Pourquoi ?
Les eaux de boisson contenues dans les sachets plastiques ne sont pas utilisées dans tous les pays du monde. Dans des pays où elles sont utilisées, les déchets de sachets d’eau sont trop facilement visibles dans le décor quotidien. S’il y a, à foison, les sachets plastiques dans l’environnement, ce ne sont pas les producteurs d’eau de boisson ensachées qui le font. En effet, sur les conditionnements des eaux de boisson embouteillées, il y est très majoritairement mentionné : «Conserver au frais. Gardons notre pays propre. Après usage, jeter dans une poubelle.» Mais dans la pratique, les sachets plastiques d’eau déjà utilisés ne sont pas récupérés, valorisés, causant des dommages incommensurables au développement durable parce qu’impactant très négativement les générations actuelles et futures. Par exemple, pour 100 marques d’eaux ensachées, si une seule est sauvagement abandonnée dans l’environnement de 550 communes chacune, l’année, ce sont vingt millions soixante-quinze mille (20 075 000) sachets plastiques d’eau usités qui sont rejetés dans la nature. Ces sachets, entre autres, polluent le sol, les eaux de mer ou de fleuve, et de continent en continent, tuent des animaux qui les consomment. Même si, visiblement, ils disparaissaient après plusieurs années, les plastiques produisent des microplastiques, des nanoplastiques avec diverses conséquences sanitaires, selon de plus en plus de recherches et des structures qui demandent même la fin de l’utilisation du plastique. Ces microplastiques ou nanoplastiques attaquent les êtres humains suivant différentes voies de pénétration dont celle aérienne. Comme, par exemple, les aflatoxines, les métaux lourds et autres polluants ou contaminants, il urge de lutter contre les microplastiques ou nanoplastiques. Le déchet plastique mal géré et produisant des microplastiques ou nanoplastiques montre que les santés humaine, environnementale et animale sont indissociables, d’où l’enjeu du One Health.
Quant aux bouteilles d’eau et de boisson en plastique, elles sont mieux récupérées, réemployées (même utilisation eau de boisson), réutilisées (utilisation autre qu’eau de boisson : exemple pour vente de jus local) ou recyclées (transformées en matière en vue d’entrée dans la composition d’un nouveau produit). Mieux, sur des étiquettes des bouteilles d’eaux de boisson en plastique, il est bien mentionné «Recycle-moi». Contrairement aussi aux eaux de boisson ensachées filtrées, au moins sur les conditionnements des eaux de boisson embouteillées, des teneurs de substances chimiques et physiques sont données sur les étiquettes comme : le pH, les résidus secs, le calcium, le magnésium, le potassium, le sodium, les chlorures, les sulfates, les bicarbonates, les nitrates ou nitrites… Pour certaines marques, en plus de ces teneurs, des informations sont données sur la conductivité, les solides dissous totaux ou Tds, le Titre hydrotimétrique ou TH ou dureté. Pour ces substances dans l’eau de boisson, l’Organisation mondiale de la santé (Oms) donne des directives. La qualité d’une eau de boisson, en plus de critères microbiologiques, s’apprécie aussi suivant des critères physiques et chimiques.
De tout ce qui précède, en attendant l’abandon du plastique comme contenant alimentaire, nous proposons de remplacer les eaux de boisson ensachées par des eaux de boisson embouteillées. Surtout que ces eaux de boisson ensachées n’ont commencé à exister en Afrique, à notre connaissance, qu’au début des années 2000. Mieux, ces eaux n’existent pas dans un très grand nombre de pays. Les eaux de boisson embouteillées se sont vendues depuis des décennies dans les pays et en dehors des pays d’origine.
Comment ?
-Par lettre circulaire ou arrêté primatoral, donc dans toutes les régions ou provinces et autour des autorités administratives, avoir des équipes ou brigades multisectorielles pour faire l’état des lieux de l’existence des eaux de boisson ensachées ou embouteillées.
-Par différents mécanismes d’accompagnement n’excluant pas toute meilleure solution et d’une manière participative, remplacer les eaux de boisson ensachées par des eaux de boisson embouteillées. Appuyer les producteurs concernés au remplacement des eaux ensachées. Si une eau ensachée coûte 50 F Cfa, une eau en bouteille de même volume ou moins coûte 100 F Cfa. Ce coût de revient est à étudier en vue de le réduire via des subventions, si possible, sur les contenants en bouteille. Au-delà de ces prix, «la santé à un coût mais n’a pas de prix» et «prévenir vaut mieux que guérir». «L’hygiène est l’art de conserver sa santé.» Sans hygiène pas de santé. Sans hygiène de l’eau pas d’hygiène, pas de vie en bonne santé. «L’eau, c’est la vie» aussi.
