Dans «L’œil ouvert – Enjeux et perspectives des employeurs sur le télétravail au Sénégal», une publication périodique parue au mois de juillet 2021, le Conseil national patronal sonnait déjà l’alerte. Qu’en ce moment-là, toute l’humanité était pleinement, dans une vague de détresse, prise par le Covid-19. Et, il fallait réagir en toute urgence, afin que l’entreprise continue son évolution, eu égard au progrès de la nouvelle technologie. Le milieu du travail [salariés-patronat-centrales syndicales-Etat] s’interrogeait et s’interroge jusqu’à maintenant : comment faut-il apporter, de manière concrète et en toute diligence, les solutions appropriées face à cette pandémie dévastatrice ?
Et depuis, cinq (5) longues années se sont déjà achevées, sans pour autant que la charrue ne suive les bœufs. Que les conventions anciennes réalisées durant l’époque coloniale [ex-Aof] sont devenues obsolètes [il y a belle lurette] et que le ministère du Travail ne suit guère la logique du progrès technologique et social. Une situation dangereuse !
En ce sens, un nouveau projet de Code du travail vient d’apparaître à l’horizon ; quant à son contenu, il n’y figure que des généralités dans le domaine du télétravail, rien de consistant en termes de prévention, de sécurité, de santé au travail [encore moins], aux plans salarial, organisationnel des lieux et catégoriel. Il en est de même des primes, de la pause, de l’environnement de travail et sur l’inexistence d’accompagnement [quoi !], sur l’essentiel du sujet soulevé. Ça s’endort de manière décevante ! Alors que de nouveaux métiers et de nouvelles qualifications sont apparus : le travail sur écran de visualisation, infographes, machinistes conduisant des appareils ultramodernes, performants et sophistiqués menant au tirage sur papier journaux, l’emballage, le numérique, entre autres. Tout un environnement de lumières, de sons, de couleurs, de bruits et de conception du matériel n’est guère pris en compte par nos textes en matière de droit social. Et voguent la politique et la tromperie envers les masses laborieuses ! Cependant, depuis 1983, le progrès technique a fini de franchir des étapes inimaginables, prenant au dépourvu les peuples des Afriques noires qui refusent d’aller de l’avant, dans de nombreux pays. Aucune volonté de dépassement ! Les dirigeants, à tous les niveaux, se préoccupent beaucoup plus de s’enrichir sur le dos des travailleurs-salariés et de l’entreprise, par des taxes disproportionnées, par un excès de profit sans aucune limite. Or, le monde du travail a besoin d’informations, d’orientation, de suivi et d’application sur la problématique en termes de sécurité et de santé au travail. De concevoir les postes, d’organiser les tâches dans le domaine du télétravail, de prévenir les effets négatifs, de surveiller et de contrôler la santé des opérateurs dans les lieux de travail [la saisie, les maquettistes, les infographes, les correcteurs, les secrétaires de rédaction et/ou les journalistes]. Pour tout ceci : absolument rien ! En raison que l’examen et l’évaluation visuels avant l’embauche et l’affectation à un poste de travail doivent faire l’objet attentif d’accords dans le cadre des conventions réadaptées. Qu’en 1989, après une formation en France dans le domaine des écrans de visualisation, il y avait lieu de faire valoir et de réviser les salaires, par rapport à la nouvelle situation des opérateurs dans mon ancienne entreprise, par exemple : le progrès et la nouvelle technologie obligent. Et, en posant sur la table mes préoccupations au Tribunal du travail à l’époque, celle-ci s’est déclarée incompétente. Plusieurs années se sont écoulées et les mêmes causes produisent les mêmes effets. Une question importante sur la santé et la sécurité des travailleurs-salariés se pose avec [une énorme] acuité, sur écran de visualisation, sur le télétravail… portant concrètement sur l’organisation du travail. Que dans ce contexte donc [ailleurs], des conventions fixent en règle générale un maximum de quatre heures de travail par jour, avec une pause [dans un lieu de confort bien ciblé] chaque heure, durant quinze minutes. Que dans la mesure du possible, les tâches des opérateurs doivent pouvoir être variées, durant les quatre autres heures de travail, aux fins d’éviter des astreintes physiologiques et psychologiques imposées. Ainsi, les recommandations et directives des associations professionnelles et/ou institutions sociales depuis longtemps ne sont guère respectées au Sénégal en termes d’utilisation des machines, d’aménagement des tâches et dans le cadre de la formation sur l’utilisation technique du matériel et des logiciels. Il en est de même des questions liées à la santé, à la sécurité, à l’évaluation et au suivi des opérateurs. Attendu que la Convention collective des industries polygraphiques et la nomenclature des activités économiques objet du décret n°59-534 du 09 avril 1959 sont dépassées puisqu’il s’agit présentement d’une nouvelle réalité, de nouvelles classifications et de nouveaux postes, à savoir l’agent de comptabilité analytique et de contrôle ; l’agent technique de service des achats ; l’agent technique de fabrication ; l’agent technique de facturation ; l’agent technique de planning et l’agent technique des méthodes ; le deviseur-concepteur (typo-offset-façonnage) ; le chef de comptabilité analytique et de contrôle budgétaire ; le chef de service des devis (tous procédés). Et qu’au laboratoire, de prendre en compte : le copiste sur plaques pré-sensibilisées ; l’essayeur monochrome ; l’assistant graveur ; le retoucheur sur cylindre ; le monteur copiste sur machine à répéter, etc.
Alors, quelles sont les mesures préventives patronales et la médecine de travail en entreprise ? Quelles sont les mesures de contrôle scientifique et l’architecture des locaux ? Quels sont les mesures et les dispositifs sur l’ambiance de travail ? Que compte faire le ministre du Travail pour une harmonisation des conventions collectives au regard de la nouvelle technologie ? Et quelle approche sur la communication, l’information à l’endroit des syndicats de base professionnels, des centrales syndicales patronales et du Front syndical de défense du travail pour une étude plus profonde des aspects organisationnels, psychosociaux sur le télétravail et les relations de subordination entre employeurs et travailleurs-salariés ?
Ibrahima Khalil MENDY
Sg du Syntips/Cnts
Président du Mouvement
des permanents Cnts

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publicite