Reuters raconte la nuit du 9 février à Dakar : des policiers débarquent à l’Ucad, un étudiant perd la vie, et s’impose la question du « prix humain » des arbitrages d’un gouvernement contraint de choisir entre ses créanciers et sa jeunesse

Dans une enquête publiée ce 24 février 2026 par l’agence de presse Reuters, la journaliste Portia Crowe met en lumière le lien tragique entre la récente mort d’un étudiant à l’université de Dakar et la profonde crise de la dette qui secoue le Sénégal.

Le récit s’ouvre sur le témoignage glaçant d’Amadou Bilo Diallo. Le 9 février dernier, cet étudiant en journalisme de 23 ans se cachait dans sa chambre universitaire avec cinq colocataires et des amis lorsque les forces de l’ordre ont fait irruption, les frappant à coups de matraques et de boucliers, rapporte Reuters. « Il n’y avait rien que nous puissions faire, raconte Diallo à l’agence de presse. C’étaient des hommes en uniforme, nous ne pouvions pas résister, nous ne pouvions pas riposter. »

Cette opération s’est soldée par un drame : la mort d’Abdoulaye Ba, étudiant en deuxième année de chirurgie dentaire, qui résidait dans le même bâtiment. Si le procureur de la République, Ibrahima Ndoye, affirme que le jeune homme est décédé après avoir sauté par la fenêtre du quatrième étage pour échapper à un incendie, des images vidéo authentifiées par Reuters montrent des policiers en train de rouer de coups une personne devant une résidence, sous le regard passif d’autres agents. Selon la police, citée par la journaliste, plus d’une centaine d’étudiants ont été arrêtés lors de cette descente.

Le trou béant de la dette asphyxie les bourses

À l’origine de cette éruption de violence, le non-paiement de l’aide financière aux étudiants. D’après les associations étudiantes interrogées par Reuters, les inscrits en première année n’ont reçu que 75 000 francs CFA (environ 135 dollars) ces derniers mois, contre les 155 000 francs CFA attendus. Si le gouvernement se défend de tout arriéré, plaidant un simple réaménagement du calendrier, les documents du ministère de l’Enseignement supérieur consultés par l’agence de presse dressent un autre constat : l’enveloppe allouée aux bourses dans le budget 2026 a baissé de 11% par rapport à 2024, s’établissant à 78,8 milliards de francs CFA.

Cette coupe budgétaire est la conséquence directe du séisme financier qui a frappé l’administration de Bassirou Diomaye Faye, explique Portia Crowe. Après avoir mis au jour 13 milliards de dollars d’emprunts non déclarés par le régime de Macky Sall, le nouveau gouvernement a vu la dette publique bondir à 132% du PIB, entraînant le gel d’un programme de prêt de 1,8 milliard de dollars du FMI. Face à ce mur financier, le Premier ministre Ousmane Sonko a écarté toute restructuration, préférant honorer les échéances des créanciers internationaux. « Gérer un État, c’est comme gérer son propre compte bancaire », justifie Aminata Touré, conseillère du président, dans une interview accordée à Reuters. « Parfois, il faut se concentrer sur les priorités ; ça ne veut pas dire qu’on n’est pas intéressé par le reste. »

« Ce gouvernement est là aujourd’hui grâce à nous »

Mais ces arbitrages macroéconomiques passent mal auprès d’une population qui subit le contrecoup de la rigueur. Le reportage de Reuters rappelle l’instauration d’une taxe de 1% sur les achats en espèces dans l’alimentaire et de 0,5% sur les transactions bancaires, ou encore la chute de 5,2% de l’emploi formel en un an, aggravée par la mise à l’arrêt des chantiers de construction. Oumar Gueye, délégué syndical du BTP cité dans l’article, alerte sur « plus de 17 000 pertes d’emplois directes ».

