« La dépression périnatale est la morbidité maternelle la plus fréquente, mais peu de recherches ont examiné si elle est associée à la mortalité infantile », selon des chercheurs de l’université Rutgers (États-Unis). Pour en avoir le cœur net, ces derniers ont mené une étude au cours de laquelle ils ont croisé les registres de naissances du New Jersey (de 2016 à 2020) avec les registres des décès infantiles (jusqu’en 2021). L’État du New Jersey a été choisi, car il impose le dépistage des symptômes dépressifs en post-partum immédiat. Celui-ci est réalisé à l’aide de l’échelle de dépression postnatale d’Édimbourg. Pour les besoins de l’étude, l’équipe a pris en compte l’âge des mères, leur accès à une assurance privée et leur niveau d’études. « Le critère de jugement principal était le décès du nourrisson dans les 364 jours suivant la naissance. »
Dépression post-partum immédiat : un risque de mortalité infantile trois fois plus élevé
Parmi les 414.890 nourrissons inclus dans les travaux, 413.984 ont survécu et 906 sont décédés. Le taux de mortalité infantile était de 7,2 pour 1.000 naissances chez les nourrissons dont les mères présentaient des symptômes dépressifs immédiatement après l’accouchement, contre 2 pour 1.000 naissances chez ceux dont les mères ne souffraient pas de tels symptômes. Après avoir pris en compte des facteurs démographiques et socio-économiques maternels et infantiles, les auteurs ont constaté que le risque de décès avant l’âge d’un an s’était avéré près de trois fois plus élevé pour les nourrissons dont les mères avaient présenté des symptômes dépressifs immédiats par rapport aux autres. « Cette association s’est révélée constante quelle que soit l’origine ethnique de la mère, son niveau d’études, son statut d’assurance et la prématurité du nourrisson », peut-on lire dans les résultats parus dans la revue JAMA Network Open.
Ensuite, les scientifiques sont allés plus loin et ont examiné les principales causes de mortalité infantile dans le New Jersey. Les symptômes dépressifs maternels immédiats ont été associés à un risque accru de décès du nourrisson liés à la prématurité, aux affections liées à la prématurité, aux malformations congénitales, aux anomalies chromosomiques et au syndrome de mort subite du nourrisson. « Les mécanismes exacts expliquant ce lien ne sont pas encore connus. (…) La dépression maternelle a déjà été associée à des issues défavorables à la naissance ainsi qu’à des changements dans les comportements de santé et le recours aux soins. La dépression est également étroitement liée aux conditions socio-économiques susceptibles d’affecter les ressources dont disposent les familles. Dans certains cas, la relation peut s’inverser : une mère apprenant que son nouveau-né souffre d’une affection grave peut, en conséquence, développer des symptômes dépressifs. »
Un décalage entre le dépistage de la dépression post-partum et la prise en charge en santé mentale
Dans les conclusions, l’équipe précise que cette nouvelle étude met en évidence une association mais ne permet pas d’établir si les symptômes dépressifs maternels sont la cause de la mortalité infantile. En outre, elle souligne la nécessité d’améliorer le dépistage de la dépression maternelle mais la prise en charge, notamment en étendant les interventions destinées aux personnes présentant des symptômes dépressifs immédiatement après l’accouchement afin d’améliorer la santé des mères et des bébés. « Même lorsque des symptômes dépressifs sont identifiés, le dépistage ne débouche pas systématiquement sur une orientation vers un spécialiste ou un traitement. Le dépistage ne constitue pas un traitement en soi, il doit s’accompagner d’une orientation efficace vers des soins appropriés et d’un accès à un traitement adapté », a déclaré Slawa Rokicki, qui a participé aux recherches.
