces derniers jours, au Sénégal, du fait de l’arrestation de 14 présumés homosexuels, dont huit porteurs confirmés du Virus de l’immunodéficience humaine (Vih). Ceci relance le débat sur l’exposition élevée à cette maladie des Hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (Hsh).
D’ailleurs, si l’on se fie aux chercheurs Joseph Larmarange (Université Paris Cité) et Christophe Broqua (Cnrs), le sigle Hsh ou « Men who have sex with men » (Msm, sa déclinaison anglaise), apparaît au début des années 90, dans le contexte des travaux sur le Vih.
Dans leur article publié dans la revue « Santé publique » et intitulé « Santé des minorités sexuelles, sexuées et de genre » (2024/4, vol. 36), ils expliquent que les enquêtes séroépidémiologiques sur l’exposition au Vih des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes en Afrique subsaharienne, inexistantes pendant plus de deux décennies d’épidémie de Sida, ne sont apparues qu’au milieu des années 2000.
Ces chercheurs révèlent que la première étude ayant mesuré la prévalence du Vih parmi les Hsh sur le continent fut conduite au Sénégal en 2004 et publiée en 2005.
Avec comme résultat une prévalence du Vih de 22 % parmi les Hsh, à mettre en regard de la faible prévalence observée dans la population générale (moins de 1 %), cette étude a mis en évidence l’exposition élevée au Vih des Hsh.
Cela a été confirmé par d’autres enquêtes, comme celle menée par Cheikh Tidiane Ndour (Division de lutte contre le Sida (Dlsi) au Sénégal) et Christophe Broqua (Cnrs, France) entre 2022-2024.
Selon eux, en 2020, au Sénégal, la prévalence du Vih est faible dans la population générale (0,5 %), mais élevée chez les populations clés : entre 20 et 28 % chez les Hsh.
L’enquête sénégalaise de 2004 apportait aussi une information importante au sujet des comportements bisexuels : 94 % des répondants déclaraient avoir eu des relations sexuelles avec une femme au moins une fois au cours de leur vie.
Dans l’article, cette information était soulignée par les auteurs qui y voyaient le risque que l’épidémie se propage dans la population générale.
« Les autorités sénégalaises ont repris cet argument à partir de 2005 afin de plaider la mise en œuvre d’un programme de prévention à destination des Hsh parce qu’intervenir auprès de ces derniers permettrait de protéger la population générale, les bisexuels pouvant constituer « une passerelle » entre populations », lit-on dans le résumé de l’article repris par le soleil .
Cette catégorie Hsh s’est progressivement imposée dans les enquêtes épidémiologiques, car elle permet d’être plus inclusif en y intégrant des hommes ne se considérant pas nécessairement comme « homosexuel », mais ayant des rapports sexuels avec des hommes.
À en croire les chercheurs, elle intègre à la fois des Hommes ayant des pratiques sexuelles avec des hommes exclusivement (Hshe) et des Hommes bisexuels ayant des rapports à la fois avec des hommes et avec des femmes (Hshf).
