Interrogé sur l’accord technique récemment conclu entre Dakar et le Fonds monétaire international, Ndongo Samba Sylla, économiste du développement et co-initiateur de la Conférence sur la souveraineté monétaire et économique de l’Afrique, a réfuté l’idée d’une « bouffée d’oxygène » pour l’économie nationale. Il a rappelé, chiffres à l’appui, que le service de la dette extérieure payé entre 2011 et 2023 avoisinait 8 milliards de dollars, contre le double attendu sur la seule période 2024-2029. Selon lui, le soutien du FMI ne permettra ni de dégager de nouvelles devises pour honorer le stock existant, ni d’échapper à des conditionnalités susceptibles, à ses yeux, d’éroder la souveraineté budgétaire du pays.

L’économiste s’est appuyé sur la loi de finances rectificative 2026 pour illustrer l’ampleur du déséquilibre : 5 330 milliards de francs CFA de ressources internes attendues, contre 5 801 milliards à verser au titre du service de la dette, dont 1 285 milliards rien qu’en intérêts, un montant supérieur, a-t-il souligné, au budget alloué à l’Éducation nationale.

Sur la controverse relative aux dettes non déclarées, Ndongo Samba Sylla a affirmé s’appuyer sur la base de données du FMI (World Economic Outlook), qui faisait état d’une dette publique sénégalaise d’environ 60 % du PIB en avril 2024, contre 120 % en octobre 2025. Pour lui, cet écart atteste de l’ampleur de ce qu’il appelle, selon la terminologie retenue, du « miss reporting » ou de la dette cachée. Il a regretté l’absence d’enquête pour situer les responsabilités, rappelant qu’un rapport du FMI publié en janvier 2019 alertait déjà sur un endettement consolidé du secteur public proche de 121 %.

Au-delà de la conjoncture, l’invité de Sud FM a pointé un problème structurel plus profond : l’appartenance à la zone franc CFA priverait, selon lui, les pays comme le Sénégal des leviers monétaires nécessaires pour financer leur développement sans recourir à l’endettement extérieur. Il a établi un parallèle avec le Ghana, la Zambie, le Kenya ou l’Éthiopie, confrontés selon lui aux mêmes trajectoires cycliques d’endettement tous les quinze à vingt ans. Sa solution de long terme : une sortie du système CFA, l’adoption d’une monnaie nationale et la refonte du système bancaire au service du développement productif.

Interrogé sur l’avenir, l’économiste a lâché une phrase qui résume son état d’esprit : « nous allons avoir une nouvelle génération perdue », a-t-il affirmé, ajoutant n’avoir « jamais été aussi inquiet pour l’avenir du pays ». Il a comparé la situation actuelle à celle de 1979, à la veille des deux décennies d’ajustement structurel des années 1980-1990, estimant que le scénario à venir pourrait être pire que celui vécu à l’époque, faute de décisions politiques jugées courageuses.

Il a également critiqué le recours attendu aux investissements étrangers comme solution, y voyant un facteur aggravant à moyen terme du problème de balance des paiements plutôt qu’un remède, tant que le pays ne développe pas ses propres capacités productives et d’exportation.

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