Pour la jeunesse sénégalaise, fer de lance de la contestation qui a porté l’actuel exécutif au pouvoir, la désillusion est immense. « C’est une honte, nous ne nous y attendions pas, surtout venant de ce régime », confie à Reuters Pathe Baila Barry, qui affirme avoir été battu lors du raid. Un sentiment de trahison résumé par Assane Dia, étudiant en économie interrogé par l’agence : « Ce gouvernement est là aujourd’hui grâce à nous. Nous n’aurions pas imaginé qu’après seulement deux ans au pouvoir, Sonko puisse faire ça aux étudiants. »

Le récit s’ouvre sur le témoignage glaçant d’Amadou Bilo Diallo. Le 9 février dernier, cet étudiant en journalisme de 23 ans se cachait dans sa chambre universitaire avec cinq colocataires et des amis lorsque les forces de l’ordre ont fait irruption, les frappant à coups de matraques et de boucliers, rapporte Reuters. « Il n’y avait rien que nous puissions faire, raconte Diallo à l’agence de presse. C’étaient des hommes en uniforme, nous ne pouvions pas résister, nous ne pouvions pas riposter. »

Cette opération s’est soldée par un drame : la mort d’Abdoulaye Ba, étudiant en deuxième année de chirurgie dentaire, qui résidait dans le même bâtiment. Si le procureur de la République, Ibrahima Ndoye, affirme que le jeune homme est décédé après avoir sauté par la fenêtre du quatrième étage pour échapper à un incendie, des images vidéo authentifiées par Reuters montrent des policiers en train de rouer de coups une personne devant une résidence, sous le regard passif d’autres agents. Selon la police, citée par la journaliste, plus d’une centaine d’étudiants ont été arrêtés lors de cette descente.

Le trou béant de la dette asphyxie les bourses

À l’origine de cette éruption de violence, le non-paiement de l’aide financière aux étudiants. D’après les associations étudiantes interrogées par Reuters, les inscrits en première année n’ont reçu que 75 000 francs CFA (environ 135 dollars) ces derniers mois, contre les 155 000 francs CFA attendus. Si le gouvernement se défend de tout arriéré, plaidant un simple réaménagement du calendrier, les documents du ministère de l’Enseignement supérieur consultés par l’agence de presse dressent un autre constat : l’enveloppe allouée aux bourses dans le budget 2026 a baissé de 11% par rapport à 2024, s’établissant à 78,8 milliards de francs CFA.

Cette coupe budgétaire est la conséquence directe du séisme financier qui a frappé l’administration de Bassirou Diomaye Faye, explique Portia Crowe. Après avoir mis au jour 13 milliards de dollars d’emprunts non déclarés par le régime de Macky Sall, le nouveau gouvernement a vu la dette publique bondir à 132% du PIB, entraînant le gel d’un programme de prêt de 1,8 milliard de dollars du FMI. Face à ce mur financier, le Premier ministre Ousmane Sonko a écarté toute restructuration, préférant honorer les échéances des créanciers internationaux. « Gérer un État, c’est comme gérer son propre compte bancaire », justifie Aminata Touré, conseillère du président, dans une interview accordée à Reuters. « Parfois, il faut se concentrer sur les priorités ; ça ne veut pas dire qu’on n’est pas intéressé par le reste. »

« Ce gouvernement est là aujourd’hui grâce à nous »

Mais ces arbitrages macroéconomiques passent mal auprès d’une population qui subit le contrecoup de la rigueur. Le reportage de Reuters rappelle l’instauration d’une taxe de 1% sur les achats en espèces dans l’alimentaire et de 0,5% sur les transactions bancaires, ou encore la chute de 5,2% de l’emploi formel en un an, aggravée par la mise à l’arrêt des chantiers de construction. Oumar Gueye, délégué syndical du BTP cité dans l’article, alerte sur « plus de 17 000 pertes d’emplois directes ».

Pour la jeunesse sénégalaise, fer de lance de la contestation qui a porté l’actuel exécutif au pouvoir, la désillusion est immense. « C’est une honte, nous ne nous y attendions pas, surtout venant de ce régime », confie à Reuters Pathe Baila Barry, qui affirme avoir été battu lors du raid. Un sentiment de trahison résumé par Assane Dia, étudiant en économie interrogé par l’agence : « Ce gouvernement est là aujourd’hui grâce à nous. Nous n’aurions pas imaginé qu’après seulement deux ans au pouvoir, Sonko puisse faire ça aux étudiants. »

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