L’exécution prévue mercredi aux Etats-Unis dans le Tennessee d’une femme «a échoué», et la condamnée a été hospitalisée après avoir survécu à l’injection létale, ont annoncé ses avocats. «Ce soir, l’État du Tennessee a une fois de plus échoué à procéder à une exécution légale», ont écrit dans un communiqué les défenseurs de Christa Pike, qui devait être la première femme exécutée dans cet Etat du centre des Etats-Unis depuis plus de 200 ans.
Le gouverneur du Tennessee a ensuite suspendu les exécutions encore prévues cette année dans l’Etat et ordonné l’ouverture d’une enquête après cette tentative ratée de mise à mort, dans un communiqué à plusieurs médias américains.
«L’application d’une peine prononcée légalement fait partie des responsabilités les plus graves de l’État, et les habitants du Tennessee s’attendent à ce qu’elle soit menée d’une manière […] efficace», a justifié M. Lee. Il a annoncé une enquête confiée à un tiers sur les circonstances de l’échec de l’exécution.A ce sujet: Les Etats-Unis exécutent pour la première fois une personne transgenre
Respiration audible
Des témoins de l’exécution cités par les médias américains avaient auparavant affirmé que Mme Pike, condamnée pour meurtre, avait continué à respirer et à ronfler de façon audible après avoir reçu les deux injections censées la tuer. Les autorités pénitentiaires n’ont fait aucun commentaire dans l’immédiat, ni répondu aux sollicitations de l’AFP.
«Nous ne tirons aucune satisfaction du fait d’avoir eu raison, mais les préoccupations soulevées par Mme Pike se sont avérées fondées: difficulté d’accès aux veines, veines rompues, pentobarbital dégradé, absence de soins médicaux d’urgence lorsque les choses tournent inévitablement mal, le tout sous l’égide d’un protocole qui demeure enveloppé de secret», ont dénoncé les avocats. «Christa reçoit des soins dans un hôpital à proximité. Nous n’avons pas été informés de son état», ont-ils ajouté.
La Cour suprême des Etats-Unis, à majorité conservatrice, avait autorisé mercredi l’exécution de Mme Pike, 50 ans, annulant un sursis accordé dans la matinée par une cour d’appel fédérale. Une heure avant l’horaire initialement prévu pour l’exécution, cette cour d’appel avait voulu se donner le temps de trancher sur la recevabilité d’un recours de la défense visant à prendre en considération les violences sexuelles subies dans son enfance par Christa Pike. Des violences que l’État du Tennessee avait reconnues pour la première fois lors d’une audience en août, sans pour autant changer sa position.
Condamnée pour meurtre
La dernière exécution d’une femme aux États-Unis remonte à celle, en 2023 dans le Missouri (centre), d’Amber McLaughlin, qui était également la première femme transgenre à être exécutée dans le pays.
Au total, 18 femmes ont été exécutées aux États-Unis depuis le rétablissement de la peine capitale en 1976, soit à peine plus d’1% des exécutions, selon l’observatoire spécialisé Death Penalty Information Center (DPIC). L’exécution de Mme Pike devait être la 30e depuis le début de l’année aux États-Unis, dont 16 pour la seule Floride (sud-est). Toutes ont été réalisées par injection létale.
Le gouverneur républicain du Tennessee (sud), Bill Lee, avait rejeté lundi les demandes de commutation de peine de Christa Pike malgré les appels de nombreuses organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International.
Condamnation en 1995
Christa Pike a été condamnée à la peine capitale pour le meurtre en 1995 de Colleen Slemmer, 19 ans, une de ses camarades dans le programme de formation professionnelle Job Corps, à Knoxville, alors qu’elle-même était âgée de 18 ans, dans une affaire de rivalité amoureuse. Ses deux complices également adolescents, son petit ami de l’époque, âgé de 17 ans, et une autre jeune fille de 18 ans, ont échappé à la peine de mort. Le premier a été condamné à perpétuité et la seconde à une peine avec sursis en échange de son témoignage contre les deux autres.
Les avocats de Christa Pike affirmaient que sa défense lors de son procès en 1996 n’avait pas invoqué les circonstances atténuantes dont elle aurait dû bénéficier, notamment les traumatismes et les violences, en particulier sexuelles, subies depuis son plus jeune âge.
Elle a été diagnostiquée tardivement pour trouble bipolaire et stress post-traumatique provoqué par ces violences. Début septembre, des experts mandatés par l’ONU avaient appelé à suspendre l’exécution et à commuer sa peine.
Au total, 47 exécutions ont eu lieu aux États-Unis en 2025, contre une vingtaine par an depuis une décennie, soit le plus haut niveau depuis les 52 enregistrées en 2009. La peine de mort a été abolie dans 23 des 50 États américains. Trois autres, la Californie, l’Oregon et la Pennsylvanie, observent un moratoire des exécutions sur décision du gouverneur.
