La pêche illégale aux ailerons de requin transite par Dakar. Une étude menée par la Fondation pour la justice environnementale révèle «de nombreuses preuves de prélèvement illégal d’ailerons de requin impliquant des thoniers de haute mer utilisant le Port de Dakar, mettant en évidence de graves lacunes dans la surveillance des pêches qui permettent aux produits de la pêche illégale d’entrer sur les marchés internationaux», rapporte le quotidien .


S’appuyant sur des entretiens avec 124 pêcheurs ayant travaillé à bord de Palangriers thoniers chinois et taïwanais entre 2020 et 2025, Ejf a constaté que «la majorité avait déclaré avoir été témoin de pêche aux ailerons de requin, une pratique cruelle, douloureuse et illégale consistant à prélever les ailerons d’un requin avant de le rejeter à la mer. Ces requins sont parfois encore vivants, ce qui signifie qu’ils suffoquent lentement, incapables de nager. Le film présente plusieurs de ces témoignages de première main, recueillis directement auprès des pêcheurs ayant été témoins de cette pratique en mer».
L’enquête établit un lien entre ces témoignages et des dizaines de navires opérant à Dakar, l’un des ports de pêche les plus actifs d’Afrique et une plaque tournante majeure pour les flottes de pêche hauturière opérant dans l’Atlantique. 47 pêcheurs ayant travaillé à bord de 24 navires ont déclaré que des ailerons de requin étaient débarqués à Dakar, directement ou après transfert en mer vers des navires transporteurs. Ils ont décrit des pratiques systématiques de dissimulation, notamment le stockage clandestin des ailerons, la destruction de preuves avant les inspections, les débarquements nocturnes et la confiscation des téléphones pour supprimer photos et vidéos.
Ces révélations soulèvent des inquiétudes quant à l’efficacité des contrôles portuaires. Bien que le Sénégal soit signataire de l’Accord sur les mesures de l’Etat du port visant à empêcher l’entrée de produits issus de la pêche illégale sur les marchés mondiaux, les pêcheurs ont régulièrement signalé l’absence d’inspections significatives lors des débarquements d’ailerons de requin.
D’après Ejf, les requins comptent parmi les animaux les plus menacés des océans. On estime que 80 à 100 millions sont tués chaque année par la pêche, tandis qu’environ 70% des espèces de requins pélagiques sont aujourd’hui menacées d’extinction. Leur disparition menace la santé des écosystèmes marins et, en conclusion, la durabilité des pêcheries dont des millions de personnes dépendent pour leur alimentation et leurs moyens de subsistance.
Cité dans le communiqué, Steve Trent, Pdg et fondateur d’Ejf, a déclaré : «Lorsque les navires de pêche peuvent débarquer leurs prises sans contrôle efficace, le prélèvement illégal des ailerons de requin devient plus facile à dissimuler et plus difficile à enrayer. Les requins jouent un rôle essentiel dans la préservation de la santé des océans. Leur protection est fondamentale pour la pêche durable, la sécurité alimentaire et l’avenir des communautés côtières.
Les solutions existent déjà. Un renforcement des contrôles portuaires et la mise en œuvre intégrale de la Charte mondiale pour la transparence dans le secteur de la pêche rendraient beaucoup plus difficile la dissimulation de la pêche illégale et contribueraient à garantir que les produits de pêche commercialisés sur les marchés mondiaux soient légaux, durables et éthiques.»
L’enquête, ainsi que le film qui l’accompagne, révèle également la portée internationale des produits de la mer débarqués à Dakar. Plus de 1800 tonnes de thon et produits assimilés ont été exportées directement du Sénégal vers le Japon en 2024. Des entreprises de transformation en Thaïlande et à Singapour ont aussi importé du thon débarqué à Dakar avant de l’exporter vers l’Union européenne, la Corée du Sud et les Etats-Unis, soulevant des inquiétudes quant à la présence potentielle de produits liés à des navires impliqués dans la pêche aux ailerons de requin dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Ejf appelle le Sénégal à renforcer les contrôles des navires de pêche à haut risque, à adopter une politique obligatoire de «nageoires naturellement attachées» pour tous les requins débarqués dans ses ports, et à respecter pleinement ses obligations au titre des accords internationaux de pêche. L’organisation exhorte les organisations régionales de gestion des pêches, les Etats du pavillon et les principaux marchés de produits de mer à renforcer la surveillance et à appliquer la Charte mondiale pour la transparence dans le secteur de la pêche afin de contribuer à l’éradication de la pêche illégale et à la protection de la faune marine vulnérable.

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