«Errare humanum est, perseverare diabolicum.» Se tromper est une chose, mais persister dans le déni face à la détresse de ceux qui vous ont portés au sommet relève du cynisme politique. Aujourd’hui, dans les universités du Sénégal, ce n’est pas seulement la faim qui tenaille les étudiants, c’est le sentiment d’avoir été les instruments d’une ascension dont ils sont désormais les premières victimes.

L’amnésie du pouvoir
Il n’y a pas si longtemps, alors que les murs des prisons se refermaient sur Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, c’est dans la rue, et souvent au prix de leur sang, que les étudiants ont exigé leur liberté. La jeunesse était le bouclier, le moteur et l’âme de leur combat. Pourtant, une fois les lambris dorés du palais con­quis, le silence est devenu la seule réponse aux cris de détresse.
Comment expliquer que ceux qui ont fait de la justice sociale leur cheval de bataille assistent aujourd’hui, muets, à la précarisation extrême de leurs anciens soutiens ? Ce silence n’est pas une omission, il ressemble de plus en plus à une complicité, à de l’indifférence.

Mensonges et réalités de poche
L’argumentaire servi par les autorités est aussi fragile qu’insultant : «L’Etat ne doit rien, tout a été payé.» Ce discours de sourd nie la réalité comptable des rappels de bourses que chaque étudiant vit dans sa chair. Nier une dette ne l’efface pas ; cela ne fait qu’augmenter les intérêts de la colère.
Le contraste est insupportable. D’un côté, on voit défiler des cortèges de véhicules rutilants à 75 millions l’unité pour des députés déjà privilégiés. On assiste à des distributions de primes millionnaires à des footballeurs aux comptes en banque déjà bien garnis. De l’autre, l’étudiant -celui qui doit construire le Sénégal de demain- mendie son dû pour payer une chambre ou un ticket de restaurant.
C’est une question de priorités : apparemment, le confort des élus pèse plus lourd que l’éducation de la Nation.

La stratégie de la diabolisation
Le point de presse d’hier a marqué un tournant dangereux. En choisissant de pointer du doigt les étudiants, en les faisant passer pour des agitateurs de mauvaise foi devant une opinion publique mal informée, les ministres ont adopté la voie de la rupture. Diaboliser la jeunesse pour masquer ses propres manquements est une vieille recette politique qui ne prend plus. On ne peut pas accuser de «mauvaise foi» celui qui réclame simplement de quoi vivre dignement sur un campus. Utiliser les canaux de communication pour jeter le discrédit sur des étudiants aux abois est une méthode indigne d’un régime qui se voulait de rupture.

Rendre à César ce qui est à César
Le message est clair : les étudiants ne demandent ni aumône ni faveur. Ils réclament un droit. Manipuler une jeunesse pour accéder au pouvoir et lui tourner le dos une fois le fauteuil acquis est une trahison que l’histoire retiendra.
Monsieur le Président, Monsieur le Premier ministre, souvenez-vous d’où vous venez et de qui vous a ouvert les portes de la liberté. La stabilité du pays ne se gagne pas avec des voitures de luxe ou des discours méprisants, mais en respectant la dignité de ceux qui étudient.
Rendez aux étudiants ce qui leur appartient. Avant que le «diabolique» de la persévérance dans l’erreur ne finisse par consumer le peu de confiance qui reste encore.

Serigne Saliou Mbacké FAYE
Etudiant en Master 2 Gouvernance locale et Développement durable à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (Ugb). Il poursuit également un Master 2 en Droit de la décentralisation et gestion des collectivités territoriales, relevant du droit public.
Titulaire d’une formation en droit public, il s’intéresse particulièrement aux questions de gouvernance territoriale, de politiques publiques et de cohésion sociale.

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