-Pour une meilleure valorisation des contenants de plastique, remettre les invendus aux producteurs. En effet, les eaux conditionnées ont des dates d’expiration ou des Dates limites de consommation ou Dlc. Elles ont aussi des dates de consommation de préférence ou des Dates limites d’utilisation optimale ou Dluo. Mais un produit ne peut avoir simultanément sur son conditionnement ou étiquetage une Dlc et une Dluo.
-Rechercher des financements de lutte contre la pollution plastique : voire sitographie.
-Suspendre la délivrance d’autorisation de fabrication d’eaux ensachées, mais appuyer les demandeurs à produire des eaux embouteillées.
-Grâce aux structures (nationale, sous-régionale, régionale, continentale, internationale) de normalisation, si elles n’existent pas, avoir des normes de production des eaux conditionnées. Ces normes pourront ensuite être transcrites dans les textes juridiques des pays.
-Si nécessaire, réadapter ou renforcer les textes juridiques luttant contre le fléau des plastiques.
-Dans le cadre des responsabilités élargies des producteurs et des responsabilités sociétales et territoriales des entreprises, que ces dernières participent à la lutte contre la pollution du plastique. Par exemple, avoir dans les quartiers ou villages ou marchés ou gares routières ou loumas ou stades et autres lieux publics, des kiosques d’achat du plastique.
-Qu’il y ait un traité mondial sur le plastique ou pas, prendre à bras-le-corps la problématique de l’utilisation non écologique des eaux de boisson ensachées dans les pays, dans les organisations sous-régionales, régionales et continentales africaines.
-Avec les structures s’occupant de la collecte des déchets, avoir une filière de valorisation des déchets plastiques ou bien collaborer avec les entreprises valorisant le déchet plastique.
-Il y a plusieurs types de plastique, faire des tests pour déterminer la bouteille d’eau de boisson la plus acceptable, suivant les connaissances scientifiques du moment. Par exemple, entre autres, la Méthode Sodis pourrait être utilisée. Elle consiste à exposer les eaux de boisson en bouteille transparente au soleil durant une certaine période, 6 heures selon certains, pour faire de la désinfection.
Mais travailler sur la microbiologie de l’eau seulement est insuffisant pour apprécier la qualité d’une eau de boisson. Si les rayons solaires peuvent désinfecter des eaux de boisson embouteillées exposées au soleil durant une certaine période, donc il y a interaction entre les rayons solaires et la matière plastique par exemple. Différentes substances chimiques sont donc à rechercher durant les tests pour étudier d’éventuelles nouvelles substances qui n’étaient pas dans l’eau non encore embouteillée. Les tests pourront se faire et sur différents types d’eaux de boisson en bouteille et sur différentes bouteilles dont celles primo ou nouvellement utilisées, réemployées, réutilisées, recyclées. Il est important de remarquer que les eaux conditionnées sont des eaux minérales ou non minérales. Certaines parmi ces eaux sont traitées. Si des désinfectants sont utilisés, comme les rayons solaires, leur interaction avec les contenants doit être étudiée. Ces aspects physico-chimiques montrent que la qualité d’une eau de boisson ne s’apprécie pas seulement suivant sa qualité microbiologique, bien qu’indispensable.
Hommage
Par cette très modeste contribution, nous rendons hommage au professeur Oumar Guèye, premier Recteur de l’Université Amadou Mahtar Mbow, qui nous a formés en Chimie de l’environnement à la Fst/Ucad, 1ère promotion 2004/2005. Que le Bon Dieu vous accueille à son céleste Paradis et veille sur vos héritiers. Amine ! A travers ce professeur émérite de Chimie, nous rendons hommage à tous les enseignants du primaire au supérieur du Sénégal, de l’Afrique, du monde. Ceci, parce qu’une toiture repose sur de bonnes fondation et élévation.
Assane SECK (Seckane)
Retraité. Dut et Dit en Génie sanitaire (Ensut/Ucad)
Master Professionnel en Chimie de l’Environnement (Fst/Ucad)
Master de Recherche en Bio Toxicologie (Fmpos/Ucad)
seckassane5@gmail.com.
